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Le crabe des neiges voué à se faire plus rare dans le golfe

Débarquement de crabe des neiges au quai de Rimouski

L'abondance du crabe des neiges ne devrait pas durer éternellement (archives).

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Félix Lebel

La quantité de crabes des neiges devrait considérablement diminuer dans le golfe du Saint-Laurent d’ici 2050. Une conséquence directe des changements climatiques et du réchauffement des eaux, selon le professeur en océanographie à l’Institut des sciences de la mer de l’Université du Québec à Rimouski (ISMER), Dominique Robert.

M. Robert explique cet état de choses par le fait que le crabe des neiges doit être maintenu dans des eaux très froides pour se développer, qui oscillent entre 0 et 2 °C.

Si le crabe des neiges peut actuellement bénéficier de cet habitat froid dans le golfe du Saint-Laurent et qu’il y prolifère, c’est notamment grâce à une couche intermédiaire d’eau froide, favorisée par les glaces du fleuve en hiver.

Cette couche intermédiaire risque toutefois de réduire avec le temps, à cause de l’augmentation des températures terrestres et marines liées aux changements climatiques.

La couche d’eau froide favorable au crabe pourrait donc se retrouver de plus en plus profonde au fil des années, ce qui risque de limiter son habitat aux parties plus creuses du Saint-Laurent.

L’est des Îles-de-la-Madeleine jusqu’à l’entrée de la Baie-des-Chaleurs, qui correspond aux zones de pêche 12 et 19, serait l'un des premiers territoires marins à ne plus pouvoir accueillir de crabes, selon M. Robert.

Carte qui délimite des zones de pêches au crabe des neiges.

Carte des zones de pêche au crabe des neiges de Pêches et Océans Canada (archives)

Photo : Radio-Canada / Site web de Pêches et Océans Canada

On devrait voir les effets plutôt dans le sud du golfe, parce qu'il n'y a pas d'habitat très profond, il n'y a pas de refuge. Alors que dans le nord du golfe, le long de la Côte-Nord, à ce moment-là, on a vraiment tout le gradient de profondeur disponible.

Dominique Robert, professeur en océanographie à l'ISMER

Le crabe ne devrait pas disparaître complètement des eaux du fleuve, tempère M. Robert, mais sa quantité pourrait diminuer assez pour affecter la rentabilité de la pêche commerciale de l’espèce.

Les quotas de pêche étant déterminés selon la quantité de ressources disponibles, il serait probable que le gouvernement limite éventuellement l’accès au crabe à certaines zones, selon lui.

Le homard plus dominant

Moins dépendant que le crabe d’une eau très froide, le homard devrait continuer sa progression fulgurante dans les eaux du golfe dans les prochaines années.

Les espèces qui sont associées aux eaux plus chaudes vont en bénéficier, comme le homard, qui augmente de façon spectaculaire, notamment sur la Côte-Nord. On parle d’une augmentation d’environ 800 % en 5 ans, c’est énorme.

En plus des eaux qui se réchauffent, M. Robert croit que la diminution importante des prédateurs naturels des homards depuis les 30 dernières années, comme la morue, contribue à favoriser la présence du crustacé dans le golfe.

Quelques morues nageant

Les poissons de fond, comme la morue et le sébaste, sont des prédateurs naturels des crustacés juvéniles (archives).

Photo : Radio-Canada

Ce changement dans l’équilibre marin et la migration vers le nord des espèces est une conséquence directe et sans équivoque des activités humaines, d’après M. Robert.

Il faudrait, selon lui, qu’une réduction importante des activités industrielles humaines soit entamée pour éviter de perdre l’abondance des espèces marines dans le golfe du Saint-Laurent, visiblement fragile.

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