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Campagnes de vaccination : un ordre de priorité difficile à établir

Une personne se fait vacciner.

Chaque province a son propre plan de vaccination.

Photo : CBC/Evan Mitsui

À qui donner le vaccin en priorité? Tous les gouvernements et autorités de santé sont confrontés à cette question au moment d'organiser leur campagne de vaccination et de lutter contre la COVID-19. Si l’objectif est le même, protéger et immuniser la population, les moyens d’y parvenir diffèrent d’un pays à l'autre, et même d’une province à l'autre.

Au Canada, la phase 1 est très semblable partout : protéger les personnes âgées et surtout celles en résidences ou centres de soins pour aînés. C’est ensuite, dans les autres phases, que l’on voit des subtilités entre les provinces, explique Claire Johnson, professeure adjointe en gestion des services de la santé à l'École des hautes études publiques de l’Université de Moncton.

En effet, si l’Agence de santé publique du Canada a établi des populations prioritaires pour recevoir en premier le vaccin contre la COVID-19, chaque province et territoire prend la décision finale en fonction des réalités locales.

La professeure en santé prend l’exemple de sa province, le Nouveau-Brunswick. Dans la phase deux de son plan de vaccination, la province donne notamment la priorité aux pharmaciens, ou encore aux travailleurs des infrastructures essentielles, comme l'électricité, l’eau, ou les égouts.

Des corps de métiers qui n’apparaissent même pas dans d’autres campagnes de vaccination au Canada.

On va les prioriser eux, car si jamais il y a une éclosion dans ces populations-là, les chaînes d’approvisionnement seraient affectées. Au Nouveau-Brunswick, on voit que le mot infrastructure apparaît souvent dans le plan de vaccination. On voit qu’il y a donc une priorité pour protéger les services et ne pas paralyser le système, affirme Claire Johnson.

Il y a des contextes où on a davantage besoin de protéger notre système de santé. Au Nouveau-Brunswick on était au bord de la crise avant la pandémie, ça explique pourquoi on va être plus protecteurs vis-à-vis de nos infrastructures et de nos services.

Une citation de :Claire Johnson, professeure adjointe, Université de Moncton.

Selon la Dre Caroline Quach, la présidente du Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI), il faut s'adapter aux réalités locales. Qu’une province décide de privilégier certains groupes de travailleurs essentiels, par exemple, est tout à fait acceptable, déclare-t-elle.

C’est d’ailleurs à partir des recommandations de son Comité que l’Agence de la santé publique du Canada a établi les principales populations à immuniser en priorité contre la COVID-19.

Personnes âgées ou services essentiels : un dilemme?

Suivant la prémisse selon laquelle le principal facteur de mort et de maladie est l'âge, la Colombie-Britannique a choisi de vacciner, pour la troisième phase de sa campagne, sa population admissible par groupes d’âge plutôt que par groupes prioritaires ciblés.

On voit qu’en Colombie-Britannique, on a établi le facteur de risque autour de l'âge. On sait qu’avec l'âge, le taux de mortalité augmente. Dans d’autres contextes, on voit que c’est la fréquence d’exposition potentielle qui a été priorisée, et donc ce sont les gens et travailleurs en premières lignes qui vont être priorisés. Donc on voit que les facteurs de risques, qui vont guider nos décisions pour prioriser des groupes, peuvent varier, explique la professeure de l'Université de Moncton Claire Johnson.

Si notre objectif premier c’est de baisser la mortalité, on va prioriser les personnes âgées. Si notre objectif c’est de réduire la courbe pour ne pas surcharger le système de santé, ça serait logique de prioriser les personnes plus fréquemment exposées au virus.

Une citation de :Claire Johnson, professeure adjointe, Université de Moncton
Une vingtaine de personnes font la file dehors.

Des travailleurs de la santé attendent en ligne pour obtenir leur première dose du vaccin Pfizer-BioNTech à Vancouver. (archives)

Photo : ben nelms/cbc

Si de tels choix s’imposent, c’est en raison de l’offre limitée de vaccins. Il faut se souvenir que le vaccin est une ressource limitée. Dans un contexte où la demande est plus grande que l’offre, il va toujours y avoir des difficultés à établir des priorités, explique Claire Johnson.

La présidente du Comité consultatif national de l'immunisation, la Dre Caroline Quash, abonde dans le même sens.

S’il y a suffisamment de vaccins pour tous, ça ne fait pas de différence que ce soit par tranche d’âge ou par groupe professionnel. Tout le monde sera vacciné sur une période de quelques semaines.

Une question d'équité

Au-delà d’une question d’efficacité, il y a des enjeux d'équité. Autrement dit, la campagne de vaccination va chercher à protéger les personnes ou les communautés les plus vulnérables.

C’est une des raisons pour lesquelles les communautés autochtones font partie des groupes prioritaires, croit Claire Johnson.

Ça fait longtemps que l’on sait qu’il existe des iniquités en santé, des populations beaucoup plus vulnérables. Mais dans le contexte de la pandémie, ça l'a rendu très très évident, souligne-t-elle.

En Ontario, la phase deux du plan de vaccination cible notamment les personnes noires et autres populations racialisées qui, selon la santé publique de la province, peuvent se heurter à des obstacles liés aux déterminants de la santé et courent un grand risque de contracter la COVID-19.

Dans cette pandémie, on a beaucoup protégé les populations vulnérables et on a fait très attention aux données probantes d’iniquité dans le système de santé. C'est fantastique.

Une citation de :Claire Johnson
Le chef Peter Beatty reçoit le vaccin contre la COVID-19.

Le chef Peter Beatty, de la Première Nation crie de Peter Ballantyne dont la communauté a déjà perdu trois membres dit qu'il ne veut pas perdre d'autres personnes à cause de la pandémie.

Photo : Fédération des nations autochtones souveraines de la Saskatchewan (FSIN)

Et pourquoi pas moi?

Devant certaines priorités établies par les autorités, certains groupes se sentent exclus de la campagne de vaccination.

En Colombie-Britannique, le plan de vaccination a déçu de nombreux travailleurs de première ligne, comme les dentistes ou encore certains enseignants, désireux de faire partie des groupes prioritaires.

On soutient pleinement la décision du gouvernement de vacciner en premier les travailleurs de la santé en contact direct avec les patients, les communautés autochtones ou les personnes les plus vulnérables. Mais on est déçu de voir que dans la deuxième phase nous dentistes ne faisons pas partie des groupes prioritaires, explique le Dr Alastair Nicoll, membre et ancien président de la BC Dental Association.

Pour lui, les dentistes peuvent être à risque, car ils fournissent des soins de santé à des patients, et parfois sans pouvoir respecter la distance sociale ni porter le masque.

Même son de cloche du côté des enseignants qui auraient voulu être considérés comme un groupe prioritaire pour recevoir le vaccin.

On nous a fait miroiter que les enseignants allaient faire partie de cette liste de priorités là alors qu’ils n’y apparaissent pas du tout. On peut comprendre que la liste de priorités ait pu changer étant donné la pénurie actuelle des vaccins. Malheureusement les enseignants comme tout autre premiers répondants n’apparaissent pas donc il y a une déception, explique Stéphane Bélanger, président du Syndicat des enseignantes et enseignants du programme francophone de la Colombie-Britannique.

Stéphane Bélanger.

Stéphane Bélanger est le président du Syndicat des enseignants du programme francophone en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Mike McArthur

Pour la professeure Claire Johnson, ces frustrations sont légitimes. Dès qu’on parle d’une ressource limitée, on ne peut pas éviter des frustrations. Tout le monde vit cette pandémie. Et tout le monde veut passer à autre chose, je comprends totalement cette frustration.

On est capable de justifier que des populations les plus vulnérables ont besoin d'être protégées, comme on est capable aussi de justifier que des travailleurs en première ligne puissent être prioritaires. Ça rend les décisions tellement difficiles à prendre.

Avec la collaboration de Wildinette Paul.

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