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Interdiction de vols : Trudeau s'inquiète pour les chaînes d'approvisionnement

Gros plan du premier ministre Trudeau.

Le premier ministre Justin Trudeau durant son point de presse, le mardi 26 janvier 2021

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Les Canadiens et les résidents permanents qui sont de retour d'un voyage à l'étranger ne sont toujours pas assujettis à de nouvelles règles plus strictes du gouvernement fédéral pour empêcher la propagation de la COVID-19.

En conférence de presse mardi, le premier ministre Justin Trudeau s'est contenté de confirmer, comme l'avaient déjà fait certains de ses ministres, que de telles mesures seront annoncées très bientôt.

Des discussions entourant de nouvelles mesures à mettre en oeuvre ont eu lieu lundi, lors du Conseil des ministres, ce qui laissait croire qu'une annonce pouvait avoir lieu mardi matin.

Ottawa jongle notamment avec la possibilité d’imposer des tests rapides aux voyageurs revenant au pays ainsi qu’une quarantaine obligatoire surveillée dans certains hôtels désignés, aux frais des voyageurs.

La possibilité d’interdire purement et simplement les voyages non essentiels est aussi considérée, même si cela devra vraisemblablement nécessiter le recours à la Loi sur les mesures d’urgence.

Interrogé sur ce qui empêchait le gouvernement d'agir plus rapidement dans ce dossier, M. Trudeau a évoqué la nécessité de ne pas interrompre les chaînes d'approvisionnement du pays.

Selon lui, beaucoup d'avions commerciaux transportant des passagers transportent aussi de la nourriture, des médicaments et d'autres biens essentiels pour les Canadiens.

Il faut qu'on s'assure que les mesures qu'on met en plus vont être les bonnes, parce qu'on sait très bien qu'on dépend d'avions qui viennent de partout dans le monde pour notre nourriture, pour nos biens pharmaceutiques, pour des livraisons de biens essentiels. Et on ne veut pas interrompre les chaînes d'approvisionnement sur lesquelles les Canadiens dépendent.

Une citation de :Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Le premier ministre a aussi souligné que les cas de COVID-19 attribuables à des voyageurs revenant de l'étranger ne représentent qu'un très petit pourcentage des cas recensés au pays.

Cela dit, je veux être très clair : chaque cas est un cas de trop, a-t-il ajouté du même souffle.

Il ne faut pas oublier aussi que c'est surtout la transmission communautaire qui continue de propager le virus, a-t-il aussi dit peu après.

On comprend tout à fait la frustration – que je partage d'ailleurs – [face aux] gens qui essaient de voyager à l'étranger de façon non essentielle et qui mettent à risque leurs concitoyens, particulièrement avec la présence, un peu partout dans le monde, de nouvelles variantes [du coronavirus] qui pourraient se répandre encore plus rapidement avec encore plus de dégâts.

Une citation de :Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Dans une conférence de presse subséquente, le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, n'a pas caché que les compagnies aériennes sont aux aguets face à une possible interdiction de vols.

Chaque fois qu’on discute publiquement des changements potentiels en termes d’arrivées de l'international, de vols à l’étranger qui arrivent au Canada, évidemment, ça intéresse énormément les compagnies aériennes, et je sais qu’elles sont assez vites à prendre le téléphone et appeler mon collègue, le ministre des Transports, a-t-il lâché.

Ces dernières n'ont en effet pas tardé à réagir. Le Conseil national des lignes aériennes du Canada (CNLA), qui représente les quatre plus grandes compagnies aériennes nationales et internationales du Canada, soutient plutôt la proposition du premier ministre de l'Ontario de procéder à des tests à l'arrivée des voyageurs.

En invoquant une baisse du trafic aérien allant de 80 % à 90 % et la faible part des cas de COVID-19 liés aux voyages, le Conseil affirme par communiqué que l’application d’un deuxième test à l’arrivée, en plus de la recherche des contacts et l’application des mesures de santé publique, annule la nécessité d’adopter des "hôtels de quarantaine obligatoires".

Le CNLA rappelle que le Canada est le seul pays du G7 qui n’a pas apporté de soutien ciblé à son industrie aérienne.

L'évolution de la pandémie au Canada

Je ne comprends pas, dit Legault

Réagissant aux propos de M. Trudeau en après-midi, le premier ministre du Québec, François Legault, s'est aussi impatienté face à l'attentisme du gouvernement fédéral. Selon lui, le risque qu'un nouveau variant du coronavirus vienne faire des ravages au Québec augmente avec chaque vol qui atterrit dans la province.

Je ne comprends pas. Chaque jour, il y a des voyageurs qui arrivent. À chaque jour qui passe, il y a un risque qui s’ajoute. Il y a urgence d’agir.

Une citation de :François Legault, premier ministre du Québec

M. Legault a ensuite dit comprendre que des règles de droit peuvent compliquer l'imposition d'une interdiction des vols. Mais je ne vois pas le problème d’obliger les voyageurs d’aller dans un hôtel supervisé pendant deux semaines, a-t-il aussitôt ajouté.

S'adressant à la presse avant M. Trudeau, le chef bloquiste Yves-François Blanchet avait accusé le gouvernement de se traîner les pieds en le pressant d’annoncer ses couleurs.

Le gouvernement semble incapable, même en se réunissant, d’avoir le leadership nécessaire pour prendre des décisions claires, des initiatives avec une probabilité de succès qui ne soit pas mesurée à l’aune d’un possible enjeu électoral, a-t-il fait valoir.

Ottawa convaincu de la nécessité d'agir, selon Freeland

En entrevue mardi à Tout un matin, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a aussi assuré que des mesures plus sévères seront mises en oeuvre.

Notre gouvernement est absolument convaincu qu’on doit prendre des mesures même plus strictes qu’on a maintenant à la frontière. […] On est en train de discuter ça et on va prendre des mesures importantes pour protéger les Canadiens.

Une citation de :Chrystia Freeland, ministre des Finances du Canada

Vendredi, le ministre Dominic LeBlanc, avait affirmé lors d’une entrevue à la même émission que l’annonce de telles mesures était imminente.

Il n’y a pas de doute qu’on va renforcer, et de beaucoup, les mesures de quarantaine et la question par exemple des tests de dépistage à l’arrivée, avait-il dit, en anticipant une annonce officielle au début de cette semaine.

Le premier ministre Trudeau a lui-même prévenu deux fois plutôt qu’une, la semaine dernière, que son gouvernement pourrait adopter des mesures plus sévères à l’encontre des voyageurs, et ce, « sans préavis ».

Dimanche, le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, n’a pas exclu le recours à la Loi sur les mesures d’urgence pour interdire des vols, en admettant aussi que cela ne peut pas être considéré à la légère.

Depuis le début de la pandémie, M. Trudeau a indiqué à plusieurs reprises qu’il n’était pas enclin à recourir à cette loi pour limiter les déplacements interprovinciaux, sans l’exclure pour autant.

Selon des données colligées par Ottawa, des cas de COVID-19 ont été dépistés à bord de 143 vols internationaux au cours des deux dernières semaines. Des cas ont aussi été détectés dans 61 vols intérieurs.

S'assurer que les Européens ne nuisent pas à la livraison de vaccins

Justin Trudeau ne s’est pas montré préoccupé outre mesure par la volonté de l’Union européenne (UE) de contrôler les exportations de vaccins contre la COVID-19 hors de l'Europe.

Pour l'instant, je sais que l'Union européenne se penche sur des préoccupations spécifiques autour d’AstraZeneca, a-t-il commenté, avant de préciser que le Canada n’a pas acheté de vaccins de la compagnie.

Le Canada s’est fait donner une option pour acheter 20 millions de doses de ce vaccin, mais aucune commande ne sera confirmée tant que Santé Canada ne l’aura pas approuvé.

Le premier ministre a cependant convenu qu’il serait extrêmement préoccupant que l’UE décide de restreindre les livraisons des vaccins de Pfizer-BioNTech, une perspective qui n’a pas été évoquée par l’exécutif européen.

On est en train de communiquer avec nos partenaires en Europe pour s'assurer que les contrats signés par le Canada soient respectés, a-t-il ajouté.

Près de 150 contraventions remises à des voyageurs

Depuis la fin du mois de mars 2020, les voyageurs qui arrivent au Canada doivent obligatoirement se placer en quarantaine pour 14 jours, sous peine de recevoir des amendes ou une peine pouvant aller jusqu'à six mois de prison. Seuls ceux qui ne s'y conforment pas peuvent être dirigés vers des hôtels situés près des aéroports.

Ottawa plaide sans relâche qu'il s'agit d'une des mesures les plus contraignantes du monde, mais l'efficacité des vérifications faites par les autorités soulève des doutes, y compris de la part de voyageurs.

Selon des données fournies à Radio-Canada par l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC), les forces de l'ordre au pays ont jusqu'ici distribué 141 contraventions pour non-respect des règles de la quarantaine, en plus de 8 infractions punissables par procédure sommaire.

L'ASPC recense aussi 221 avertissements verbaux à des voyageurs et 23 avertissements écrits.

L'agence fédérale note toutefois que les forces de l'ordre ne sont pas tenues de lui envoyer des informations à ce sujet, ce qui laisse croire que ce portrait ne peut être considéré comme complet.

Dans la province de Québec, les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) effectueront les visites sur place auprès des voyageurs de retour là où ils ont des détachements. Dans les territoires où la GRC n’a pas de ressources, elle enverra la liste à la Sûreté du Québec, a aussi indiqué l'ASPC.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a toutefois souligné que cette aide de la police provinciale n'a qu'une portée limitée. La Sûreté du Québec n’a pas le droit de donner des amendes. Donc, on peut dire que ce n’est sûrement pas parfaitement efficace, a-t-il laissé tomber.

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