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Est-il encore possible d’acheter une maison à prix abordable en Abitibi-Témiscamingue?

Carton « vendu » installé sur une affiche de courtier immobilier

Le prix des maisons a augmenté de façon significative en 2020. (archives)

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Malgré une année 2020 marquée par la pandémie et une pause forcée des activités au printemps, le marché de l'immobilier en Abitibi-Témiscamingue a tout de même su se tirer d’affaire, concluant l’année avec une hausse des ventes résidentielles par rapport à 2019 et affichant une hausse du prix médian des maisons unifamiliales de 10 %.

Pour Robert B. Brière, directeur de la Chambre immobilière de l’Abitibi-Témiscamingue, cette situation a de quoi surprendre, considérant les défis auxquels a dû faire face l’industrie cette année.

Ce qui ressort vraiment du lot cette année, ce sont les ventes de maisons en Abitibi-Témiscamingue, mais aussi partout au Québec. C’est généralisé, et c’est quand même surprenant avec le printemps qu’on a connu et la situation qu’on vit encore aujourd’hui, affirme-t-il.

Alors que le nombre de ventes de maisons unifamiliales n’a grimpé que de 3 %, le prix médian des maisons vendues a pour sa part effectué un bond impressionnant, passant de 200 000 $ en 2019 à 220 000$ en 2020 (+10 %). Sans surprise, les MRC de la région où les prix médians sont les plus élevés sont la Vallée-de-l'Or (252  500 $) et Rouyn-Noranda (250 000 $).

Tableau comparatif du prix médian des ventes de maisons unifamiliales en Abitibi-Témiscamingue

Données de Centris sur le prix médian des ventes de maisons unifamiliales

Photo : Radio-Canada

Robert B. Brière attribue ce fait à ce qu'il appelle le phénomène des grands centres. Ce qu’on vit, c’est la même chose dans toutes les villes, les prix vont être plus élevés au centre qu’en périphérie. En région, c’est la même chose, Rouyn-Noranda et Val-d’Or sont les deux villes plus centrales, plus populeuses, alors c’est certain que ces deux villes-là vont avoir des prix de vente un peu plus élevés qu’ailleurs en région, analyse-t-il.

Cependant, les plus fortes augmentations de prix durant la dernière année ont été observées au Témiscamingue et dans la MRC Abitibi, avec des hausses du prix médian de 17 % et 12 % respectivement. Selon M. Brière, aucun événement majeur n’est pourtant survenu en 2020 pour expliquer l’excellente tenue de ces deux marchés.

Il n’y a pas eu par exemple de création d’emplois tout d’un coup dans un secteur ou un domaine. Il n’y a pas eu de projet domiciliaire mis en place où ça s’est vendu plus vite, c’est l’économie dans son ensemble qui était bonne. Pour le Témiscamingue, ça faisait quand même plusieurs années que les ventes de maisons stagnaient, si on veut, et en 2020, il y a eu vraiment un sursaut au niveau économique et au niveau du marché immobilier. Peut-être simplement qu’ils étaient dus pour connaître une bonne année, estime-t-il.

Plus cher en Abitibi qu’ailleurs au Québec?

Dans un article publié par Radio-Canada en 2017, il était possible d’apprendre que Rouyn-Noranda et Val-d’Or étaient les deux villes où le prix des maisons avait le plus augmenté en 10 ans. Afin de voir où en est la situation quatre ans plus tard, nous avons demandé à Joanie Fontaine, économiste principale pour JLR Solutions foncières, de nous fournir quelques statistiques de marchés comparables à ceux de Rouyn-Noranda et Val-d’Or, en termes de population.

Afin d’éviter que les résultats soient teintés par la proximité avec la ville de Montréal, nous avons volontairement exclu des municipalités comme Mirabel, Saint-Eustache et Mascouche, et avons plutôt retenu les MRC d’Arthabaska (Victoriaville), Rimouski-Neigette et Shawinigan. Les résultats sont sans équivoque, alors qu’aucun de ces trois marchés ne s’approche à 50 000 $ du prix médian des maisons vendues à Rouyn-Noranda ou dans la MRC de la Vallée-de-l’Or.

Tableau du prix médian 2020 des maisons vendues à Rouyn-Noranda et Val-d'Or avec des marchés comparables au Québec

Données sur le prix médian 2020 des maisons vendues à Rouyn-Noranda et Val-d'Or avec des marchés comparables au Québec

Photo : Radio-Canada

Selon Joanie Fontaine, la présence de l’industrie minière joue un rôle prépondérant dans ces divergences de prix dans des marchés pourtant comparables en termes de population. Ça joue beaucoup sur les revenus des gens, étant donné que ce sont quand même de bons salaires qui sont offerts dans l’industrie minière. Donc ça permet de meilleures capacités financières pour acquérir des propriétés, ce qui vient augmenter les prix rapidement , résume-t-elle.

Pourquoi une hausse si importante en 2020?

Si le prix des maisons vendues a bondi de façon si importante lors de la dernière année, tant en Abitibi-Témiscamingue que dans le reste de la province, c’est en grande partie en raison du peu de maisons mises en vente sur le marché. Alors que 1809 maisons se sont rendues disponibles dans la région en 2019, seules 1404 ont été inscrites en 2020, une chute de 22 %.

Selon Robert B. Brière, les vendeurs ont hésité toute l’année à mettre leur projet de vente à exécution. Ils [les vendeurs] étaient un peu en retrait pour plusieurs raisons. Le télétravail en fait partie, l’incertitude économique aussi. Les vendeurs ont préféré patienter avant de faire un move, explique-t-il.

Pour Joanie Fontaine, un autre facteur expliquant la faible offre sur le marché en 2020 est la réticence de certains retraités à quitter leur maison afin de s’établir dans des résidences pour personnes âgées. Avec la COVID, avec la pandémie, on a senti une réticence. Les gens préfèrent rester dans leur maison, donc on a moins de maisons qui sont mises sur le marché. Ça aussi, ça vient jouer sur l’augmentation des prix, soutient Mme Fontaine.

Alors que les vendeurs se sont montrés moins nombreux sur le marché, la demande a toutefois été très élevée du côté des acheteurs, notamment en raison du contexte pandémique, comme l’explique Joanie Fontaine.

Il y a vraiment un effet de pandémie où les gens veulent retourner plus en région, et où les gens veulent être propriétaires, acheter une propriété, habiter dans quelque chose d’un peu plus grand. On évite un peu le logement, on veut plus avoir un terrain par exemple, on veut plus d’espace, donc ce sont toutes des choses qui viennent jouer, indique-t-elle.

Un homme avec une chemise à carreau assis à son bureau en souriant.

Le directeur général de la Chambre immobilière de l'Abitibi-Témiscamingue, Robert B. Brière (archives)

Photo : Radio-Canada / Emily Blais

Pour Robert B. Brière, le fait que le cœur de l’économie régionale n’ait pas été touché par la pandémie a aussi fait en sorte de faire grimper la demande. Étant donné que le gros de notre économie repose beaucoup sur les mines et tout ce qui gravite autour, ça, ça n’a pas beaucoup été affecté l’année passée, donc les acheteurs étaient là. L’incertitude au niveau de l’emploi concernant les acheteurs, il n’y en avait pas vraiment, observe-t-il.

Selon Joanie Fontaine, les faibles taux hypothécaires sont également un facteur expliquant les hausses observées dans le marché immobilier ces dernières années. Souvent, les gens n’achètent pas un prix, mais achètent un paiement hypothécaire. Donc qu’est-ce que je peux me permettre chaque mois? Alors là, avec le même paiement hypothécaire, on peut se permettre une maison qui est plus chère que par le passé, spécifie-t-elle.

Une tendance appelée à se poursuivre?

Questionnée à savoir s’il était probable que la tendance à la hausse se poursuive pour la prochaine année, l’économiste Joanie Fontaine a avancé que cela devrait continuer, mais de façon plus modérée. Elle croit également que l’offre pourrait augmenter, mais se montre toutefois prudente.

On peut penser que les gens qui n’ont pas nécessairement quitté pour des résidences pour personnes âgées [en 2020], vont peut-être tranquillement reconsidérer cette option-là, mais pour certains, je pense que ça va rester une crainte et peut-être qu’on va annuler ce projet-là ou encore qu’on va le reporter pour encore plus tard, envisage-t-elle.

Selon Mme Fontaine, la fin de certaines mesures d’aide en place pour aider les citoyens pourrait également contribuer à augmenter l’offre de maisons sur le marché et à rééquilibrer quelque peu les prix.

On sait qu’il y avait des reports hypothécaires qui étaient possibles, mais ces mesures-là vont tranquillement s’atténuer, certaines sont terminées. Donc on pourrait revoir une certaine augmentation de gens qui n’arrivent plus à payer leur propriété et qui pourraient tranquillement remettre en vente. On ne s’attend pas à un flot gigantesque en 2021, mais ça pourrait amener un petit peu un équilibre, un peu d’offre sur le marché et donc limiter un peu la croissance des prix, qui ne serait peut-être pas aussi forte que cette année, conclut Mme Fontaine.

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