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Exemption de couvre-feu pour les itinérants : une décision « logique », mais suffisante?

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Un itinérant à Montréal.

Les Autochtones représentent 12% de la population en situation d’itinérance à Montréal, alors qu’ils ne représentent que 0,6% de la population générale.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La décision de la juge Chantal Masse, qui a suspendu l'application d'un article du décret pour exempter les itinérants du couvre-feu est bien accueillie par le milieu, mais ne réglera pas tous les problèmes, selon les intervenants.

Dans son jugement, la juge Masse avait suspendu l’article touchant les sans-abri jusqu'au 5 février ou jusqu'au jugement sur le fond de la requête. Or, Québec a fait savoir ce matin qu'il ne contestera pas le décret, et que celui-ci sera modifié de façon permanente.

Cette décision est bien accueillie par Mathieu*, un itinérant de Sherbrooke, qui estime que cela sera moins stressant, moins angoissant pour eux. Il va y avoir moins d'impacts sur ceux qui sont dans la rue, soutient-il.

Eric estime également qu'il s'agit d'une bonne nouvelle, et que cela va permettre de relâcher la pression. Ça été difficile au début, admet-il.

C’était la revendication qui était portée par la majorité, voire la totalité des groupes et des travailleurs qui travaillent auprès des personnes en situation d’itinérance, et même des personnes qui sont dans cette situation-là, note de son côté Sébastien Laberge, directeur général du Partage Saint-François.

Il y avait quelque chose qui défiait la logique dans ce décret-là. Comment peut-on demander à quelqu’un qui n’a nulle part où aller de se confiner chez lui après 20 h?

Sébastien Laberge, directeur général du Partage Saint-François

Une exemption n'est pas la solution à tout

Sébastien Laberge soutient toutefois que les différentes mesures adoptées par le gouvernement depuis le début de la pandémie ont causé beaucoup de méfiance envers les services publics au sein de la population itinérante.

Ajoutez un aspect d’illégalité avec le simple fait d’être dans la rue [...] et les gens se mettent dans des situations pas possibles, voire dangereuses, pour éviter tout contact avec les policiers, les refuges, les intervenants de première ligne, explique-t-il. Ce qu’on a vu, c’est des gens qui se désorganisent au contact des policiers parce que leur travail jusqu’à maintenant était d’interpeller tout le monde.

S'il note ne pas avoir vu de personne itinérante recevoir de constat d’infraction pour avoir été dehors après le couvre-feu à Sherbrooke, d'autres problèmes sont toutefois survenus, déplore-t-il.

Forcément, des gens qui ont des problématiques de santé mentale, de comportement, quand elles ont l’impression de se faire harceler alors qu’elles sont dans un mode de survie, vont avoir tendance à réagir un petit peu plus fort. On a vu les personnes avoir des problématiques, des constats d’infraction, mais pour des raisons collatérales au couvre-feu

Sébastien Laberge, directeur général du Partage Saint-François

C’est plus insidieux que simplement le ticket pour avoir été dehors après 20 h, conclut-il.

Le visage multiple de l'itinérance

L'itinérance n'est toutefois pas homogène. Certaines personnes ne sont donc pas considérées comme sans-abri, au sens strict, et s'exposent à des contraventions, indique Mathieu Smith, de la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue. Elles ont un logement, mais fréquentent les refuges pour différentes raisons.

Tout ce qui est santé mentale, tout ce qui est isolement prend des ampleurs plus grandes. Il y a des personnes qui doivent sortir la nuit parce qu'ils ont des crises de panique, ce sont des oiseaux de nuit. Je crois qu'il faut appuyer ces causes-là, souligne-t-il.

Je peux comprendre la complexité de ce phénomène-là [...] À Sherbrooke, il y a des itinérants, des personnes sans domicile fixe, qui ont une adresse, mais qui vivent de l'itinérance, qui se promènent à gauche et à droite. On fait comment, dans le fond, pour prendre ces tickets-là? On les conteste?

Mathieu Smith, Coalition sherbrookoise pour le travail de rue

Mathieu Smith comprend qu'il s'agit d'une situation difficile à départager pour les policiers, mais qu'il faut réfléchir davantage pour trouver une solution pour ces personnes.

D'après les informations d'Alexis Tremblay

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