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Joe Biden fait trembler les exportateurs canadiens

Le président Joe Biden derrière un lutrin

Le président Joe Biden souhaite relancer l'économie des États-Unis avec son nouveau décret visant à favoriser l'octroi de contrats publics fédéraux à des entreprises américaines.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Au sceau présidentiel américain, s’en est ajouté un second à l’occasion d’une conférence de presse de Joe Biden lundi. « Le futur sera fait aux États-Unis », pouvions-nous y lire. Une formule qui n’a rien de rassurant pour de nombreuses entreprises exportatrices du Canada.

Selon un décret du nouveau président, de nombreux statuts et réglementations, dont le Buy American Act et le Buy America Act, seront renforcés afin de favoriser les entreprises américaines dans l’octroi de contrats d’approvisionnement et de travaux publics financés par le gouvernement fédéral. La valeur de ces contrats se chiffre à 600 milliards de dollars annuellement.

Le président a expliqué, par exemple, que les manufacturiers automobiles doivent démontrer qu’ils ont fabriqué 50 % de leurs voitures en sol américain. Le problème, selon lui, c’est que les pièces ayant le plus de valeur sont construites à l’étranger. Il veut ainsi mettre fin à ce qu’il nomme des échappatoires.

Il s’agit d’une mesure critique pour mieux reconstruire notre économie.

Joe Biden, président des États-Unis

Les modalités devront être définies, mais déjà, elles préoccupent les fabricants d’autobus Prevost et Nova Bus du Groupe Volvo au Québec. Chaque changement au niveau du pourcentage ou de calcul, c’est très complexe, explique Emmanuelle Toussaint, vice-présidente aux affaires juridiques, réglementaires et publiques.

On a besoin de temps pour changer de fournisseur ou voir comment s’approvisionner différemment, ajoute-t-elle. C’est un impact important s’il y a un changement à venir. Mme Toussaint espère qu’un dialogue entre les deux pays permettra d’en arriver à l’idée d’un Buy North American.

L’usine du groupe à Plattsburgh produit 600 autobus par année pour le marché américain. Les véhicules doivent contenir au moins 70 % de matériaux américains et l’assemblage doit être réalisé aux États-Unis.

Donald Trump moins protectionniste?

Les secteurs d’activités touchés sont nombreux. Donald Trump mettait beaucoup l’emphase sur l’imposition de tarifs douaniers, rappelle le premier vice-président aux politiques publiques du Conseil canadien des affaires, Robert Asselin. Joe Biden est plus axé sur une politique industrielle.

Le message protectionniste du discours de Joe Biden ennuie le manufacturier de tours d’éoliennes Marmen. Son vice-président à l’exploitation, Vincent Trudel, estime que le nouveau dirigeant envoie un mauvais message. Ça ouvre la porte à ce que des concurrents américains portent plainte contre nous, précise-t-il. L’entreprise conteste présentement l’imposition de droits de 6 % sur ses mâts d’éoliennes pour dumping et subventions.

M. Trudel craint que ce protectionnisme détruise la dynamique de croissance qui s’est créée de part et d’autre de la frontière dans le secteur manufacturier. Le Canada est le second partenaire commercial des États-Unis après la Chine.

Les entreprises manufacturières, c’est hautement spécialisé. Pour être efficace, ça vous prend un gros marché. Les entreprises n’ont pas le choix d’avoir des exportations. C’est aussi vrai pour les compagnies canadiennes qu’américaines. Les chaînes d'approvisionnement sont intégrées.

Vincent Trudel, vice-président à l’exploitation, Marmen

Pour remporter un appel d’offres dans l’État de New York en janvier, Marmen s’est engagée à y construire une nouvelle usine de fabrication de tours d’éoliennes sur mer. L’État favorisait le contenu local sans que ce soit une obligation, dit-il.

Une réponse d’Ottawa attendue

Il faut s’assurer de préserver la compétitivité du marché nord-américain, ajoute la présidente de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Véronique Proulx. Fondamentalement inquiet, le lobby espère une forme d’entente pour maintenir l’accès au marché américain, d’autant plus avec les occasions qui pourraient découler du plan en infrastructures de 2000 milliards de dollars.

Comme réponse au décret, Mme Proulx appelle notamment le gouvernement canadien à revoir ses politiques d’approvisionnement public afin d’exiger qu’une entreprise américaine ait un pied à terre ici pour remplir les conditions d’appels d’offres.

En 2019, un rapport du gouvernement américain (Nouvelle fenêtre) indiquait que 291 milliards de dollars ont été octroyés en contrats publics fédéraux en 2015. De cette somme, 16,5 milliards représentaient des contrats pour des produits ou services étrangers, dont 674 millions du Canada ou 0,2 % du total.

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