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La majorité des interprètes du Parlement blessés depuis le début de la pandémie

Le Parlement canadien serait devenu un lieu de travail risqué pour les interprètes depuis que les séances de la Chambre des communes et des comités parlementaires se tiennent sur Zoom.

Choc auditif provenant d'un casque d'écoute.

Sept interprètes sur dix du Bureau de la traduction du Canada ont subi une blessure auditive depuis le passage au mode virtuel en raison de la pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Yosri Mimouna

Alors que le Parlement fédéral reprend ses travaux virtuels lundi, les interprètes qui y sont affectés reprennent le travail qui pourrait leur infliger une blessure auditive.

Acouphène, choc auditif, perte d’audition… Sept interprètes sur dix du Bureau de la traduction du Canada ont subi une blessure auditive depuis le passage au mode virtuel en raison de la pandémie de COVID-19.

C’est ce que révèlent les résultats d’un sondage de l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) du Canada publié la semaine dernière, qui décrit le Parlement comme un environnement de travail risqué utilisant quotidiennement un outil toxique, soit la plateforme Zoom.

On souffre davantage d’acouphène, on a une fatigue excessive, on a une sensibilité de l’oreille interne très marquée, on a une perte de l’ouïe pour l’instant temporaire, décrit Nicole Gagnon, interprète indépendante et membre de l’AIIC.

Le nombre de blessures auditives serait plus élevé que ce que montre le sondage, puisque seuls les employés du Bureau de la traduction ont été sondés. En raison de la demande croissante d’interprètes et de l’accumulation des blessures, le Bureau fait de plus en plus appel à des interprètes indépendants pour mener ses travaux.

Qualité des services compromise

L’AIIC soulève une panoplie d’autres problèmes liés au mode virtuel, qui mine la qualité du travail des interprètes.

On travaille avec des outils qui ne sont pas nos outils habituels, on voit moins bien, on entend moins bien et on souffre d’une fatigue excessive à cause de la plateforme. La qualité de notre travail en souffre, explique Nicole Gagnon.

Nicole Gagnon en entrevue par visioconférence.

Nicole Gagnon, interprète indépendante et membre de l’Association internationale des interprètes de conférence

Photo : Radio-Canada

Selon le sondage, 97 % des interprètes estiment ne pas pouvoir offrir un service de qualité égale à celui fourni au cours des conférences en personne.

Le Bureau de la traduction a adopté certaines mesures pour atténuer le risque de blessures auditives de ses employés. Il a notamment réduit la durée de travail des interprètes affectés aux séances virtuelles, ce qui force des interprètes anglophones à travailler en français, selon Mme Gagnon.

Ce n’est pas que le travail n’est pas bon [...] Jusqu’à la COVID, on travaillait uniquement dans sa langue maternelle. Il en va de la qualité de la prestation , souligne l’interprète.

« Il en va de la nature bilingue de notre pays, de la dualité linguistique. Nos concitoyens ont le droit constitutionnel de s’exprimer et de pouvoir écouter dans leur langue maternelle. »

— Une citation de  Nicole Gagnon, interprète indépendante et membre de l’AIIC

Dans un second rapport publié lundi, l’AIIC souligne que le passage au mode virtuel a aussi miné la qualité du français au cours des travaux parlementaires et ministériels.

Il apparaît clairement que l’usage du français au Parlement a été restreint indûment à cause des problèmes d’interprétation liés à la plateforme retenue par la Chambre des communes pour les séances virtuelles du Parlement, peut-on lire dans le rapport.

À qui de faire respecter les exigences?

Le Bureau de la traduction a établi des recommandations afin d’atténuer les risques au cours de séances virtuelles, comme le port d’un casque d’écoute avec microphone intégré.

L’Association canadienne des employés professionnels (ACEP) souligne que ces recommandations ne sont pas toujours respectées, surtout de la part d’invités aux séances.

Selon le président de l’Association, Greg Phillips, il revient maintenant aux organisateurs des séances virtuelles d’assurer le respect des exigences.

« Si un témoin n’utilise pas un appareil qui respecte les conseils du Bureau de la traduction, il ne devrait pas participer à la réunion. La santé et le bien-être des membres sont importants pour continuer de travailler et d’assurer un service professionnel pour tous les Canadiens. »

— Une citation de  Greg Phillips, président de l'ACEP

Le Bureau de la traduction partage son avis. Les aspects techniques liés à l’interprétation des diverses séances relèvent de leurs organisateurs et non du Bureau de la traduction, dont la responsabilité se limite aux services linguistiques, explique la responsable des relations médias de Services publics et Approvisionnement Canada, Stéfanie Hamel, par courriel.

Or, le travail d’interprétation requiert des conditions techniques très précises pour être exécuté en toute sécurité, particulièrement en ce qui concerne la qualité du son. Ces conditions font parfois défaut lorsque la participation se fait à distance, ce qui a mené à une augmentation initiale des déclarations d’incidents de santé et sécurité liés à la qualité du son au début de la pandémie, ajoute la porte-parole.

Nicole Gagnon demande toutefois au Bureau de la traduction de faire preuve de prudence. Les pistes de solutions, à court terme, sont de ne pas prolonger nos heures de travail, de ne pas prolonger notre exposition à ce son nuisible, le temps qu’on poursuive les études et qu’on ait une preuve empirique que les plateformes sont dangereuses pour l’ouïe, dit-elle.

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