•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pourquoi la COVID-19 est-elle plus mortelle pour les hommes? Des explications biologiques

Un homme portant un masque.

Le risque de décès de la COVID-19 chez les hommes est 1,7 fois plus élevé que chez les femmes

Photo : Kevin Brine

Radio-Canada

Les preuves s’accumulent depuis le début de la pandémie : les hommes présentent des symptômes plus sévères de la COVID-19 et ils en meurent aussi davantage que les femmes.

Il est vrai que l’âge est fortement associé à un risque accru de décès chez les deux sexes, mais au-delà de 30 ans, les hommes présentent un risque de mortalité nettement plus élevé, ce qui fait des hommes âgés le groupe le plus vulnérable.

Dans l’ensemble, les données recueillies à ce jour montrent que le risque de décès chez les hommes est 1,7 fois plus élevé que chez les femmes, notent l'immunobiologiste Akiko Iwasaki et ses collègues de l’Université Yale, qui se sont intéressés aux processus biologiques qui causent cette différence entre les sexes.

Si les différences entre les sexes sont étroitement liées aux rôles sociaux et à des facteurs comportementaux, des mécanismes biologiques influent également sur la gravité de la COVID-19.

Akiko Iwasaki

Deux explications biologiques

La chercheuse et ses collègues pensent qu’une première explication tient de la biologie fondamentale.

Les femmes possèdent deux chromosomes X, les hommes en ont un. Les chromosomes X sont importants, car ils sont riches en gènes qui régulent la réponse immunitaire, explique Akiko Iwasaki dans un communiqué de l’université en marge des travaux publiés dans la revue Science (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Alors que l'un de ces chromosomes X chez la femme est réduit au silence, dans certains cas, des gènes clés des deux chromosomes X peuvent activer le système immunitaire inné, le système d'alerte précoce qui détecte les agents pathogènes.

Akiko Iwasaki

En fait, les femmes disposent de renforts du système immunitaire à un stade précoce des infections, alors que les hommes, avec leurs seuls chromosomes X, n’en possèdent pas, explique-t-elle.

Une deuxième explication est liée aux hormones sexuelles. Des travaux menés sur des souris infectées par le SRAS-CoV ont permis de constater une mortalité plus élevée chez les mâles. Les chercheurs pensent que l’effet protecteur de l'hormone sexuelle femelle, l'œstrogène, en serait la cause.

Selon eux, la présence d'œstrogènes peut contribuer à supprimer l'ACE2, un récepteur à la surface de nombreuses cellules qui est utilisé par le SRAS-CoV-2 pour pénétrer dans les cellules.

C'est une représentation visuelle de l'interaction entre le virus et la cellule.

Une protéine S du coronavirus (en rose) s'amarre à un récepteur ACE2 d'une cellule humaine (en bleu), ce qui lui permet ultimement de pénétrer dans la cellule.

Photo : iStock / selvanegra

Repères

  • L’ACE2, c'est l’enzyme de conversion de l’angiotensine II.
  • La protéine de spicule à la surface du virus se colle au récepteur ACE2 avec d’autres molécules, ce qui permet au virus de pénétrer dans nos cellules et d’entamer son cycle d’infection.
  • ACE2 est très présent dans notre nez et dans la gorge, mais aussi sur des cellules dans nos poumons.
  • À peu près 20 % des gens développent une pneumonie et des symptômes graves.

Inversement, l'hormone mâle androgène semble renforcer la capacité du virus à infecter les cellules.

En outre, une étude a montré que les hommes qui suivent une thérapie de privation d'androgène dans le traitement d’un cancer de la prostate semblent moins susceptibles d'être infectés par la COVID-19.

L’âge en question

Chez l’homme, l'âge amplifie et parfois sabote la réponse immunitaire à l'infection par la COVID-19. Au début de la soixantaine, la réponse immunitaire des hommes semble perdre de la vigueur face au coronavirus.

Les chercheurs ont découvert que le schéma d'expression des gènes qui contrôle les réponses immunitaires innées aux infections virales, première ligne de défense contre les agents pathogènes, diminue nettement chez les hommes entre 62 et 64 ans. Cette réponse immunitaire commence à faiblir environ six ans plus tard chez les femmes.

Les scientifiques ont également constaté chez les hommes qu’une réaction compensatoire excessive d'autres molécules du système immunitaire peut en même temps conduire à une inflammation dommageable.

Cette inflammation peut déclencher ce que l'on appelle la tempête de cytokines qui entraîne de graves dommages aux poumons et à d'autres tissus, ce qui est la marque des cas graves de COVID-19, notent les chercheurs.

Des connaissances importantes

Je savais que nous apprendrions beaucoup sur l'immunité à ce coronavirus en étudiant les différences entre les sexes, mais je ne m’attendais pas à ce que les conclusions soient aussi claires, affirme Mme Iwasaki.

Or, si les scientifiques ont une meilleure idée des différences entre les sexes en matière de réponses immunitaires contre la COVID-19, de nombreuses questions demeurent.

Mieux cerner les détails des différentes réponses des systèmes immunitaires masculins et féminins permettra de développer des vaccins et d’adapter les traitements. Espérons que les vaccins uniformiseront les règles du jeu entre les hommes et les femmes et réduiront le nombre de décès pour tous, conclut Akiko Iwasaki.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !