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« Héros du CISSSO » : des autocollants qui dérangent parmi les travailleurs de la santé

Un anesthésiste surveille l'état de santé d'un patient sur un écran en salle d'opération à l'hôpital.

Le CISSS de l’Outaouais souhaite offrir à ses employés des autocollants pour les remercier de leur travail pendant la pandémie.

Photo : Getty Images / HRAUN

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais compte offrir des autocollants à ses employés en guise de reconnaissance pour leur participation à la lutte contre la COVID-19. L’initiative est loin de faire l’unanimité. Certains travailleurs se disent vexés et insultés par la démarche, d’autres la trouvent malhabile.

Dans une note interne datée du 13 janvier 2021 dont Radio-Canada a obtenu copie, le chef du service Présence et santé au travail du CISSS de l’Outaouais, Thibaut Coulangeon, explique que des autocollants avec l’inscription Héros du CISSSO à bord! seront distribués aux différentes équipes.

Avec la crise sanitaire qui se prolonge, chacun mérite une bonne tape dans le dos.

Extrait de la note interne du CISSS de l’Outaouais

Ces autocollants pourront être apposés sur les fenêtres des véhicules des employés. L’expéditeur de la note interne invite les gestionnaires à faire de même pour créer un engouement et l’envie de les imiter.

Un autocollant sur lequel on peut lire : « Héros du CISSSO à bord! »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'autocollant que le CISSS de l'Outaouais souhaite offrir à ses employés.

Photo : Courtoisie

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, d’autres outils de communication mettant en vedette les héros du CISSS de l’Outaouais ont été utilisés. C’est le cas de bannières que l'on a pu apercevoir à l’entrée des hôpitaux et sur la page Facebook du CISSS de l’Outaouais.

Une banderole devant un établissement de santé sur laquelle on peut lire : À nos héros du CISSSO.

Une banderole pour remercier les employés du CISSS de l'Outaouais, affichée sur un établissement de santé.

Photo : Facebook du CISSS de l'Outaouais

Les trois principaux syndicats dérangés par la démarche

La présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la santé et des services sociaux de l’Outaouais (STTSSSO-CSN) ne mâche pas ses mots pour décrire l’initiative. Les travailleurs redoublent d’efforts pour donner des services de qualité à la population; en retour, on leur offre un petit autocollant à mettre sur leur véhicule. Je pense que c’est une insulte et qu’on aurait pu imaginer autre chose, explique Josée McMillan.

Josée McMillan en entrevue avec Radio-Canada sur le terrain du CLSC de Gatineau.

Josée McMillan, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la santé et des services sociaux de l’Outaouais (archives)

Photo : Radio-Canada

Dans une lettre adressée à la présidente-directrice générale du CISSS de l'Outaouais, Josée Filion, le syndicat se dit excessivement déçu et vexé.

Sachez que cette action est, pour nous [...] un affront, voire une insulte.

Extrait de la lettre du STTSSSO-CSN

Le syndicat est conscient que cette campagne des autocollants s’inscrit dans une série d’actions de communication, mais il a du mal à comprendre comment le CISSS de l’Outaouais a pu penser en faire un bon coup pour améliorer la présence et la qualité de vie au travail.

Le syndicat qui représente notamment les préposés aux bénéficiaires indique avoir réclamé à plusieurs reprises une meilleure protection du personnel contre la COVID-19, notamment en demandant des masques N95 pour ses membres. Il estime qu’il s’agirait d’une meilleure marque de reconnaissance que des autocollants.

Vous faites la sourde oreille, depuis le début de la pandémie, à nos cris du cœur concernant la protection de nos héros, s’indigne le comité exécutif du STTSSSO.

Depuis l’envoi de sa lettre, le STTSSSO affirme n’avoir reçu aucune réponse de la part de l’employeur.

Une femme accorde une entrevue par visioconférence.

Guylaine Laroche est présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) de l’Outaouais (archives).

Photo : Radio-Canada

Pour sa part, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) de l’Outaouais qualifie l’initiative des autocollants de réductrice.

La présidente Guylaine Laroche estime que ses membres sont débordés, épuisés, et qu’il serait préférable que les gestionnaires prennent soin de leurs équipes sur le terrain, plutôt que de leur remettre un autocollant à apposer sur leur voiture.

La reconnaissance, c’est que le gestionnaire prenne contact avec ses salariés et puisse demander comment ça va après neuf mois de pandémie. Moi, je pense que c’est malhabile et c’est mal reconnaître le travail de l’APTS au sein du CISSSO, ajoute Guylaine Laroche.

Patrick Guay pose pour la caméra dans le stationnement d'un hôpital.

Patrick Guay est président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (archives).

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais, Patrick Guay, abonde dans le même sens. Nos professionnelles méritent plus qu’un autocollant pour la reconnaissance de leur dévouement et de leur travail dans ces circonstances difficiles, soutient-il.

Par courriel, une agente d’information du CISSS de l’Outaouais précise que la distribution d’autocollants s’inscrit dans une campagne de reconnaissance plus large ayant pour but de faire valoir le travail essentiel qu'ils effectuent depuis le début de la crise.

La pandémie leur demande quotidiennement d'être résilients et de faire preuve d'adaptation, ce qu'ils font de façon remarquable, ajoute-t-elle. Le CISSS de l’Outaouais a refusé de commenter le mécontentement des travailleurs de la santé et a décliné notre demande d’entrevue.

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