•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Joe Biden renforce le protectionnisme américain avec la Buy American Act

« Dans ces mesures, le diable est souvent dans les détails », a commenté la ministre des Finances Chrystia Freeland au sujet de la Buy American Act.

Joe Biden signant le décret.

Le nouveau président des États-Unis a signé un décret pour donner la priorité aux entreprises et aux produits américains dans les marchés passés avec le gouvernement fédéral.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Radio-Canada

Joe Biden a signé un décret pour amener le gouvernement des États-Unis à acheter davantage de biens et de services auprès d'entreprises américaines, ce qui soulève certaines inquiétudes chez ses partenaires commerciaux, notamment le principal, le Canada.

Ce nouveau décret, ratifié moins d'une semaine après celui invalidant le permis de construction de l'oléoduc Keystone XL, renforce le protectionnisme américain et remet en question les échanges commerciaux avec le Canada.

La ministre des Finances Chrystia Freeland, rompue aux laborieuses négociations avec Washington, dont celles de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), a insisté sur l'aspect mutuel – et non unidirectionnel – de tout échange, particulièrement en cette période de pandémie.

Quand on parle [de la] Buy American Act, il faut comprendre que la relation d'échange commercial entre le Canada et les États-Unis est particulière, spéciale, a fait valoir la ministre. Les États-Unis vendent plus avec le Canada qu'auprès du Japon, de la Chine et du Royaume-Uni combinés.

Si la ministre prône un partenariat gagnant-gagnant, elle n'a toutefois pas caché son inquiétude vis-à-vis de cette loi existante de 1933 qui oblige déjà le gouvernement à passer des contrats avec des entreprises américaines lorsque cela est possible.

Ce sera un enjeu placé très haut de notre calendrier politique avec l'administration Biden, a assuré Mme Freeland en conférence de presse, lundi.

Le nouveau décret vise à relancer la production nationale et à préserver les emplois industriels en augmentant les investissements dans les industries manufacturières et dans les travailleurs afin de reconstruire mieux, ont expliqué de hauts responsables de la Maison-Blanche.

Durcissement des clauses

En défendant le protectionnisme américain, le nouvel hôte de la Maison-Blanche reprend ainsi une thématique chère à Donald Trump.

Les Américains ne peuvent pas rester sur la ligne de touche pour l’avenir, a annoncé solennellement Joe Biden en signant le décret, lundi après-midi. Il a mentionné un resserrement des clauses pour aller plus loin, ainsi que la nomination d'un directeur de la fabrication américaine à la Maison-Blanche.

Les nouvelles dispositions pourraient irriter des alliés et partenaires stratégiques des États-Unis, tels que le Canada, mais aussi les pays européens qui estimaient déjà que les dispositions autour de la pratique d'« acheter américain » empêchaient leurs entreprises d'avoir accès à certains appels d'offres du gouvernement américain.

Joe Biden signale en outre qu'après quatre années d'une politique commerciale protectionniste de Donald Trump, l'heure n'est pas à la libéralisation tous azimuts.

Chrystia Freeland sur un écran.

La ministre des Finances Chrystia Freeland, en conférence de presse virtuelle, le 25 janvier

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Ottawa renforce sa position

Le ministre des Affaires étrangères canadien avait déjà mis en garde Washington contre la pratique d'acheter américain.

Il est évident que si nous constatons que la politique Buy American porte préjudice à notre commerce, nous le ferons savoir, a ainsi déclaré Marc Garneau à CBC, tout en soulignant que le président Biden a indiqué qu'il était disposé à nous entendre chaque fois que nous aurions des inquiétudes.

Que Joe Biden veuille soutenir l'industrie américaine n'est pas une surprise. C'était même une promesse électorale. Il cherche à séduire l'électorat de son prédécesseur.

Moins d'une semaine après son investiture, Joe Biden continue ainsi à faire connaître ses priorités avant même que son équipe gouvernementale ne soit en place.

Si Lloyd Austin, le secrétaire à la Défense, a été confirmé vendredi par le Sénat, les départements clés, comme celui des Affaires étrangères, attendent toujours leurs responsables.

Le vote sur la confirmation de Janet Yellen, la future secrétaire au Trésor qui doit piloter les projets économiques, dont le plan de sauvetage de 1900 milliards de dollars pour sortir le pays de la crise, est néanmoins prévu ce lundi.

La pratique d'« acheter américain » au lieu d'une guerre commerciale

Le décret fait écho à des mesures que Donald Trump avait lui-même prises pour pousser l'État fédéral à acheter davantage de produits américains. Il avait alors fait des droits de douane une arme contre les importations, avec des résultats inégaux.

Au lieu d'une guerre commerciale, Joe Biden privilégie lui un durcissement des règles d'acheter américain et veut utiliser la force de frappe d'achat du gouvernement fédéral.

Les dollars que le gouvernement fédéral dépense [...] sont un outil puissant pour soutenir les travailleurs et les fabricants américains. Les marchés publics à eux seuls représentent près de 600 milliards de dollars de dépenses fédérales, a détaillé un responsable de l'administration.

Joe Biden prononce un discours devant un lutrin sur lequel on peut lire « Buy American ». Derrière lui, un drapeau américain.

Joe Biden, lors d'un discours électoral portant sur son approche d'acheter américain, à Warren au Michigan, le 9 septembre.

Photo : La Presse canadienne / AP/Patrick Semansky

Pendant la campagne électorale, Joe Biden avait promis de durcir la politique d'acheter américain par un plan de 400 milliards de dollars en faveur de projets utilisant des produits fabriqués aux États-Unis, notamment de l'acier ou des équipements de protection pour les professionnels de la santé luttant contre la pandémie de COVID-19.

Des entreprises ont toutefois déjà déclaré que des règles trop contraignantes risquaient de provoquer une envolée des coûts, ce qui compliquerait l'achat de pièces fabriquées hors des États-Unis.

Le décret doit également être vu comme une partie seulement d'un engagement global de cette administration [...] à solidifier les chaînes d'approvisionnement, a précisé un des lieutenants de M. Biden.

Washington met en avant les pénuries provoquées par la COVID-19, qui ont montré les faiblesses du système, et explique vouloir éviter d'être mis dans une position où nous dépendons de pays qui ne partagent pas nos intérêts pour livrer des matériaux essentiels.

Le nouveau président américain reste déterminé à travailler avec les partenaires et alliés pour moderniser les règles du commerce international [...] afin que tous les pays puissent utiliser l'argent versé par les contribuables pour encourager les investissements dans leur propre pays.

Une manière voilée de s'attaquer à la Chine, dont les produits inondent le monde.

Avec les informations de Agence France-Presse

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !