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Fouettés par leur mauvais bilan COVID, les Belges se sont ressaisis

La Belgique traîne une réputation de mauvais élève. Une réputation qui remonte à la première vague de COVID-19, au printemps dernier. Depuis, bien des choses ont changé, assure l’un des spécialistes responsables de la lutte contre la pandémie dans la Wallonie francophone.

Des Belges dans la rue.

Les Belges ne pourront pas quitter leur pays durant tout le mois de février.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Le pays affiche un peu plus de 180 décès pour 100 000 Belges. C’est le pire bilan du monde, si on exclut la microrépublique de San Marino. La petite Belgique se retrouve loin devant le Royaume-Uni (147), les États-Unis (128), la France (113) et le Canada (51).

En début de pandémie, la Belgique s’est rapidement hissée au sommet de ce triste palmarès. Et le petit pays d’à peine 11 millions d’habitants y est resté depuis.

Bien sûr, on ne peut effacer ce bilan, mais il masque une réalité : les Belges ont appris de leurs erreurs du printemps dernier. Au point de pouvoir offrir quelques leçons.

Que compte-t-on?

Dès le départ, la Belgique a comptabilisé plus de morts qu’il ne le fallait, rappelle le docteur Pierre-Yves Dupuis. Médecin généraliste à Namur, il fait partie d’une équipe de gestion de la pandémie en Wallonie.

Le docteur Pierre-Yves Dupuis porte le masque et le sarrau.

Le docteur Pierre-Yves Dupuis, dans son cabinet de Namur.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Dans les maisons de repos, explique-t-il en parlant des foyers pour aînés, c’était un petit peu la panique avec le début de la crise COVID. Tous les décès qui venaient des maisons de repos étaient comptabilisés COVID, qu’ils le soient ou pas.

Il en était de même pour les personnes contaminées par le coronavirus, mais décédées des suites d’une autre maladie. Même si elles ne sont pas mortes de la COVID, mais mortes de leur cancer à l’hôpital, elles étaient au final classifiées COVID.

Une façon de comptabiliser plus large que dans la plupart des pays. Cette méthode n’est toutefois plus en vigueur en Belgique. C’est un tableau pessimiste et alarmiste, convient le docteur Dupuis.

Un tableau qui ne correspond pas à la réalité, assure le médecin.

Que ce soit au niveau des mesures prises, des hospitalisations ou des décès, on voit que la Belgique est dans le top trois des meilleurs pays qui ont réagi à la crise de la COVID.

Une citation de :Pierre-Yves Dupuis, médecin généraliste

Cependant, le médecin estime que ce sombre tableau a fouetté les Belges et a permis de conscientiser la population, de la convaincre de respecter à la lettre les mesures restrictives.

Comparer les pays dans leur gestion de la crise peut s’avérer hasardeux, donc. Surtout que les conditions d’application d’un couvre-feu pour endiguer la propagation du virus, par exemple, peuvent varier d’un endroit à l’autre.

Décentraliser la réponse au coronavirus

En début de pandémie, la gestion de la crise était confiée au gouvernement central, à Bruxelles. Les décisions étaient renvoyées vers les régions. La grogne et l’incompréhension se sont fait entendre.

Une vingtaine de spécialistes, d’avocats et de scientifiques, dont le docteur Pierre-Yves Dupuis, ont apostrophé le gouvernement central en publiant une tribune au cours de l’été.

La gestion actuelle de la crise sanitaire, ont-ils lancé, montre énormément de failles et manque singulièrement de clarté et de transparence. C’était un appel clair à revoir en profondeur la gestion de cette crise.

Au début, se rappelle le docteur Dupuis, la crise était gérée au niveau scientifique par des experts renommés en épidémiologie. Des gens qui n’avaient pas toutes les perspectives, selon lui.

Puis les autorités se sont rendu compte qu’il fallait mettre autour de la table plus de gens de terrain, explique-t-il. Des médecins scolaires, des psychologues et des pédiatres ont donc été consultés.

Le docteur Pierre-Yves Dupuis porte le masque et le sarrau.

Avec d'autres, le docteur Dupuis a interpellé le gouvernement pour qu'il modifie sa gestion de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Une partie des décisions est maintenant décentralisée, placée entre les mains des premiers concernés, les médecins et les gestionnaires d’hôpitaux. Les besoins sont rapidement transmis aux décideurs, qui collaborent.

À Namur, ils sont plus de 150 à se réunir virtuellement chaque semaine pour faire le point sur la pandémie et les stratégies à ajuster. Faut-il plus de centres de dépistage? Ou plutôt dépêcher des équipes chez ceux qui ne peuvent se déplacer?

Ça a un effet plutôt rassurant, explique le docteur Dupuis. Parce que les médecins comprennent mieux la direction des choses. Et puis on peut mieux anticiper et mieux se battre contre le coronavirus, relève-t-il.

En profiter quand ça va bien

Les efforts belges ont porté leurs fruits. La deuxième vague de l’automne semble maîtrisée, les décès et les nouvelles contaminations demeurent relativement stables. Sous couvre-feu, l’économie reprend quelque peu ses activités.

Une Belge marche avec un sac à la main dans une rue commerçante.

Les Belges sortent de la maison et profitent des commerces malgré ces temps difficiles.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Malgré ces points positifs, le gouvernement a décidé d’interdire aux Belges de quitter le territoire durant tout le mois de février. La consigne est appuyée par des contrôles policiers et ne permet que quelques exceptions.

C’est très difficile à comprendre qu’on verrouille tout alors que tout va bien, admet le docteur Dupuis. Mais pour ne pas avoir de troisième vague, la seule solution, c’est de verrouiller tout.

Les Belges craignent, comme bien des Européens, une autre vague de contaminations liée à l’apparition de variants plus contagieux de la COVID. Déjà, des foyers du variant britannique ont été repérés en Flandre et à Namur.

Notre adaptabilité est importante, explique Pierre-Yves Dupuis, puisque la Belgique est entourée de voisins, à la croisée de plusieurs chemins économiques et politiques en Europe.

L’interdiction de voyages non essentiels vise surtout à éviter les risques d'exposition des Belges partis en vacances d’hiver, à la montagne ou dans les régions au climat plus clément.

Un panneau indique que le port du masque est obligatoire et que la circulation piétonne doit se faire dans un sens.

La Belgique a adopté une série de mesures pour lutter contre la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

C'est à partir de ce moment-là que c’est arrivé l’année passée, rappelle le docteur Dupuis. Les skieurs belges sont rentrés d’Italie ou de France avec un coronavirus dans leur valise. La flambée épidémique a suivi.

Pas question de revivre le même scénario cette année, assure le premier ministre belge. Alexander De Croo l’a bien expliqué à ses homologues européens la semaine dernière.

Il semble avoir été convaincant; d’autres pays européens songent aussi à fermer leurs frontières aux voyages non essentiels.

Comme quoi, les leçons belges peuvent aussi se transmettre.

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