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Un juge appelle à agir contre la violence sexuelle envers les femmes autochtones

Une femme, la tête dans les mains.

Le juge a invité des représentants des communautés de la victime et de l'accusé à se présenter au tribunal pour son jugement dans un geste invitant à entreprendre un processus de guérison.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Dans un acquittement prononcé le mois dernier, le juge Alexander Wolf, de la Cour provinciale de la Colombie-Britannique, écrit que la société a manqué à son devoir de protéger les femmes et les filles autochtones, notamment la victime d’une agression sexuelle datant du 2 février 2018.

Les femmes autochtones ont plus de risques d'être victimes de violence conjugale. Elles ont plus de risques d'être victimes de violence sexuelle pendant leur placement et d'être agressées sexuellement lorsqu'elles ne sont pas prises en charge, écrit le juge Wolf, membre de la Première Nation Kwikwasut'inuxw Haxwa'mis.

Si vous êtes une adolescente en prison, il y a de fortes chances que vous soyez une fille autochtone.

Nous devons faire quelque chose, nous devons agir. Si nous n'agissons pas maintenant, quand ces horribles crimes contre nos jeunes filles et femmes prendront-ils fin?

Son jugement, rendu le 22 décembre dernier, définit soigneusement les termes juridiques et explique les procédures judiciaires dans un langage simple et clair rarement vu dans ce type de document. Il élucide également les mythes courants sur les agressions sexuelles et met en garde qu'il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon d'agir lorsque vous êtes une victime.

Plus important encore, le juge Wolf explique ce que cela signifie lorsqu'il dit qu'il ne peut pas condamner l'homme accusé d'avoir violé cette adolescente malgré les preuves d'actes répréhensibles.

S'il vous plaît, ne confondez pas le concept d'acquittement avec le concept d'innocence. L'accusé et ces autres hommes sont coupables de ne pas avoir pris soin de ces jeunes filles, écrit-il.

L’identité de l'assaillant en question

Bon nombre de détails de l'attaque sont expurgés du jugement afin de protéger l'identité de la victime, y compris son nom et celui de l'accusé, les deux Premières Nations auxquelles ils appartiennent et la communauté où l'agression a eu lieu.

Il ne fait aucun doute que la jeune fille, qui était âgée de 14 ans au moment des faits, a été violée, selon le juge. La question centrale était l'identité de la personne responsable de l'agression.

La victime a déclaré au tribunal qu'elle avait perdu conscience sur un lit de motel après qu'elle et deux amies eurent bu avec plusieurs hommes inconnus, peut-être cinq d'entre eux, âgés d'une vingtaine et d'une trentaine d'années. Elle a témoigné que lorsqu'elle s'est réveillée, un homme la violait.

Lorsqu'elle est rentrée chez elle, elle a raconté à sa mère ce qui s'était passé et sa mère lui a immédiatement dit de se déshabiller pour conserver les preuves et l'a conduite à l'hôpital pour faire un examen, selon le jugement.

J'ai été un peu surpris que quelqu’un ait la capacité d'agir de manière aussi rationnelle et avec une telle immédiateté, écrit le juge Wolf à propos de la mère.

J'ai eu une meilleure compréhension de la façon dont elle pouvait réagir de manière si appropriée lorsqu'elle a dit au tribunal qu'elle avait également été violée […] à l'âge de 16 ans.

Les preuves ADN prises lors de l'examen n'ont pas été concluantes. La victime a déclaré au tribunal qu'elle n'avait vu le visage de son agresseur que pendant une ou deux secondes et a d'abord dit à la police qu'un homme différent l'avait violée.

Il semble également que, d'une manière ou d'une autre, aucun des hommes qui se trouvaient dans la chambre du motel cette nuit-là n'ait été interrogé par la police, selon le juge Wolf.

Est-ce que je pense qu'il est possible qu'il ait blessé [la jeune femme]? Oui, je pense que nous savons tous que c'est une possibilité très réelle, écrit-il, mais la norme de preuve en droit pénal n'est pas ce qui est possible ou même probable, rappelle le juge. Il s'agit plutôt de ce qui peut être prouvé hors de tout doute raisonnable.

Dans ce cas, ce fardeau n’a pas été rempli.

Néanmoins, le juge Wolf écrit que chacun des hommes présents dans la chambre du motel cette nuit-là a failli à sa responsabilité envers ces filles et que le résultat est une autre jeune marquée émotionnellement, psychologiquement et spirituellement.

L'accusé et la victime appartiennent à deux Premières Nations différentes et le juge a invité des représentants des deux communautés à se présenter au tribunal lorsque le jugement a été rendu dans un geste d'invitation à un processus de guérison.

Je n'ai pas assez de connaissances culturelles pour faire des suggestions sur ce qui peut être fait. Je ne pense pas non plus que ce soit à moi de diriger les communautés pour qu'elles fassent certaines choses et je ne le ferai pas. Mais je serais heureux de pouvoir faire partie d'un acte de justice réparateur qui pourrait être entrepris par les communautés, écrit le juge Wolf, notant au passage qu’un tel processus peut être transformateur.

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