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L’opposition enjoint au gouvernement Legault d'exempter les itinérants du couvre-feu

Un mendiant assis sur un trottoir.

L'itinérance a doublé à Montréal depuis le début de la pandémie, passant de 3000 à 6000 itinérants.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Maud Cucchi

Une partie des personnes en situation d’itinérance n’est pas mise à l’abri par la création des places dans les refuges. Pis : le couvre-feu constitue une menace directe à leur santé et à leur sécurité, condamne le Réseau solidarité itinérance Québec (RSIQ), qui a rallié trois partis d'opposition afin de réclamer l’exemption urgente du couvre-feu pour les itinérants.

Le premier ministre François Legault avait justifié son refus en évoquant la possibilité que n’importe qui pourrait dire qu’il est itinérant. En outre, cette exemption amènerait une complexité quant à l’application de la mesure sanitaire, avait expliqué le gouvernement.

Dans le cadre d'une initiative conjointe, quatre réseaux et regroupements québécois rejoints par les porte-parole de l’opposition en matière de pauvreté, d’itinérance et de services sociaux appellent François Legault à entendre raison.

Le premier ministre s’est trompé, il s’enfonce avec des explications farfelues [...]. II n’est jamais trop tard pour bien faire, a commenté Alexandre Leduc, député d'Hochelaga-Maisonneuve et porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière d'itinérance.

Citant le décès tragique d'un sans-abri caché dans une toilette chimique, la députée de Bourassa-Sauvé, Paule Robitaille, a appelé le premier ministre à reconnaître humblement son erreur.

C’est fondamental, il y a eu mort d’homme, est-ce qu’il faut attendre une autre tragédie? J'espère que non.

Une citation de :Paule Robitaille, députée de Bourassa-Sauvé

Il existe une exception pour les propriétaires de chiens, mais pas pour les personnes en situation d’itinérance, ça me dépasse un peu, a réagi pour sa part Joël Arseneau, député des Îles-de-la-Madeleine et porte-parole du troisième groupe d'opposition en matière de services sociaux.

Selon lui, le refus du gouvernement démontre une méconnaissance inquiétante de la réalité de ces personnes.

Refuges inadaptés

Selon le témoignage des collectifs et réseaux d’aides œuvrant sur le terrain auprès des personnes en situation d'itinérance, l’inflexibilité du gouvernement constituerait même une menace directe à la santé et à la sécurité de cette population. La solidarité dont l’État doit faire preuve dans la lutte contre la pauvreté fait défaut, dénoncent-ils d'une même voix.

Les gros refuges sont hostiles, inadaptés pour plusieurs, et notamment les femmes, qui sont exposées à la violence, a mentionné Annie Savage, directrice du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

Mélissa Roy, du Collectif régional de lutte à l'itinérance en Outaouais (CRIO), a dénoncé le manque criant de places dans sa région. La promiscuité qui en résulte, en temps de pandémie, menace la santé et la sécurité publique, a-t-elle souligné.

Les places demeurant limitées, les personnes sont à cran, elles ont peur, a témoigné Jimena Michea. La coordonnatrice du RAIIQ remarque que les personnes préfèrent éviter les ressources d’aide afin de ne pas être interceptées par la police.

Les personnes qui ne vont pas en refuge, ce n'est pas toujours un choix, a prévenu Annie Savage. Parfois, les refuges ne les acceptent pas pour diverses raisons, et il y manque du personnel qualifié, selon son analyse. Pour certains, la rue demeure l’endroit le plus sécuritaire.

Risque accru de surdoses

Autre risque lié à l’absence d’exemption : N'ayant plus accès aux sites d'injection supervisée après 20 h, certaines personnes seraient plus enclines à consommer des drogues seules. Or, les risques de surdose augmentent quand elles consomment seules, a indiqué Mélissa Roy.

Plusieurs études démontrent d'ailleurs que les surdoses sont en hausse dans plusieurs provinces depuis le début de la pandémie.

Un groupe de défense des droits des itinérants a déposé une requête vendredi pour forcer Québec à exclure les sans-abri du couvre-feu de toute urgence.

Une pétition a également été lancée par le Parti québécois (PQ), qui a récolté plus de 20 000 signatures.

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