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L'hôtel de ville n'est pas un bâtiment patrimonial, tranche la Ville de Sept-Îles

L'hôtel de ville de Sept-Îles en hiver

L'hôtel de ville de Sept-Îles sera vraisemblablement démoli (archives).

Photo : Radio-Canada / Radio-Canada

Félix Lebel

Le conseil municipal de Sept-Îles n'attribue pas le statut patrimonial à son hôtel de ville et souhaite plutôt aller de l’avant avec la vente du bâtiment. Le maire Réjean Porlier justifie cette décision par le fait qu’une restauration serait trop coûteuse et ne pourrait répondre aux besoins de la municipalité.

La Ville indique être en négociations avec le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord, qui souhaiterait acquérir le terrain et ainsi pouvoir agrandir le stationnement de l’hôpital de Sept-Îles.

Si tout va comme prévu, la Ville compte construire un nouvel hôtel de ville, sur le boulevard Laure, derrière le centre sociorécréatif.

Patrimoine moderne perdu?

Ce dossier a suscité de vifs débats dans les derniers mois, alors que plusieurs voix se sont élevées pour défendre l'importance du bâtiment, une œuvre de l'architecte Guy Desbarats dans les années 60.

La décision de la Ville va à l’encontre des conclusions d’un rapport de la firme-conseil en architecture Patri-Arch, qui estimait que le bâtiment jouissait d’une valeur patrimoniale supérieure.

Photo d'archive en couleur, de l'hôtel de ville.

Photo d'archives qui illustre l'hôtel de ville de Sept-Îles, créé par l'architecte Guy Desbarats.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie: Mario Dufour

Ce même rapport, commandé par la municipalité au printemps 2020, conclut entre autres que l'hôtel de ville est l’un des plus importants immeubles patrimoniaux de Sept-Îles.

Un avis qui n’est pas partagé par le conseil municipal, qui a tenu un vote lundi soir à savoir qu’il ne reconnaissait pas le caractère patrimonial du bâtiment.

Le conseil, ce soir, est carrément venu se positionner face aux nombreux commentaires des dernières semaines, en disant clairement que, pour eux, le bâtiment de l’hôtel de ville, dans son état actuel, ne répondait pas à leurs critères pour citer le bâtiment comme étant patrimonial , a déclaré le directeur général de Sept-Îles, Patrick Gwilliam.

Une authenticité altérée

L’analyse de la firme Patri-Arch soutient toutefois que le bâtiment a subi des dégradations lors de rénovations qui ne respectaient pas le concept architectural d’origine, et qu’une restauration complète serait coûteuse.

Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, indique avoir notamment pris en compte ce facteur pour prendre sa décision.

Il estime qu’une restauration complète, qui inclut le retour à une authenticité patrimoniale, pourrait coûter jusqu’à 20 millions de dollars. Une somme trop importante selon la Ville, qui avance que les besoins en espaces à bureaux ne seraient pas comblés, même avec des rénovations.

Le premier élément, [c'est] celui des besoins, le deuxième élément, [c'est qu'] il y a les finances derrière cela. Il faut être en mesure de justifier : est-ce qu’on va rénover et ensuite annoncer qu’on a besoin d’autres espaces ailleurs pour compléter nos besoins? [Il y a aussi ] les besoins de notre voisin qui réclame de l’espace depuis longtemps et bien sûr le problème de stationnement , explique Réjean Porlier.

Il porte une chemise et un veston à l'occasion de la rencontre du Nouvel An.

Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier (archives)

Photo : Radio-Canada

« Un manque de vision »

En dépit des coûts, la décision de la Ville est qualifiée d’outrage social et urbain par l’architecte et fondatrice du Centre canadien d’architecture, Phyllis Lambert.

À l’émission Boréale 138, Mme Lambert a fait valoir à quel point il était dommage de perdre un bâtiment issu du mouvement architectural moderne, mal compris par la Ville, selon elle.

J’ai bien peur que si la Ville n’a rien fait, c’est parce qu’il n’y avait pas de fierté [envers le bâtiment]. Quand le bâtiment devait être réparé, on ne l'a pas entretenu comme il le fallait.

Phyllis Lambert, architecte et fondatrice du Centre canadien d’architecture

C’est vraiment très dommage. On doit respecter les choses, c’est un bâtiment public, ça appartient aux gens de Sept-Îles, estime-elle.

Phyllis Lambert fait l'objet d'un documentaire de Manuel Foglia présenté au FIFA

L'architecte Phyllis Lambert (archives)

Photo : Radio-Canada / Hugo Lavoie

Même son de cloche de la part de François Dufaux, professeur agrégé et directeur de la maîtrise professionnelle en sciences de l’architecture à l’Université Laval.

Au micro de l'émission Bonjour la Côte, il rappelle que l’architecture est plus qu’un objet urbain, mais le témoin de l’état d’esprit d’une époque donnée, dans ce cas-ci, celui des années soixante.

L'hôtel de ville de Sept-Îles, ce que ça racontait, c’est une période de grand optimisme du début des années soixante. Un optimiste d’utopie moderne. [...] Effectivement si on le démolit, on va perdre cette expérience-là. On va perdre ce souvenir, qui nous rappelle que quand Sept-Îles a commencé à croître beaucoup, il y avait cet enthousiasme et cette foi dans l’avenir. C’est ça en fait qui est dommage d’être perdu .

Avec les informations de Marie Kirouac-Poirier

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