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Procès de Michel Venne : « J'étais figée et dégoûtée », dit la plaignante

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Michel Venne au premier jour de son procès au palais de justice de Québec.

Michel Venne au premier jour de son procès au palais de justice de Québec.

Photo : Radio-Canada

La plaignante avait 17 ans lorsqu'elle a commencé à travailler pour l'organisme fondé par Michel Venne, un ex-journaliste qu'elle admirait et respectait jusqu'au moment où il l'aurait agressée.

La présumée victime, dont l'identité est protégée par une ordonnance de non-publication, a commencé à témoigner au procès de l'homme de 60 ans, accusé d'agression sexuelle et d'exploitation sexuelle d'une personne mineure. Les gestes reprochés, des attouchements, seraient survenus il y a une douzaine d'années.

La plaignante a travaillé pour l'Institut du Nouveau Monde (INM) à la fin de sa 5e année de secondaire. Elle connaissait de réputation l'accusé qu'elle décrit comme un intellectuel. L'INM qu'il a cofondé fait la promotion de l'implication citoyenne dans la vie sociale et démocratique.

L'organisme tient, pendant l'été, une activité à Québec, au cours de laquelle la plaignante est à l'époque désignée pour remplir le rôle d'assistante de Michel Venne.

Je voyais ça comme un honneur, dit la jeune femme, qui admirait beaucoup le grand patron qui a été auparavant journaliste au Devoir.

Ce dernier aurait eu un premier comportement inconvenant lors d'un déplacement en taxi.

Michel Venne est alors assis au milieu de la banquette arrière, sa conjointe à sa gauche et la plaignante à sa droite.

Il a mis la main sur ma cuisse, près de mon vagin de manière fortuite et un peu bizarre, a juré la présumée victime.

Un geste qui aurait duré quelques secondes, sans qu'un mot soit prononcé.

Je trouve ça inconfortable et malaisant, dira la témoin.

Palais de justice de Québec.

Palais de justice de Québec

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Suivi à l'hôtel

Plus tard, au terme d'une rencontre de travail en soirée, la plaignante rentre à son hôtel à pied. Michel Venne aurait alors suivi l'adolescente de 17 ans.

Je sens qu’il y a quelque chose de bizarre qui se passe, dira la témoin qui estime la durée de la marche à 5 à 10 minutes.

Devant l'hôtel, Venne se serait rapproché en disant : Ça va rester entre nous.

Il a mis sa main sur ma hanche et l’a approchée de mes parties intimes, assure la plaignante.

Essuyant quelques larmes, à la barre des témoins, elle dit avoir figé.

Il a comme essayé de mettre sa main dans mon pantalon. Ça m’a écoeurée, ajoute-t-elle.

Elle affirme s'être alors dégagée pour mettre fin à l'incident.

Elle a qualifié l'événement de dégoûtant, disant que Venne sentait un peu l'alcool et qu'il avait l'âge de son père.

Jusqu'à ce moment, il avait toujours été poli et respectueux envers elle.

Ce n’était pas la même personne [...] je ne le reconnaissais pas, a témoigné la jeune femme.

Collègue de travail

Le lendemain, elle se confie à un collègue de travail qui doit venir témoigner au cours du procès.

Quelques semaines plus tard, la présumée victime dit avoir reçu un courriel de l'accusé l'invitant à discuter.

Elle croit qu'il veut s’excuser, mais il lui aurait plutôt dit : C’est un événement malheureux, mais on oublie ça, on passe à autre chose.

Se disant honteuse, l'adolescente acquiesce, puisqu'elle ne voulait pas en faire un cas.

Elle va cependant reprendre contact avec lui quelques années plus tard, par courriel.

Elle vient alors de voir Michel Venne participer à une conférence de presse d'un groupe dénonçant les agressions sexuelles.

Dans son courriel, elle le qualifie d'hypocrite. Il lui répond qu'il ne comprend pas de quoi elle parle.

Découragée de porter plainte

La plaignante dit ne pas avoir porté plainte, puisqu'à l'époque elle considérait l'événement comme du harcèlement. Elle croyait qu'une agression sexuelle était un viol.

Lorsque quelques années plus tard elle décide de dénoncer son ancien patron, elle sera découragée de le faire par une personnalité publique.

Lise Payette

En 2015, elle reçoit une invitation de Lise Payette.

La présumée victime est impressionnée, puisque c'est une femme extrêmement importante pour le Québec et qu'elle l'admire.

Les feux femmes vont discuter de condition féminine, un échange passionnant, je me pinçais, raconte la jeune femme.

Lise Payette à la cérémonie de remise des Prix du Québec.

Lise Payette à la cérémonie de remise des Prix du Québec

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Après une heure ou deux heures de discussion, le ton aurait changé.

Lise Payette lui aurait alors dit qu'elle faisait du tort à un ami.

Elle lui aurait déconseillé de porter plainte.

Intimidée, elle accepte de signer une lettre à l'intention de Michel Venne et de sa famille, dans laquelle elle s'excuse.

Un geste qu'elle ne referait pas aujourd'hui.

Appel téléphonique

Un an après cette rencontre, alors qu'un mouvement de dénonciation des agressions sexuelles prend de l'ampleur, la plaignante communique avec Lise Payette.

L'enregistrement de cet appel, qui dure plus de 20 minutes, a été entendu dans la salle d'audience.

Les avocats de Michel Venne contestent son admissibilité en preuve.

On peut y entendre la plaignante dire qu'elle n'est plus à l'aise avec la lettre signée l'année précédente.

Lise Payette lui dit qu'elle ne l'a plus et qu'elle n'a pas de contact avec Michel Venne.

Elle affirme avoir tout simplement voulu éviter qu'une famille n'éclate.

Lors de l'entretien, elle décourage la présumée victime de porter plainte.

La seule chose que j’ai envie de te dire, ça va être laid, indique Mme Payette, avant d'ajouter au lieu de t’aider, ça va te nuire.

Contre-interrogatoire

Lors du contre-interrogatoire, la défense s'est attaquée à la crédibilité de la plaignante.

Lors de son témoignage, la jeune femme avait dit connaître l'accusé de réputation, seulement, avant d'être engagée en 2008.

L'avocate de Michel Venne lui a présenté des documents prouvant qu'elle avait pris contact avec lui, deux ans plus tôt, pour lui présenter un projet.

Visiblement, je me suis trompée, a convenu la présumée victime.

Elle s'est aussi ravisée sur l'événement dans le taxi. Après avoir dit à un enquêteur qu'elle était assise à sa gauche, elle a témoigné qu'elle se trouvait plutôt à sa droite.

Lors de sa rencontre avec le policier, elle n'avait pas écarté qu'il puisse s'agir d'un geste involontaire de son patron, avant d'affirmer le contraire devant la cour.

Le procès, dont la durée prévue est de deux semaines, se déroule devant un juge seul, soit Stéphane Poulin de la Cour du Québec.

Michel Venne, qui réfute les allégations, doit présenter sa défense lundi prochain.

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