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Les écrivains et écrivaines réclament un statut comparable à celui des autres artistes

David Goudreault regarde devant lui pour la photo.

L'écrivain et slameur David Goudreault

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Fanny Bourel

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) a déposé mardi un mémoire afin de réviser la loi régissant le statut des écrivains et écrivaines, qu’elle juge injuste et inéquitable. 

On est considérés comme une sous-classe selon la loi, affirme l’écrivain David Goudreault, qui est solidaire de cette initiative lancée dans le contexte de la consultation sur la révision des deux lois sur le statut de l’artiste que mène le ministère de la Culture et des Communications. 

Pour le moment, les écrivains et écrivaines ne disposent pas du même statut légal que les artistes des domaines du cinéma, de la musique ou encore de la télévision. 

Contrairement à leurs collègues, ceux et celles qui écrivent ne voient pas leurs contrats être encadrés par une entente collective, car la loi n’oblige pas la négociation d’ententes collectives dans le milieu littéraire. 

Quand je reçois une plainte d’un écrivain, je n’ai pas le pouvoir que mon confrère de l’Union des artistes a pour aller voir un producteur et lui dire "Il faut qu’on s'assoie cinq minutes", expose Laurent Dubois, directeur général de l’UNEQ.

Depuis une trentaine d'années, l’UNEQ réclame donc l’obtention de ce droit à la négociation afin d’améliorer la situation des écrivains et écrivaines du Québec, dont le revenu médian annuel s’élevait à 3000 $ en 2017. Quant au revenu moyen, il dépassait à peine les 9000 $ par an. 

David contre Goliath 

Certaines plumes n’ont ainsi pas d’autre choix que d’accepter les clauses dictées par des maisons d’édition si elles veulent pouvoir être publiées. 

Quand un écrivain est tout seul à négocier son contrat face à une grande maison d’édition, il est bien faible et il se fait souvent dire : "C'est à prendre ou à laisser, des écrivains qui attendent d’être publiés, j’en ai plein."

Une citation de :Laurent Dubois, directeur général de l'UNEQ

Parmi les exemples d’abus observés par l’UNEQ se trouvent les clauses prévoyant la cession des droits pour le reste de la vie de l’auteur ou de l'autrice ainsi que pour les 50 ans suivant sa mort. On estime qu’un contrat devrait être renégocié au bout de cinq ou six ans, précise Laurent Dubois. 

Certaines maisons d’édition exigent aussi la signature de contrats stipulant la cession des droits pour l’œuvre en question ainsi que pour les livres suivants. L’auteur se retrouve ainsi pieds et poings liés une fois le contrat signé, ajoute-t-il. 

Pour les écrivains et écrivaines à forte notoriété, le rapport de force est souvent moins déséquilibré. J’ai la chance de vendre beaucoup de livres, et donc de pouvoir négocier des conditions de travail ainsi que des rémunérations, explique David Goudreault. 

Des abus de pouvoir

Autre conséquence du statut légal actuel : l’absence de recours en cas de harcèlement sexuel ou psychologique, par exemple. 

On a de plus en plus de gens qui nous parlent de climat de travail toxique et, dans ce cas, les écrivains n’ont pas de recours, car ces recours doivent être inscrits dans des ententes collectives.

Cet été, un groupe réunissant 300 femmes et personnes non binaires du milieu littéraire avait rédigé une lettre pour dénoncer les violences à caractère sexuel subies dans ce secteur. Cette lettre appelait notamment l’UNEQ à agir pour protéger les victimes agressées par un éditeur. 

En octobre, un sondage publié par l’UNEQ a mis en évidence qu’une écrivaine sur trois avait déjà été victime de harcèlement dans le milieu littéraire.

Une culture du travail gratuit

Le changement de la loi régissant présentement le statut des écrivains et écrivaines vise aussi un meilleur encadrement des contrats, mais aussi de la participation à des événements littéraires. 

Souvent, les contrats exigent que l’auteur ou l’autrice assure la promotion de son livre. Un écrivain qui donne une conférence d’une heure lors d’un salon du livre [sans être rémunéré], dans quelle mesure fait-il la promotion de son œuvre ou de la maison d’édition?, interroge Laurent Dubois. Ou est-ce une activité qui va permettre aux salons du livre de briller et d’attirer du monde?

Il s’est mis en place une culture dans laquelle l’écrivain est le dernier payé, alors que, lors d’un salon du livre, tous les autres sont payés : les techniciens qui s’occupent du son et de l’éclairage, le lieu qui accueille l’événement...

La pandémie de COVID-19 a aggravé cette propension à inviter les écrivains et écrivaines à travailler gratuitement. Par exemple, des personnes animant des événements littéraires virtuels leur ont demandé d’offrir bénévolement des conférences en ligne ou encore ont voulu utiliser des textes sans payer de droits d’auteur. 

David Goudreault aimerait aussi que la révision de la loi permette de défendre le statut de l’artiste jusque dans les institutions scolaires, collégiales et universitaires, car des textes y sont utilisés sans que les droits soient payés.

Il y a une grande hypocrisie, car toutes les universités ont un département de littérature, dit-il. 

Des négociations dès 2022?

Une fois la consultation du ministère de la Culture et des Communications terminée, l’UNEQ espère qu’une loi sera votée d’ici la fin de l’année et qu’elle pourra mener sa première négociation d’entente collective en 2022. 

Nous nous battrons pour que cette révision change les paradigmes prévalant dans le domaine littéraire, a souligné, par communiqué, Suzanne Aubry, la présidente de l’UNEQ. Il convient de rappeler que beaucoup d’argent public est injecté dans la chaîne du livre, et c’est une bonne chose. Mais pendant combien de temps encore cet argent servira-t-il à financer une chaîne qui appauvrit son premier maillon?  

Cette organisation, qui compte 1600 membres, se dit optimiste, car son mémoire contient notamment des lettres d’appui d’une bonne partie du milieu artistique, dont l’UDA. 

Et puis, les écrivains sont aimés des gens, ajoute Laurent Dubois. Preuve en est de cet amour, 13 000 personnes ont participé à la Nuit de la lecture, qui s’est tenue en ligne samedi, alors que l’UNEQ en attendait 800. 

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