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Risque d’une nouvelle crise sanitaire dans le secteur agricole du Sud-Ouest de l'Ontario

Un homme habillé pour travailler est debout dans une allée avec des bacs pour y déposer les légumes. Il a les bras dans les feuilles pour cueillir un concombre.

Dans le Sud-Ouest de l'Ontario, on veut éviter de nouveaux drames dans les exploitations agricoles.

Photo : Radio-Canada / Archives

Des politiciens du Sud-Ouest de l’Ontario s’inquiètent de la situation à Leamington au moment où des travailleurs saisonniers reviennent par centaines au Canada. Ils craignent que le manque de contrôle de la quarantaine imposée à ces derniers ne crée de nouvelles tragédies reliées à la COVID-19.

Hilda McDonald, la mairesse de Leamington, s’est dite particulièrement préoccupée par le manque de surveillance, en entretien avec CBC.

Cette année notre préoccupation, c’est la période de quarantaine. Les 14 jours requis après l'arrivée des travailleurs au pays [...] On m’a exprimé des préoccupations pour me dire qu’il n’y avait pas de surveillance. Dans les petits hôtels, les motels, dans lesquels les travailleurs sont logés, il n'y avait qu’une surveillance occasionnelle de la part des fermiers, explique-t-elle.

Pour moi, c’est absolument critique. [...] Nous avons 66 000 travailleurs qui vont arriver au pays au cours des prochains mois. Il faut qu’il y ait du contrôle de cette quarantaine, que quelqu’un soit responsable de cela.

Hilda MacDonald, mairesse de Leamington

Plusieurs centaines de travailleurs agricoles commencent à arriver à Windsor-Essex. Entre 600 et 700 sont déjà sur place. Environ 2000 sont attendus dans les prochaines semaines. Et d’ici juin, ils devraient être plus ou moins 10 000.

L’été dernier, la région de Leamington avait vu son secteur agricole et les travailleurs saisonniers qui y sont employés être particulièrement frappés par la COVID-19.

Enchevêtrement et confusion tous azimuts

Quelques mois plus tard, au moment où ces travailleurs saisonniers reviennent au pays, la quarantaine imposée par les autorités fédérales n’est pas correctement supervisée, selon Mme MacDonald. Les travailleurs doivent être testés avant de monter dans un avion pour le Canada. Ensuite, ils doivent suivre une quarantaine de 14 jours, mais personne ne supervise cela, indique-t-elle.

La photo d'une femme.

La mairesse de Leamington, Hilda MacDonald

Photo : Radio-Canada / Vincent Robinet/CBC News

La situation, selon la mairesse de Leamington, est telle qu’aucune agence, aucun ordre de gouvernement ne semble être responsable de la gestion de cette question. Chacun se lance la balle, ce qui a l’art de raviver les souvenirs traumatisants d’un passé récent, lorsque Leamington avait dû faire face à des vagues sans précédent de COVID-19 dans ses installations agricoles.

Nous avons contacté le ministère du Travail, nous avons contacté les autres agences [gouvernementales], mais elles nous renvoient vers la police locale ou vers la santé publique. Mais lorsque nous parlons à ces gens, ils nous disent que cela ne relève pas d'eux. Donc, personne ne sait qui est responsable. Il n’y a aucun numéro à contacter en cas de transgression, ajoute-t-elle.

C’est pour alerter les gouvernements fédéral et provincial sur ce qu’ils considèrent comme des insuffisances que des élus du Sud-Ouest de la province se sont récemment exprimés. Nous avons envoyé une lettre [à MM. Ford et Trudeau] signée par les maires McNamara [Tecumseh], Santos [Kingsville] et moi-même auxquels nous avons joint nos députés fédéraux et provinciaux juste pour nous assurer que c’est dans le viseur de tout le monde. Maintenant nous attendons une réponse, explique Mme MacDonald.

Les municipalités elles aussi épinglées

Les maires signataires de la lettre souhaitent que le suivi de la quarantaine des travailleurs agricoles soit confié à un ministère en particulier, puisqu’en ce moment c’est le flou total.

Ça [la prise en charge] chevauche plusieurs entités. Il y a des parties qui sont en rapport avec le ministère du Travail, d’autres qui relèvent de l’immigration, d’autres qui relèvent de l’Agence des services frontaliers du Canada, d’autres des services de l’emploi. Certains de ces ministères ou agences sont de compétence provinciale ou fédérale et donc les gens se renvoient la balle, explique Hilda MacDonald.

Faute de ministère apte à faire ce travail, Mme MacDonald propose l’option d’une agence. Il faut que ce travail soit confié à une agence, c’est aussi simple que ça. C’est un peu ce que les États-Unis ont fait après le 11 septembre. S’il faut mettre sur pied une agence, alors qu’ils le fassent, explique-t-elle.

En ce moment, je ne peux aider personne en cas d’infraction ou même pour répondre à une préoccupation. Si une ferme téléphone et me dit qu’elle a une question, je ne sais pas vers qui la diriger.

Hilda MacDonald, mairesse de Leamington

Si l'idée de la mairesse n’est pas rejetée par Santiago Escobar, représentant national du syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce Canada, celui-ci estime que les municipalités ont aussi leur part de responsabilité dans cette situation.

Santiago Escobar répond à des questions.

Santiago Escobar pense que les municipalités sont elles aussi responsables de la sécurité des travailleurs saisonniers.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

Les municipalités, telles que Leamington, doivent s’assurer que les employeurs respectent les lois. [...] C’est une responsabilité partagée entre les gouvernements fédéral, provincial, les municipalités ainsi que les bureaux de santé publique, explique-t-il.

Outre les gouvernements et les municipalités, les employeurs sont également responsables de la sécurité des travailleurs, selon M. Escobar.

Mme MacDonald considère pour sa part que la prise en charge rapide des travailleurs permettra d'éviter de nouvelles éclosions dans les fermes à un moment où huit éclosions sont déjà déclarées dans le milieu de l’agriculture à Leamington, selon le Bureau de santé de Windsor-comté d'Essex.

Le ministère de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l'Inclusion des personnes handicapées indique, dans un courriel adressé à CBC, avoir investi près de 85 millions de dollars pour aider les employeurs à superviser la quarantaine des employés.

Le gouvernement provincial indique quant à lui travailler avec le gouvernement fédéral et les autorités locales pour s’assurer de mettre en place une réponse coordonnée en ce qui concerne le contrôle de la propagation de la COVID-19 dans les exploitations agricoles.

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