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La petite histoire de Roger Clemens avec les Blue Jays de Toronto

Plusieurs photos juxtaposées de Roger Clemens en motion de lancer dans l'uniforme des Blue Jays.

Roger Clemens a disputé deux saisons avec les Blue Jays de Toronto (archives).

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Roger Clemens n'a fait que passer avec les Blue Jays de Toronto. Et pourtant, en l'espace de deux saisons, l'as lanceur, qui a surtout fait sa renommée avec les Red Sox de Boston, a laissé une marque indélébile sur l'organisation de la Ville Reine.

Sa carrière a plus tard été assombrie par les soupçons de dopage, raison pour laquelle il n'a pas encore été admis au Temple de la renommée du baseball, mardi. Toutefois, en 1996, lorsqu'il avait été annoncé en grande pompe à Toronto, la réputation du colosse de Dayton, en Ohio, le précédait pour de bonnes raisons.

Clemens venait de compléter sa 13e saison à Boston, là où il a gagné ses trois premiers trophées Cy-Young, remis au meilleur lanceur, et été élu joueur par excellence du baseball majeur, en 1986. Aucun signe ne portait toutefois à croire que les Blue Jays allaient parvenir à lui mettre le grappin dessus.

Roger Clemens lors d'un match à Boston en 1986.

Clemens a passé 13 ans dans l'uniforme des Red Sox de Boston avant de se joindre aux Jays.

Photo : Associated Press

À cause des grands noms qu'ils avaient été chercher pour gagner la Série mondiale au début des années 1990, on savait les Blue Jays capables de grandes choses… mais pas ça. Si vous vous attendiez à l'inattendu, même ça, ce n'était pas sur votre radar, se rappelle le journaliste Mike Zeisberger, qui suivait alors les activités quotidiennes de l'équipe pour le quotidien Toronto Sun.

Ce vétéran de la presse se souvient avoir appris la nouvelle à la radio et reçu une invitation à une conférence de presse aussitôt. Quand la nouvelle est sortie, les journalistes de Boston se sont précipités à l'aéroport pour arriver à temps à Toronto. Il y avait tellement de monde à cette conférence de presse. C'est dire à quel point ce fut un choc non seulement pour le baseball, mais pour le monde du sport en général.

Roger Clemens était un pilier à Boston. Il était le genre de lanceur qui ne vient qu'une fois par génération. Les gens de Boston étaient tout aussi choqués que ceux de Toronto.

Mike Zeisberger

La plus grosse prise des Blue Jays

Roger Clemens enfile son nouvel uniforme pour la première fois devant la presse torontoise le 13 décembre 1996.

Roger Clemens a été présenté à la presse torontoise le 13 décembre 1996 (archives).

Photo : Radio-Canada

Le 13 décembre 1996, Clemens était présenté à la presse par celui qui était alors directeur général des Blue Jays, Gord Ash. L'entente, d'une durée de quatre ans, devait rapporter 40 millions de dollars au nouvel as de Toronto.

Deux ans auparavant, nous avions perdu un certain nombre de joueurs sur le marché des joueurs autonomes. Nous voulions rétablir notre crédibilité auprès du reste de la ligue, souligne Gord Ash qui est désormais directeur général adjoint pour les Brewers de Milwaukee.

Notre président à l'époque, Paul Beeston, avait une bonne relation avec ses agents. Ils ont trouvé un moyen d'en venir à une entente et de le faire venir à Toronto, pour deux ans au moins.

Il était différent des autres. Il ne faisait pas les choses auxquelles tout le monde s'attendait. Il est venu à Toronto avec l'intention de gagner, rien d'autre.

Gord Ash

Sauf que gagner, l'équipe n'a pas fait. Les Blue Jays n'ont pas atteint les séries éliminatoires en 1997 ni en 1998. Pourtant, Roger Clemens avait rempli sa part du contrat. Il a été sensationnel au monticule.

En 1997, l'Américain a signé 21 victoires, lancé 9 matchs complets, maintenu une moyenne de points mérités de 2,05 et retiré 292 frappeurs sur des prises. Pour cela, il a reçu le quatrième trophée Cy-Young de sa carrière et remporté la triple couronne, un fait rare dans le baseball majeur. Il n'y était pas parvenu en 13 ans à Boston.

Un lanceur gagne la triple couronne au baseball lorsqu'il bat, au terme de la saison, tous ses homologues au chapitre des victoires, des retraits au bâton et de la moyenne de points mérités.

La saison suivante, Clemens a répété ses exploits sur l'ensemble de la saison pour gagner un autre trophée Cy-Young et une autre triple couronne. En l'espace de deux ans à Toronto, il est ainsi devenu l'un des sept lanceurs dans l'histoire du baseball majeur à gagner la triple couronne plus d'une fois.

Personne à Toronto ne pourra jamais dire qu'il n'a pas livré la marchandise, bien que son passage eut été bref.

Mike Zeisberger

Le fait qu'il a gagné le Cy-Young et que l'équipe n'était pas près d'accéder aux séries est la preuve qu'il n'avait pas le personnel de soutien nécessaire. Il voulait gagner un titre et il a vite compris que ça n'arriverait pas à Toronto, note Zeisberger.

Un passage en vitesse

Roger Clemens au monticule dans l'uniforme des Blue Jays en 1998.

Roger Clemens a gagné la triple couronne deux fois en autant de saisons à Toronto (archives).

Photo : Radio-Canada

Au terme de la campagne 1998, Roger Clemens a été échangé aux Yankees de New York contre David Wells, Graeme Lloyd et Homer Bush. Gord Ash, qui a procédé à la transaction, convient qu'il avait compris au moment de parapher une entente avec son nouvel as que le principal intéressé n'allait pas rester longtemps à Toronto si l'équipe n'était pas à la hauteur de ses ambitions.

Si je pouvais revenir en arrière et faire une chose pour changer la donne, j'aurais fait l'acquisition d'un closer (un releveur spécialiste des fins de match) pour aider l'équipe à gagner les matchs qu'elle aurait dû gagner en 1998.

Gord Ash garde tout de même d'excellents souvenirs du passage de celui que l'on surnomme The Rocket à Toronto.

À cause de sa renommée et des trophées Cy-Young qu'il a gagnés, c'est évident que c'est ma meilleure acquisition. Il était tout ce que nous espérions et encore plus. Il nous a procuré tout un avantage, dit-il. Les jeunes lanceurs ont beaucoup appris auprès de lui, pas seulement en matière de préparation physique, mais psychologique aussi. Il était le professionnel ultime.

Le journaliste réputé Bob Elliott estime que les amateurs torontois ont tendance à oublier, à travers tout ce qui a suivi, ce que Clemens est parvenu à accomplir en deux saisons à Toronto.

Lorsqu'ils débattent du meilleur lanceur à avoir joué à Toronto, Dave Stieb et Roy Halladay sont les noms qui reviennent le plus. Mais si quelqu’un devait se poser la question à savoir quel lanceur a fait la meilleure saison à Toronto, la réponse serait Roger Clemens. Et vous savez quoi? C’est probablement la réponse pour le deuxième rang des meilleures saisons aussi.

Sa place au Temple?

Des sièges vides sur une scène

Roger Clemens aura droit à une dernière chance d'être admis au Temple de la renommée du baseball en 2022.

Photo : Getty Images / Jim McIsaac

En dépit de tout ce qu'il a accompli sur le terrain, à Toronto comme ailleurs, le nom de Roger Clemens demeure associé à l'utilisation de produits dopants. Des allégations de dopage le visaient même à l'époque où il jouait pour les Blue Jays. Le rapport Mitchell avait fait éclater la chose au grand jour.

Selon Bob Elliott, malgré ses travers, Clemens a sa place au Temple de la renommée. Il a encore voté pour lui cette année. Comme Barry Bonds, il a été trop bon pour être ignoré.

L'ancien directeur général, Gord Ash, croit aussi que sa plus belle prise a sa place à Cooperstown. Je sais qu'il y a beaucoup de controverses quant à l'utilisation de produits dopants, mais il faut comprendre le contexte du sport à l'époque. Si on en croit les joueurs, c'était un usage répandu. Il l'a fait pour rester à niveau.

Quand on considère toute sa carrière – parce qu'il a aussi lancé lors de grands matchs vers la fin –, je pense qu'il mérite amplement ce type d'honneur.

Gord Ash

Le journaliste Mike Zeisberger se fait plus prudent. Si on se base sur les statistiques, et que sur les statistiques, je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il n'a pas sa place au Temple. Cela dit, je suis de ceux qui disent : "Si on en laisse entrer un, il faut tous les laisser entrer"!

Pour Roger Clemens et Barry Bonds, 2022 représente l'année de la dernière chance. Les joueurs de baseball n'ont droit qu'à dix ans pour être intronisés au Panthéon du baseball. Après coup, les portes leur seront fermées. Mardi, ils en étaient tous deux à leur neuvième année d'admissibilité.

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