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The Epoch Times : une « propagande anticommuniste et pro-Trump » dans la boîte aux lettres

La page couverture de janvier 2021 du journal The Epoch Times.

De nombreux résidents de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches ont reçu une copie du journal au cours de la semaine dernière.

Photo : Radio-Canada / Alex Perreault

Longtemps resté un journal modeste distribué essentiellement parmi la diaspora chinoise, The Epoch Times atterrit désormais dans les boîtes aux lettres d’un bout à l’autre du pays et compte plus d’abonnés, sur Facebook, que Radio-Canada. Pour plusieurs, toutefois, il s’agit davantage d’un organe de propagande qu’un média d’information.

De nombreux résidents de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches ont reçu une copie du journal au cours des derniers jours.

Aucun n’avait sollicité la publication. En fait, cette dernière s’invite, depuis l’apparition de la pandémie au Canada, dans les maisons d’un océan à l’autre.

The Epoch Times a publié un exemplaire de 28 pages qu’il a fait distribuer par Postes Canada dans des endroits choisis, écrit Cindy Giu, éditrice de la version canadienne du journal, le 22 janvier (Nouvelle fenêtre), en réplique à un reportage de CBC qu'elle juge biaisée.

L’objectif, explique-t-elle, est de faire croître le lectorat et d’élargir son bassin d’abonnés, une pratique courante et établie dans l’industrie médiatique, insiste-t-elle. 

Déjà, la distribution du journal a fait sourciller en Estrie et en Abititi-Témiscamingue.

Il faut pourtant se méfier, selon plusieurs observateurs.

Ce n’est pas du journalisme, tranche Michaël Nguyen, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Par deux fois, The Epoch Times a tenté de s’accréditer comme média reconnu. Par deux fois, nous avons refusé de leur accorder ce titre.

La publication se présente comme farouchement indépendante des grands intérêts financiers et politiques. Epoch Times a pour objectif de vous informer de manière objective et non biaisée sur l’actualité, clame le journal sur son site web.

C’est pourtant un organe de propagande, insiste M. Nguyen. Sa raison d’être est de faire tomber le Parti communiste chinois (PCC), pas d’informer les gens. Sa cause, en soi, peut être valable : ce sont les moyens utilisés pour promouvoir ses idées qui sont extrêmement problématiques.

Le démon

Un chef d'orchestre habillé en habit militaire marque le rythme à ses musiciens dans une immense salle dont le fond est drapé de gigantesques rideaux rouges.

Une musique militaire retentit avant l'inauguration du Congrès national du peuple 2019, qui rassemble tous les délégués du Parti communiste chinois, à Pékin.

Photo : Getty Images / Kevin Frayer

Viscéralement opposée au gouvernement de Pékin, la publication saupoudre fréquemment son contenu informatif d’exagérations et d’affirmations sans fondement. Dans ses pages, la COVID-19 devient le virus du PCC, variation sur le thème du virus chinois popularisé par l’ancien président américain Donald Trump.

C’est là qu’il n’aide pas sa cause, indique quant à lui Jean-Hugues Roy, professeur à l'École des médias de l’UQÀM. Tout n’est pas faux dans ce que le journal publie, par exemple plusieurs articles proviennent de La Presse canadienne, une agence de presse reconnue dans le pays.

Mais le journal laisse aussi une large place à l’exagération, affirme M. Roy, et c’est là qu’il perd toute sa crédibilité.

Par exemple, une série spéciale sur comment le spectre du communisme dirige le monde se décline sur le site internet d'Epoch Times en 18 chapitres.

Le premier ne laisse aucune place à la nuance et s'intitule : Les stratégies du démon pour détruire l’humanité.

D'anti-communiste à pro-Trump

La chevelure blonde caractéristique de l'ancien président Donald Trump

Donald Trump a tenu une ligne économique dure envers la Chine, érigeant des barrières tarifaires à de nombreuses reprises devant les exportations chinoises à destination des États-Unis.

Photo : AFP via GETTY / BRENDAN SMIALOWSKI

Fondé par des Sino-Américains au tournant des années 2000, The Epoch Times a connu des débuts modestes. Son lectorat s’est longtemps limité aux différentes diasporas chinoises et jusqu’à récemment, son influence débordait difficilement, au Québec, des limites du quartier chinois de Montréal.

Aujourd’hui, pourtant, la page Facebook de l’édition canadienne compte 1,4 million d’abonnés, soit plus que les pages du Globe and Mail, du Toronto Star et de The Gazette mises ensemble.

D’abord fondé pour défendre les intérêts d’un mouvement spirituel appelé Falun Gong, qui dit promouvoir la compassion, la vérité et la tolérance, The Epoch Times a résolument endossé le conservatisme populisme façon Donald Trump.

Une enquête menée par NBC (Nouvelle fenêtre) révélait même, en août dernier, que le journal était devenu le plus important porte-voix de l’administration Trump sur Facebook, relayant ses théories infondées sur l’état profond et le complot idéologique prétendument fomenté par les faux médias.

Dans une autre enquête menée en octobre, le New York Times interrogeait l’opacité du Epoch Media Group (Nouvelle fenêtre), dont le financement et les méthodes demeurent obscurs.

Il propage des théories du complot, les idées de QAnon, il est pro-Trump, énumère Michaël Nguyen, de la FPJQ. Il se présente aussi comme un média qui ose dire la vérité que tous les autres taisent : c’est le langage typique des complotistes, dénonce-t-il.

Juste ça, c’est une raison suffisante de se méfier, croit Jean-Hugues Roy, de l’École des médias de l’UQÀM. Tous les médias qui se présentent comme les seuls porteurs de la vérité soulèvent un doute. Il s’agit souvent de ceux qui tombent le plus souvent dans la désinformation.

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