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Après Keystone XL, les pipelines d’Enbridge sont-ils sur la sellette?

Les canalisations 3 et 5 d’Enbridge pourraient être les prochaines victimes de la nouvelle administration Biden, selon le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney.

Des tuyaux de pipeline posés dans un champ.

Enbridge fait face à des oppositions environnementales et judiciaires pour ses canalisations 3 et 5.

Photo : Associated Press / Jim Mone

« Un dangereux précédent » : le premier ministre de l’Alberta répète ces mots à loisir pour décrire la menace qui pèse sur les autres pipelines canadiens depuis les déboires du projet de Keystone XL.

Il n’est d’ailleurs pas le seul à craindre pour l’avenir des canalisations 3 et 5 d’Enbridge, deux oléoducs qui traversent la frontière canado-américaine.

La députée conservatrice de Sarnia-Lambton, Marilyn Gladu, a appelé plusieurs fois le premier ministre Justin Trudeau à obtenir l’appui du nouveau président américain, Joe Biden, pour la ligne 5 d’Enbridge.

L’Association canadienne des entreprises de forage pétrolier s’inquiète aussi pour l'avenir de cette canalisation.

Des projets tout aussi contestés

Leurs craintes ne sont pas injustifiées. Dans la foulée de la révocation du permis présidentiel du projet de l'entreprise TC Énergie, la directrice générale de l’organisme Rainforest Action Network, Ginger Cassady, a appelé le président américain à annuler la ligne 3 d’Enbridge, un pipeline de sables bitumineux tout aussi destructeur [que Keystone XL].

Le directeur de l’organisme environnemental National Resource Defence Council, Anthony Swift, a tenu les mêmes propos.

Les pipelines font aussi l'objet de contestation devant les tribunaux.

Carte montrant le tracé du pipeline traversant la frontière canado-américaine.

Le tracé de la canalisation 3 de l'entreprise Enbridge

Photo : Radio-Canada

La ligne 3 est un oléoduc qui date des années 1960 et qui part de l’Alberta jusqu’au terminal d’Enbridge au Wisconsin. L'entreprise souhaite remplacer le pipeline vieillissant, ce qui lui permettrait d'accroître également sa capacité d’approvisionnement.

Après un an de délai, l’entreprise a obtenu le feu vert pour terminer les travaux aux États-Unis. Deux groupes environnementaux et deux Nations Ojibwe du Minnesota ont cependant lancé une nouvelle poursuite contre le corps de génie de l’Armée américaine qui a donné le permis sur la qualité de l’eau.

Carte du tracé avec les sites de travaux à Sarnia et Mackinac

Tracé de l'oléoduc de la ligne 5

Photo : Enbridge

La ligne 5 existe depuis 1953. La double canalisation passe sous le détroit de Mackinac, mais la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, reproche à l'entreprise d’avoir violé plusieurs fois les critères du droit de passage et a ordonné sa fermeture d’ici la mi-mai.

Enbridge a contre-attaqué avec sa propre poursuite, estimant que la décision de la gouverneure est illégale et injustifiée.

Deux différentes bêtes

De l’avis de plusieurs experts, tous ces pipelines ne peuvent toutefois pas être mis dans le même panier.

Légalement, selon la professeure en droit énergétique Kristen van de Biezenbos, de l’Université de Calgary, les canalisations 3 et 5 sont des bêtes différentes de Keystone XL.

Les pipelines d’Enbridge ont été autorisés par le truchement des règlements du département d’État américain, et non par un permis présidentiel, comme Keystone XL.

Essayer d’infirmer une décision prise après un processus réglementaire est très difficile. […] Je ne pense que [l’entreprise] devrait s’inquiéter, explique Mme van de Biezenbos.

Portrait de Donald Trump qui s'apprête à monter à bord d'Air Force One.

L'ex-président américain Donald Trump avait dû signer un ordre présidentiel pour approuver Keystone XL.

Photo : afp via getty images / Mandel Ngan

Économiquement, leur importance est également distincte. Plusieurs rapports, notamment de la Régie de l’Énergie du Canada, ont remis en cause la nécessité du pipeline Keystone XL pour exporter le pétrole albertain.

La ligne 3 est extrêmement importante pour l’Alberta, explique Stephanie Kainz, analyste principale à la firme Enverus. Cela ajoute la capacité nécessaire pour exporter notre pétrole lourd et garantir des prix assez élevés par rapport au prix du baril américain.

Nous avons besoin de la ligne 3 pour exporter le pétrole lourd.

Stephanie Kainz, analyste à Enverus

La canalisation 5 est tout aussi importante, mais pour des raisons différentes, souligne-t-elle. Elle approvisionne le Michigan en propane et les raffineries de l’Ontario comme du Québec en pétrole léger, en synthétique et en gaz naturel liquéfié.

Dans ce cas-là, c’est moins un intérêt national qu’une question d’emplois et de consommateurs, explique-t-elle. Si vous enlevez ce pipeline, il va falloir vous assurer que les habitants du Michigan ont une source de chauffage et qu’elle ne leur coûte pas plus cher.

Selon Enbridge, la fermeture de la canalisation 5 priverait le Michigan de plus de la moitié de ses besoins en propane.

En raison de ces enjeux économiques importants, Mme Kainz a du mal à voir comment les deux canalisations n’iraient pas de l’avant.

Ne pas se laisser amalgamer dans le dossier Keystone XL

L'entreprise Enbridge est d’ailleurs la première à vouloir se dissocier du bourbier Keystone XL (KXL). Dans un courriel, l’entreprise souligne que, contrairement à KXL, les lignes 3 et 5 sont des pipelines actuellement en service.

Elle ajoute qu'elle espère résoudre les questions liées à la ligne 5 grâce à un dialogue constructif avec les États-Unis.

Le ministre des Ressources naturelles Seamus O’Regan s’est empressé de faire la même distinction.

La gouverneure démocrate du Michigan Gretchen Whitmer.

L'opposition de la gouverneure démocrate du Michigan, Gretchen Whitmer, au pipeline d'Enbridge n'est pas à sous-estimer, selon une professeure de droit de l'Université de Calgary.

Photo : Associated Press

Les différences entre les projets d’Enbridge et celui de TC Énergie ne signifient cependant pas que les lignes 3 et 5 ne feront pas face à une opposition accrue, souligne la professeure van de Biezenbos.

Elles ne sont pas en danger à cause du pipeline Keystone XL, mais les contestations au niveau des États suggèrent un changement politique aux États-Unis contre les pipelines transfrontaliers. Ça, c’est inquiétant, dit-elle.

Ottawa croit cependant que ses points communs avec la nouvelle administration Biden prévaudront sur ses différences.

Avec des informations de Tony Seskus

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