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Une page de journal où il est écrit Règlement de couvre-feu.

Les journaux comme Le Progrès du Saguenay, Le Colon ou Le Lac-Saint-Jean font état des différentes mesures de couvre-feu qui ont été adoptées à travers les années.

Photo : Radio-Canada

Le couvre-feu imposé depuis le 9 janvier par le gouvernement provincial marque l’imaginaire collectif et l’histoire du Québec. La mesure d’exception, qui sera en vigueur jusqu’au 8 février, vise à limiter la propagation de la COVID-19.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’est toutefois pas étranger à une telle mesure. Les couvre-feux étaient répandus, tant au Saguenay qu’au Lac-Saint-Jean, il y a à peine quelques décennies. La consigne qui forçait les mineurs à regagner leur domicile en soirée s’inscrivait dans les règlements municipaux de plusieurs villes.

Les archives des journaux de la région font état d’une douzaine de publications concernant les couvre-feux. Les mesures s’échelonnent entre le début des années 30 et la fin des années 60.

Elles varient de ville en ville et concernent les jeunes de moins de 12 ans jusqu’à ceux de moins de 16 ans.

C'est assez répandu au Québec, dans les différentes municipalités, de voter des lois pour contrer, un peu, la délinquance juvénile à cette époque. Dans les années 30, on a vu une recrudescence, un peu, du phénomène. C’était aussi pour ne pas que les jeunes et les adolescents soient attirés par la criminalité, explique le directeur général et archiviste au Centre d'archives et Société d'histoire Domaine-du-Roy, Maxime Lamontagne. Il y avait la notion d'enfance pure qui était très mise à l'avant-plan par l'Église .

Des articles de journaux

Les villes d'Alma, de Jonquière et de Roberval ont eu, par le passé, des règlements de couvre-feu.

Photo : Avec l'autorisation du Progrès du Saguenay

Le conseil de la Cité de Chicoutimi va de l’avant avec un règlement de couvre-feu à l’été 1933. Les enfants de moins de 14 ans doivent être de retour à la maison à 21 h et une heure plus tôt en hiver.

En 1936, Jonquière durcit le ton. Le règlement no 144 qui existe depuis un moment sera appliqué. Les enfants de moins de 14 ans ne peuvent se retrouver dans la rue après 21 h, sauf s’ils sont accompagnés d’une « personnes âgée ». Voilà un règlement sage. Pourquoi ne pas l’observer, lit-on dans Le Progrès du Saguenay.

Le cas de la Ville de Dolbeau rebondit jusqu'à l’Assemblée législative. Le comité des bills privés étudie le projet de loi qui vise à modifier la charte de la ville. La mesure vise à établir un couvre-feu pour les moins de 15 ans. L’opposition craint qu’une telle consigne nuise aux jeunes filles qui gardent des enfants. Le système de baby-sitters occasionne trop d’abus. Les parents devraient s’occuper un peu plus de leurs enfants , répond le premier ministre Maurice Duplessis.

Le bruit des sirènes

Le début du couvre-feu est souvent, à l’époque, annoncé par des sirènes. Elles sont situées à l’hôtel de ville ou appartiennent à des entreprises privées. C’est le cas à Jonquière. En 1936, la sirène des moulins de la Cie Price Brothers rappelle le début du couvre-feu.

Un règlement municipal est dans placé dans un livre.

Roberval va de l'avant avec un couvre-feu en 1939.

Photo : Avec l'autorisation de L'Étoile du Lac

Roberval compte également, en 1939, sur la sirène du moulin de Gagnon et Frères pour rappeler aux citoyens le début du couvre-feu. La mesure vise à assurer la protection morale et physique de l’enfance . Les récalcitrants risquent d’être arrêtés puis amenés à la prison commune. Ils s’exposent également à une amende de 10 $ et à un emprisonnement pouvant aller jusqu’à huit jours.

La police en renfort

Le respect du couvre-feu est assuré par les policiers. La patrouille en soirée permet de rappeler aux jeunes qui se retrouvent encore à l'extérieur de se rendre à leur domicile. La police n’hésite pas à rappeler le règlement du couvre-feu lorsque la population se montre plus indisciplinée qu’à l’habitude.

Le corps policier d'Alma annonce, à la fin de l’année 1958, qu’elle appliquera le règlement du couvre-feu dans toute sa rigueur parce que des parents ne collaborent pas. Le directeur de la police, Antoine Lavoie, en fait l’annonce lors d’une conférence de presse.

Les enfants interceptés dans la rue après le couvre-feu ne seront plus reconduits à leur résidence, mais plutôt amenés au poste de police. Les récidivistes s’exposent à des amendes. La police n’entend plus à rire. Et s’il le faut, nous traduirons certains parents négligents devant la Cour municipale pour répondre de leur négligence, mentionne le directeur de la police.

Au début, dans les années 40, quand on a un enfant sur la voie publique le soir, on va le reporter à ses parents. Avec le temps, dans les années 50, on se rend compte que ce sont toujours les mêmes enfants qui sont dehors. On se dit que les parents sont négligents, que ça ne les dérange pas qu'on aille les reporter. Donc, ils viennent les apporter au poste de police, ils peuvent même les amener dans les cellules. On sent quand même dans les années 50 qu'il y a une certaine exaspération des policiers qui nous donne à penser que le règlement n'était pas aussi bien respecté qu'ils auraient voulu , explique la directrice générale à la Société d'histoire du Lac-Saint-Jean, Anne-Julie Néron.

Souvenirs de cette époque

Le couvre-feu imposé entre 20 h et 5 h fait renaître bon nombre de souvenirs pour des Saguenéens et Jeannois. C’est le cas de l'Almatoise Aline Fortin.

Une dame pose devant la rue,

L'Almatoise Aline Fortin a souvenir de l'époque des couvre-feux.

Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson

Il y a au moins un soir où on n’était pas entrée à l'heure. J'avais ma petite sœur avec moi. Tout notre gang, on jouait en haut de la côte. Je me rends compte que les policiers arrivent. Évidemment, on part à courir vers nos maisons. Ma petite sœur était restée derrière. La pauvre, elle avait perdu sa sandale. Au moment où je me rends compte qu'elle n'est pas aux côtés de moi, je me tourne, je la vois. Pauvre petite, je suis retournée la chercher. C'était de nous voir, toutes les deux, s'en venir lentement vers la maison comme si on se faisait prendre en flagrant délit , témoigne-t-elle.

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