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Jason Kenney surmontera-t-il l'échec de Keystone XL?

Jason Kenney devant un micro.

Le premier ministre albertain, Jason Kenney, s'est fait le champion de l'industrie pétrolière.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

L'annulation du permis du pipeline Keystone XL par le nouveau président américain, Joe Biden, a porté un coup dur à l'industrie pétrolière albertaine, que le premier ministre Jason Kenney défend bec et ongles. Sa popularité survivra-t-elle à l'échec de ce pipeline crucial à l'Alberta?

Le froid glacial souffle sur Hardisty, mais ce n’est pas pour cette raison que la ville semble déserte. À la mi-janvier, la construction pétrolière est en pause, notamment celle du pipeline Keystone XL.

Dès le mois de mars, jusqu’à 600 travailleurs viendraient normalement faire doubler la population de la ville, mais pas cette année.

Quatre réservoirs en forme de dôme se dressent à côté d'une route.

Les réservoirs de pétrole de Hardisty sont le point de départ d'un large réseau nord-américain de pipelines.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Ernie Ziegler en ressent déjà les effets. Le propriétaire du magasin d’alcool de la municipalité a perdu de 25 à 30 % de son chiffre d’affaires depuis l’annulation de Keystone XL, la semaine dernière. Malgré cela, il n’en veut pas Jason Kenney.

Je ne crois pas qu'il y ait une seule personne à Hardisty qui blâme le premier ministre pour quoi que ce soit.

Ernie Ziegler, propriétaire de Lakeview Liquor Store, à Hardisty
Ernie Ziegler prend la pose devant les tablettes d'alcool fort.

Ernie Ziegler ne pourra plus bénéficier de la clientèle que représentent les travailleurs des chantiers de Keystone XL.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Ernie Ziegler rejette plutôt la faute sur le gouvernement fédéral et sur le nouveau président américain. Il veut, comme Jason Kenney, que le Canada impose des sanctions économiques aux États-Unis.

Je crois que les embargos fonctionnent, affirme-t-il. Beaucoup de gens ne le croient pas, mais si le Canada l’a fait pour l’aluminium, pourquoi pas pour cela?

Le maire de Hardisty, Doug Irving, croit toutefois que l’Alberta et le Canada feraient mieux d’adopter une stratégie plus douce, avec du lobbying et des négociations.

Je crois qu’il faut faire campagne auprès des Américains plutôt que de les menacer, mais personnellement, j’appuie tout ce que le gouvernement albertain et Jason Kenney ont fait pour l’économie, affirme-t-il.

Si le gouvernement albertain n’avait pas investi dans le projet [en mars dernier], il ne serait pas allé de l’avant [à l'époque].

Doug Irving, maire de Hardisty
Doug Irving travaille à son ordinateur portable dans son bureau.

Le maire de Hardisty, Doug Irving, gère aussi un motel qui accueille beaucoup de travailleurs de l'industrie pétrolière.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

L’ancienne mairesse de la municipalité, Anita Miller, travaille depuis près de 40 ans dans l’industrie pétrolière.

Elle croit que, malgré l’échec de Keystone XL, Jason Kenney a encore l’appui de la majorité des résidents de la municipalité.

Ils sont conservateurs, alors, oui, ils vont continuer de l’appuyer, estime-t-elle.

Lente érosion

Depuis qu'il a pris le pouvoir en avril 2019, Jason Kenney a perdu la moitié de son appui populaire, selon plusieurs sondages, notamment en raison de sa gestion de la pandémie de COVID-19.

Bien que plusieurs lui restent dévoués, comme à Hardisty, l'échec de Keystone XL pourrait éroder son leadership davantage, selon le politologue de l’Université Mount Royal Duane Bratt.

Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Jason Kenney appelle Justin Trudeau à ne pas abandonner le projet Keystone XL.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Lorsque tout va mal, est-ce que Jason Kenney doit continuer de blâmer Justin Trudeau? Oui, certains acceptent cet argument, mais seront-ils assez nombreux?, demande-t-il.

Il estime que le premier ministre a vendu de faux espoirs aux travailleurs de Keystone XL en injectant d’énormes fonds publics pour maintenir le projet en vie.

Cette désillusion pourrait lui faire mal, combinée aux controverses sur les voyages de députés conservateurs et sur les mines de charbon.

Les derniers sondages plaçaient l'appui de Jason Kenney autour de 30 %. Ce n’est pas impossible que les prochains sondages indiquent un taux d’appui sous cette barre.

Duane Bratt, politologue à l'Université Mount Royal de Calgary

À son avis, la stratégie de Jason Kenney de défendre l’industrie pétrolière à tout prix a fait son temps. À quel point fonctionne-t-elle? Où sont les victoires? Je n’en vois pas beaucoup, ajoute-t-il.

Toutefois, à Hardisty, Ernie Ziegler en redemande. Je ne crois pas que le premier ministre puisse en faire assez pour défendre l’industrie pétrolière, affirme-t-il.

Même si sa municipalité souffre de l'échec de Keystone XL, Hardisty peut compter sur d'autres projets pétroliers, comme la ligne 3 d'Enbridge, fait-il remarquer et ajoutant qu'il est convaincu qu'Hardisty sera capable de se relever.

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