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COVID-19 : Ottawa se range derrière un expert dénigré par Doug Ford

David Fisman pose pour la caméra.

L'épidémiologiste David Fisman, de l'Université de Toronto, a critiqué la gestion de la pandémie par le gouvernement Ford.

Photo : Université de Toronto/Nick Iwanyshyn

Radio-Canada

La vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, donne son appui à l'épidémiologiste David Fisman, que le premier ministre ontarien accuse de manquer d'intégrité à la suite de critiques.

Le Dr Fisman est professeur à l'École de santé publique Dalla Lana, à l'Université de Toronto. Il siège aussi à la Table de consultation scientifique de l'Ontario sur la COVID-19, un groupe d'experts qui conseillent la province.

Il a écorché publiquement le gouvernement Ford à plusieurs reprises par le passé, que ce soit en matière de dépistage, de restrictions sanitaires ou d'ouverture des écoles.

Or, il fait les manchettes depuis mardi à la suite de la publication d'un article du Toronto Sun qui note qu'il a été rémunéré à titre de consultant par la Fédération des enseignants de l'élémentaire de l'Ontario (FEEO) dans le contexte d'une plainte du syndicat contre la province formulée l'été dernier au sujet du manque de protection dans les écoles à la rentrée.

L'attachée de presse du premier ministre Ford, Ivana Yelich, qualifie cette nouvelle de « très préoccupante ».

Elle affirme que ni M. Ford ni le Cabinet n'étaient au courant de ce « possible conflit [d'intérêts] ».

Les Ontariens nous font confiance pour prendre des décisions difficiles fondées sur des conseils de santé publique judicieux et impartiaux. Nous nous attendons à ce que tout expert fournissant des recommandations au gouvernement le fasse sans motif personnel ou parti pris et, par conséquent, cette rémunération soulève des préoccupations légitimes.

Ivana Yelich, attachée de Doug Ford
Chrystia Freeland en point de presse aux côtés de Justin Trudeau.

Chrystia Freeland en compagnie du premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Photo : Reuters / PATRICK DOYLE

Sur Twitter, la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, se porte à la défense de l'épidémiologiste torontois mercredi matin.

Alors que nous luttons contre la pandémie de COVID-19, l’analyse et les avis scientifiques sont des outils essentiels. Merci @DFisman pour nos conversations. Je vous suis reconnaissante pour vos conseils et votre expertise.

Chrystia Freeland, vice-première ministre du Canada

Contactée par Radio-Canada, l'attachée de presse de M. Ford n'a pas voulu commenter la déclaration de Mme Freeland ni dire si la province réclamait la démission du professeur Fisman de la Table de consultation provinciale.

Le gouvernement Ford répète que son plan de retour en classe est sécuritaire.

Toutefois, le nombre de cas de coronavirus est en augmentation depuis le début de 2021 dans les écoles du Nord de l'Ontario. Dans le sud de la province, les écoles sont rouvertes depuis le 25 janvier uniquement dans sept régions, mais elles demeurent fermées entre autres dans le Grand Toronto et à Ottawa, où les élèves poursuivent leur formation en ligne depuis la fin du congé des Fêtes.

Le professeur Fisman contre-attaque

Le Dr Fisman a écrit sur Twitter qu'il a offert sa démission à la Table pour ne pas détourner l'attention du travail du groupe d'experts, mais que son président a refusé de l'accepter.

Il qualifie l'article du Sun de « salissage ».

David Fisman affirme qu'il avait offert de fournir son expertise gratuitement à la FEEO sur le coronavirus et sur la ventilation dans les écoles, notamment, mais que « les gens très gentils » du syndicat lui ont répondu qu'il méritait d'être payé.

Dans les médias sociaux, des dizaines d'internautes, y compris des élus et des spécialistes médicaux, se sont portés à la défense du professeur Fisman, ce qui a même mené à la création du mot-clic #thankyoudavidfisman.

La Table de consultation scientifique de l'Ontario a beaucoup de chance d'avoir le Dr Fisman, affirme le Dr Irfan Dhalla, vice-président au réseau hospitalier Unity Health Toronto. Il est intelligent, il dit ce qu'il pense, et ce qui est peut-être encore plus important : il est prêt à changer d'idée selon les nouveaux développements.

Le Dr Fisman a répondu du tac au tac sur Twitter au journaliste du Sun qui a écrit l'article, Anthony Furey, le remerciant « profondément ». J'ai reçu tellement d'appuis depuis la publication [de l'article], dit-il, et ça m'a donné une tribune pour énumérer plusieurs des ratés de notre province en matière de gestion de la pandémie.

Dans une série de micromessages publiés mercredi matin, le professeur se livre à une attaque en règle contre le gouvernement Ford, qu'il accuse d'avoir ignoré des recommandations qui auraient permis de sauver des vies et l'économie.

Ne les laissez pas détourner votre attention. Ford doit être imputable pour ses nombreux échecs. Pour avoir protégé ses amis propriétaires de centres de soins de longue durée plutôt que vous.

David Fisman, épidémiologiste, dans un message publié sur Twitter

Le Dr Fisman fustige aussi la ministre des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton, qui brille généralement par son absence, lance-t-il.

Il affirme que la campagne de vaccination provinciale contre la COVID-19 est un « échec ». Les dirigeants avant les aînés, dit-il, en référence au fait que les résidents des centres de soins de longue durée en Ontario n'ont pas été vaccinés en priorité, contrairement à la situation dans d'autres provinces, comme le Québec.

Il accuse aussi le gouvernement Ford de s'asseoir sur des milliards de dollars versés par Ottawa pour aider la province à faire face à la pandémie alors que les écoles manquent de systèmes de purification d'air.

Le ministre de l'Éducation n'a pas mis en place la mesure la plus élémentaire pour prévenir la propagation de la COVID-19 (réduire la taille des classes à 15), en dépit des recommandations de son propre ministère et d'experts externes.

David Fisman, professeur à l'Université de Toronto, dans un message publié sur Twitter

En réponse aux questions de Radio-Canada, le directeur scientifique de la Table de consultation provinciale, Peter Jüni, a affirmé, mercredi après-midi, que les professeurs sont libres de parler de leurs champs de recherche.

Il n'a enfreint aucune règle et il n'a pas détourné l'attention de notre travail. Nous apprécions son expertise au sein de notre groupe d'environ 40 scientifiques.

Peter Jüni, directeur scientifique de la Table provinciale

Le professeur de médecine à l'Université de Toronto ajoute que le travail de la Table se poursuit normalement, que ce soit sur l'impact du variant B117 ou les éclosions dans les foyers pour aînés et en milieu de travail. Nos discussions scientifiques vont de l'avant, sans le moindre soubresaut, lance-t-il.

Pour sa part, la FEEO précise que le professeur Fisman a été payé comme consultant l'été dernier pour la plainte du syndicat rejetée par la Commission des relations de travail, mais pas pour ses commentaires subséquents dans des communiqués de la Fédération, publiés en novembre et en janvier, sur le manque de protection à son avis dans les écoles.

La Fédération ajoute que la rémunération du Dr Fisman n'était pas une cachette à l'époque et affirme que le gouvernement « a peur » de voir des experts lui souligner ses ratés dans la gestion de la pandémie.

C'est plus que préoccupant de voir des attaques du genre contre des experts qui attirent l'attention sur l'importance de protéger la santé et le bien-être des élèves, des travailleurs de l'éducation et de la communauté.

Sam Hammond, président de la FEEO

La chef de l'opposition officielle en Ontario, la néo-démocrate Andrea Horwath, affirme que le Dr Fisman est l'un des nombreux experts qui conseillent bénévolement le gouvernement, tout en étant parfois un consultant payé.

Il n'est pas le premier expert de santé publique, docteur ou scientifique critique du gouvernement Ford qui se voit discrédité, ciblé ou harcelé après avoir exprimé son opinion professionnelle, dit Mme Horwath.

Selon le chef du Parti vert, Mike Schreiner, le gouvernement Ford devrait écouter la « communauté scientifique », qui lui dit la même chose que les parents et les enseignants.

[Les éducateurs, les parents et les syndicats d'enseignants] ont demandé à de multiples reprises au gouvernement d'améliorer la ventilation [dans les écoles] pour ne pas que les élèves gèlent durant les mois d'hiver avec les fenêtres ouvertes. Ils ont réclamé plus d'équipement de protection personnelle, des tests de dépistage rapide et des classes de taille réduite. Mais Doug Ford n'a pas répondu à ces demandes, selon M. Schreiner.

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