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Un virologue soulève des questions sur l’atténuation des mesures de confinement

Jaques Lapierre.

Le virologue à la retraite a des réserves concernant un déconfinement.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le virologue à la retraite Jacques Lapierre émet des réserves quant à l’atténuation des mesures sanitaires mises en place par le gouvernement Legault pour limiter la propagation du coronavirus dans la région.

M. Lapierre a été responsable de la fabrication de vaccins contre l’influenza pendant 30 ans et s’est occupé de la biosécurité et de la formation du personnel des compagnies pharmaceutiques pour lesquelles il a travaillé. Il a répondu aux questions de Frédéric Tremblay à l’émission C’est jamais pareil


Q- Comment avez- vous réagi lorsque vous avez entendu les régions, les élus qui mentionnent cette idée de revenir à un code de couleurs?

R- Je pense que c’est une réaction normale. Les gens sont tannés de l’épidémie. Ils ont fait de très gros efforts, les efforts donnent des résultats, on voit que ça baisse un peu partout dans la province et effectivement, il y a des régions où il n’y a pas beaucoup de virus actuellement. Je pense qu’il est normal que les gens réagissent comme ça. Maintenant, j’ai des réserves. Il faut faire attention. Si on regarde au Saguenay, au mois d’octobre et novembre, on n’avait pratiquement pas de virus et dans l’espace d’à peu près deux semaines, on a atteint le plus gros taux d’infection au Québec. Ç’a pris à partir du 15 novembre jusqu’à aujourd’hui pour redescendre. Actuellement, on est presque en dessous de la zone orange, donc ça a pris quand même beaucoup de temps, avec beaucoup d’efforts pour redescendre à un niveau qui est quand même un peu plus acceptable. 

Q- Selon vous, est-ce que c’est directement lié au couvre-feu qui a été imposé par le gouvernement? Qu'est-ce que vous pensez du couvre-feu?

R- Je pense que le couvre-feu donne effectivement des résultats parce qu’on voit quand même une baisse de la courbe au début de décembre pour le Saguenay Lac-Saint-Jean, donc les gens ont fait des efforts. Puis on voit, à partir du 1er janvier, que la courbe descend quand même encore plus rapidement. Donc le couvre-feu semble vraiment donner des résultats. Je pense que c’est assez évident quand on regarde les courbes. 

Q- Imaginons qu’après le 8 février, le gouvernement décide de retourner à un code de couleurs comme on le connaissait. Qu’est-ce qui pourrait se passer rapidement selon vous? 

R- Ce que je ne voudrais pas, c’est que ça reparte en montant et qu’on ait des éclosions. On vient juste de rentrer les jeunes dans les écoles, donc on ne sait pas trop encore qu’est-ce que ça va faire. Les jeunes dans les écoles peuvent être des vecteurs pour ce virus-là, donc je pense que nos résultats sont bons. J'aimerais qu'ils soient bons encore pendant minimum deux semaines et idéalement 28 jours. Deux cycles d’infection du virus. 

Mais je sais que pour la population c’est très difficile. Quand je regarde la courbe de l’Abitibi aussi, qui était l’endroit au Québec où il n’y avait pas de virus et on se demandait comment il se fait que ces gens-là n’étaient pas infectés, il y a eu une montée au 1er janvier probablement due aux Fêtes, et ils ont réussi pendant 25 jours à ramener la courbe très basse. C’est possible de ramener la courbe basse et de s’organiser pour qu’il n’y ait pas d'éclosion, mais à ce moment-là, ça veut dire que ça prend des efforts. 

Q- Il y a plein de chiffres et on peut interpréter les chiffres de mille et une façons : il y a les nouveaux cas, les cas actifs, l’écart par 100 000 habitants. Vous, quelles sont les colonnes qui vous intéressent particulièrement comme virologue? 

R- Je regarde beaucoup les éclosions. Évidemment, je ne veux pas me prononcer sur ce qui se passe dans les hôpitaux. Je ne suis pas médecin. Je pense que ça appartient aux médecins et aux cliniciens de nous dire ce qui se passe dans les hôpitaux. Je ne veux pas trop faire non plus d’épidémiologie, même si c’est ce que je suis en train de faire actuellement. Ce qui m’intéresse le plus, c’est la vaccination, le vaccin parce que j’en ai fabriqué et je sais comment ça marche et le comportement du virus.

Quand je regarde ces courbes-là, je vois comment le virus réagit et c’est surtout les éclosions, l'évolution des cas que je regarde le plus. 

Q- Est-ce qu’on les voit les effets? Est-ce qu'on ressent tout de suite les effets de la vaccination ou ce serait plus à moyen et long terme? 

R- Je pense que ça va être à moyen et long terme et je pense surtout que ça va être à partir du moment où les gens vont recevoir la deuxième dose.

Je sais que c’est difficile et je sais qu’il y a beaucoup de divergence d’opinions là-dessus, mais ce que je lis, moi, c’est que la première dose donne une protection d’environ 50 % à 55 %, et aussitôt qu’on donne la deuxième dose, sept jours après la deuxième dose on monte à 95 %. D’après moi on va avoir des effets plus quand on va faire la deuxième dose. 

La décision du gouvernement de vacciner beaucoup de monde le plus possible avec une première dose, je la comprends aussi. Ces gens-là veulent essayer de réduire les hospitalisations et réduire les effets dans les CHSLD et les foyers de personnes âgées où ce sont souvent les gens les plus atteints. 

Q- J’aimerais qu’on reparle de confinement. Vous l’avez bien mentionné, le confinement à ses effets bénéfiques. Mais pendant combien de temps, selon vous, on peut maintenir un confinement comme ça sans trop affecter le moral de la population? 

R- Ça c’est plus pour un sociologue qu’un virologue! Mais en fait, je sais déjà que les gens sont très affectés. Je le vois, j’ai ma mère qui a 89 ans qu’on essaie de protéger beaucoup ces temps-ci et tous les jours, elle me demande il y a combien de cas au Saguenay, on est rendu à combien de cas, est-ce que ça va finir? Et ce n’est pas une personne qui sort de la maison. C’est quelqu’un qui reste toujours à la maison. 

Tous les gens qui ont des commerces, qui ont des restaurants, qui ont des hôtels c’est un peu l’enfer. Mais en même temps, je me dis que si on relâche tout de suite ce confinement-là, ces gens-là vont se réorganiser au niveau de leur commerce, au niveau de leur personnel. Il ne faudrait pas que dans un mois, on dise qu’on referme pour deux mois. C’est ça que je voudrais éviter. 

Si on déconfine trop rapidement et qu’on a des éclosions qui apparaissent, on a l’air un peu d’improviser. Les gens vont perdre confiance, ils vont dire  il nous confine ça, marche. Ils déconfinent, ça recommence. On reconfine! Les gens vont dire qu'ils ne savent pas ce qu’ils font. Je pense qu’il faut être prudent aussi parce qu’il faut garder la confiance des gens. Les gens font de très gros efforts actuellement. C’est très dur d’être confiné comme ça. 

Q- J’aimerais qu’on revienne dans votre champ de compétences : les virus, les vaccins. On l’a soulevé plusieurs fois à quel point ça été un exploit de développer un vaccin si rapidement, mais ce qui se passe actuellement, cette pause de la campagne de vaccination, ces négociations avec le gouvernement et les différents fabricants, est-ce que c’est normal? Comment voyez-vous ce qui se passe actuellement pour la campagne de vaccination au pays et au Québec?

Quand on a commencé à parler de vaccination et qu’on m’a demandé mon avis, j’ai dit qu’il n’y aurait jamais de vaccination massive avant le mois de juin ou juillet et c’est pas mal ça qui s’en vient. Ce qui arrive avec Pfizer actuellement, ce que Pfizer devait nous fournir, ils ont des réparations ou de la construction à faire dans leur usine pour augmenter leur capacité. Évidemment, je pense qu’ils auraient dû prévenir les clients parce que c’est prévisible quand tu veux faire de la construction, quand tu veux agrandir une usine. Tu n’improvises pas. C’est planifié et c’est supposé entrer dans une cédule. Normalement, on aurait dû le savoir.

Le Canada actuellement est quand même privilégié. C’est un des pays au monde qui a accès à beaucoup de vaccins. Donc quand on dit que le Canada ne fait pas sa job, je pense qu’ils font leur possible, ils réussissent à avoir des vaccins.

La prochaine étape, ça va être Moderna qui va en fournir de plus en plus et il y a d’autres vaccins qui s’en viennent aussi, il y a AstraZeneca, il y a Johnson et Johnson qui devraient arriver rapidement et c’est là qu’on va voir une croissance du nombre de vaccins.

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