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Quand la COVID-19 frappe au cœur

Au fur et à mesure que les cas de COVID-19 s’accumulent, on découvre que le virus peut avoir des conséquences à plus ou moins long terme, une fois l’infection résorbée. Parmi ces séquelles, des recherches s’intéressent aux impacts de la maladie sur le cœur, comme l'a constaté une équipe de Découverte.

Illustration d'un homme victime d'une crise cardiaque.

Le cœur est un organe vital.

Photo : iStock / wildpixel

Au printemps 2020, Charles Essagian a passé trois jours au chevet de sa mère mourante au tristement célèbre CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval, où 100 aînés sont morts pendant la première vague de l'épidémie de COVID-19. Sirarpi Essagian n'est pas passée à travers cette épreuve. Elle avait 91 ans et souffrait de la maladie d’Alzheimer.

Elle était censée être en sécurité, mais un jour on m’a appelé pour me dire qu’elle avait la COVID. Quand son état a empiré, on m’a donné le droit de la voir. Elle a été très malade, raconte M. Essagian.

Malgré toutes les précautions qu’il a pu prendre, il a lui aussi contracté la maladie, et ça a été à son tour d’y goûter.

C’était comme la pire pneumonie qu’on puisse imaginer. Je ne pouvais pas quitter mon lit, j’étais très faible. Mes proches m’envoyaient des messages et je n’avais pas la force de répondre à leurs textos.

Une citation de :Charles Essagian
Portrait de Charles Essagian.

Charles Essagian a contracté la COVID et, des mois plus tard, il ressent parfois des douleurs à la poitrine.

Photo : Radio-Canada

M. Essagian a mis plusieurs semaines et quelques visites à l’hôpital avant de se sentir mieux. Mais, plusieurs mois après son infection, il ressentait toujours de temps en temps des douleurs à la poitrine.

Son médecin l’a envoyé au Centre universitaire de santé McGill, où le cardiologue Matthias Friedrich se spécialise dans l’imagerie par résonance magnétique (IRM) du cœur, une pratique assez peu courante en cardiologie qui permet d’analyser non seulement les fonctions cardiaques, mais aussi l’état des tissus. Diagnostic : une inflammation du cœur appelée myocardite.

Portrait de Matthias Friedrich.

Le cardiologue Matthias Friedrich se spécialise dans l’imagerie par résonance magnétique (IRM) du coeur.

Photo : Radio-Canada

C’est un peu comme une enflure prolongée du muscle cardiaque qui l’empêche de se remplir correctement de sang et réduit l’efficacité de pompage du cœur. Les gens se sentent alors fatigués, ont le souffle court ou ressentent des palpitations. Tous ces symptômes peuvent être liés à un mauvais fonctionnement du cœur, explique le cardiologue.

Cette inflammation cardiaque est un effet connu de certaines infections virales. Le virus de la grippe, par exemple, peut provoquer des symptômes similaires.

Dans le cas de la grippe, ça se résorbe généralement en quelques semaines. Mais avec la COVID, 20 % à 30 % des patients qui ont eu des symptômes semblent présenter cette enflure persistante pendant des semaines ou des mois, précise le Dr Friedrich. Et une fois que le cœur est touché, le risque d’autres complications est plus grand que chez les autres personnes infectées.

Cet effet unique de la COVID-19 sur le cœur s’expliquerait par le mécanisme d’entrée du virus dans les cellules humaines. Contrairement à d’autres virus, celui-ci entre dans nos cellules par le récepteur ACE2. Ce récepteur est normalement impliqué dans le contrôle de la pression sanguine et la perméabilité des vaisseaux sanguins. Ça détermine si les vaisseaux fuient ou non. Si ces récepteurs ACE2 sont inactivés par le virus, la régulation des échanges d’eau est affectée et l’eau peut s’échapper, décrit le cardiologue.

L’eau qui s’accumule fait alors gonfler le muscle cardiaque, la pression dans le cœur augmente, et il perd de son élasticité et de sa capacité à pomper correctement le sang dans l’organisme.

Le spécialiste a observé des signes de myocardite chez plusieurs personnes atteintes de la COVID-19, y compris chez des gens qui n’avaient jamais eu de problèmes cardiaques auparavant et n’avaient eu que peu, voire pas de symptômes pendant leur infection.

Portrait du Dr Matthias Friedrich portant un masque.

Le Dr Matthias Friedrich est spécialisé dans l'imagerie cardiaque.

Photo : Radio-Canada

Son équipe a entamé une étude qui vise à suivre 400 personnes atteintes du virus pour tenter d’éclaircir notamment qui est plus à risque de développer de tels symptômes et quelles pourraient en être les conséquences à plus long terme.

En attendant d’en savoir plus, le cardiologue appelle à la prudence : Dans la plupart des cas, l’inflammation devrait se résorber d’elle-même, indique-t-il. Mais si on s’entraîne de manière intensive alors qu’on a cette inflammation, les dommages peuvent être irréversibles. En d’autres mots, quand notre grand-mère nous disait : "Si tu as de la fièvre, reste au lit", elle avait raison.

Un avertissement, pour ne pas prendre sa remise en forme post-COVID trop à cœur.

Le reportage de Gaëlle Lussiaà-Berdou et de Jean-François Michaud est diffusé à Découverte le dimanche à 18 h 30 à ICI Télé et à ICI RDI le samedi à 18 h 30.

COVID-19             : ce qu'il faut savoir

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