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Un Saint-Laurent de plus en plus chaud

Une plage avec une vague qui s'approche du rivage à Sainte-Luce-sur-Mer

La température de l'eau du Saint-Laurent est de plus en plus élevée.

Photo : Radio-Canada / Denis Leduc

Les scientifiques de l'Institut Maurice-Lamontagne, à Mont-Joli, ont recensé, en 2020, les températures les plus chaudes jamais enregistrées dans les profondeurs du golfe du Saint-Laurent.

Le Saint-Laurent sera différent. L’environnement est en train de changer, observe le scientifique en océanographie physique à l’Institut Maurice-Lamontagne pour Pêches et Océans Canada, Peter Galbraith.

Depuis 15 ans, chaque année, Peter Galbraith fait le point sur les conditions océanographiques du golfe du Saint-Laurent, et, notamment, sur la température de l’eau.

Peter Galbraith, chercheur en océanographie physique à Pêches et Océans Canada

Peter Galbraith, chercheur en océanographie physique à Pêches et Océans Canada

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Dans le monde sous-marin de Peter Galbraith, les eaux du Saint-Laurent sont divisées en trois couches, la couche de surface, la couche intermédiaire froide et les eaux profondes qui viennent de l’océan.

La température des eaux de surface en 2020 a été en moyenne presque normale.

Les eaux de la couche intermédiaire, plus sensibles aux variations saisonnières, ont été généralement plus froides.

C'est toutefois dans les profondeurs que la mutation a lieu.

Les eaux profondes ont été parmi les plus chaudes du dernier siècle, soit 6,8 °C à 300 mètres de profondeur. Depuis 2015, on est en record centenaire. Chaque année, on bat le record de l’année d’avant. Et en 2020, on a frappé pas mal fort, il y a juste à 150 mètres qu’on n’est pas en record, mais on est très proche, commente Peter Galbraith.

Ce qui est inquiétant c’est qu’on est sorti complètement de l'enveloppe connue des températures du golfe.

Peter Galbraith, chercheur en océanographie physique à l’Institut Maurice-Lamontagne pour Pêches et Océans Canada

Des courants changeants

Bien que 2020 ait été parmi les années les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète, la température de l’air n’influe pas vraiment sur la température de l’eau dans les grandes profondeurs.

Les raisons de ce réchauffement sont ailleurs. Les courants océaniques y jouent un rôle important.

Le Gulf Stream, le grand courant régulateur de l’Atlantique, ralentit.

Le Gulf Stream, le grand courant régulateur de l’Atlantique, ralentit.

Photo : Radio-Canada

Les eaux du Labrador comme celles du Gulf Stream sont aspirées vers l’intérieur du golfe, explique Peter Galbraith. Au bout du chenal laurentien, au talus continental, il y a une succion d’eau, un appel d’eau de l’océan qui entre dans le golfe. Ça prend un temps de transit d’environ cinq ans. Deux ans plus tard, c’est rendu au détroit de Cabot et ça rentre dans le golfe. Trois ans plus tard, c’est rendu à la hauteur de Tadoussac, à l’autre bout du chenal laurentien.

C’est cette eau qui est de plus en plus chaude.

Plusieurs facteurs sont en cause. Ainsi, la circulation océanique s’est modifiée. Le Gulf Stream, relève le chercheur, est un peu plus au nord qu’il était et ça influe sur les eaux qui entrent dans le Saint-Laurent. Parallèlement, les eaux du courant du Labrador entrent parfois plus difficilement et sont aussi plus chaudes.

De tristes records

Selon Peter Galbraith, la dernière année la plus froide a été 2009. Depuis, tout monte.

De 2016 à 2018, cette eau, plus chaude, s’est étendue vers le nord-ouest du golfe. Elle a atteint l’estuaire en 2020.

La superficie du fond marin couverte par des eaux à des températures supérieures à 6 °C est donc en expansion. C’est à des niveaux records dans le nord-ouest, dans le nord-est, dans le centre, dans le détroit de Cabot, et on a même maintenant des zones au-dessus de 7 °C, précise Peter Galbraith.

C’est le cas dans le nord-est du fleuve où la température de l’eau de chenaux comme Esquiman ou Anticosti, moins profonds, a même dépassé 7 °C.

Banquise et neige autour des côtes de l'île d'Anticosti

La température de l’eau de chenaux comme Esquiman ou Anticosti, moins profonds, a dépassé 7 °C (archives).

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

À l’inverse, le chercheur rapporte que les eaux plus froides que 1 Celsius sont moins importantes. C’est la seconde étendue plus faible de la série, après 1983.

Autres anomalies climatiques

L’année 2020 a aussi permis d’observer d’autres anomalies.

Ainsi, l’eau de l'estuaire du Saint-Laurent a connu en juillet 2020 la semaine la plus chaude depuis le début des prises de données de télédétection en 1982.

C’est la première fois que je vois ça, l’estuaire réchauffé à la même vitesse que le golfe, note Peter Galbraith.

Si le printemps a été plus hâtif, l’automne aussi.

Fleuve Saint-Laurent

L'estuaire du Saint-Laurent a aussi connu des températures plus chaudes en juillet 2020 (archives).

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

De forts vents survenus à la fin août ont entraîné une chute de 3,7 degrés et un record de température froide en septembre dans l’estuaire.

Ce vent dans l’axe de l’estuaire a brassé l’eau, mélangeant eaux de surface et eaux de la couche intermédiaire, généralement plus froide, à des profondeurs plus importantes qu’à l’habitude.

Sur le vaste haut-fond marin du plateau madelinien qui entoure les îles de la Madeleine, la température des profondeurs n’est jamais descendue sous 0 °C.

Il est difficile d’évaluer l’impact qu’auront ces changements sur l’habitat des organismes et espèces du Saint-Laurent. Mais il y en aura un.

On sort de tout ce qu’on a connu depuis cent ans. Toutes les infrastructures de pêcherie dépendent d’un environnement relativement constant. Cet environnement est en train de changer. C’est toute cette industrie qui va être affectée par des dizaines de degrés Celsius, estime Peter Galbraith.

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