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Votre enfant n'a plus le rhume : des mesures efficaces, mais des effets pervers

Illustration d'une mère avec un bébé et un enfant dans le cadre d'une maison. En dehors de celle-ci, des virus de toutes sortes entourent la maison.

Les mesures sanitaires en place ont réduit considérablement la propagation de virus auprès des enfants cet hiver.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Les mesures sanitaires actuelles sont à ce point efficaces que les gastroentérites, les grippes et même les plus infimes rhumes sont pratiquement neutralisés chez les tout-petits, à la grande joie des parents débarrassés de ces satanés virus.

Qui de mieux indiqué que l'enfant en bas âge pour mesurer l'efficacité des mesures sanitaires d'une société? C'est que pandémie ou pas, fiston ne se soucie guère de mettre tout objet non identifié dans sa bouche ou celle de son prochain.

Malgré cette insouciance, rhumes et gastroentérites ne font pourtant presque plus partie du quotidien des parents au tournant de 2021. Un simple appel à tous sur le sujet a d'ailleurs généré des dizaines de commentaires positifs en quelques minutes à peine sur les réseaux sociaux.

Les mains savonneuses d'un enfant sous l'eau d'un évier.

Les enfants se lavent très souvent les mains depuis le retour à l'école pour combattre le coronavirus.

Photo : iStock

Prodigieux, du jamais-vu, mon stock de mouchoirs ne diminue pas, famille abonnée des nez morveux de septembre à mai, mais rien cette année : la plupart des parents se réjouissent de cette douce revanche sur le rhume. Comme Stéphanie Pagé, mère de deux enfants, dont un poupon.

Ma fille ramenait toujours des affaires à la maison qui, pour elle, n'était pas si graves, mais moi, je les pogne en trois fois pires. J'ai un bébé de bientôt 3 mois, alors ça fait bien mon affaire que rien ne rentre dans la maison, raconte la résidente de Limoilou, à Québec.

Une experte confirme...

Le constat est le même chez une experte, la Dre Valérie Lamarre, pédiatre infectiologue au CHU Sainte-Justine, à Montréal.

On n'a pas d'enfants qui sont hospitalisés avec des grippes, avec des syndromes d'allure virale, on ne voit plus d'otites compliquées, énumère-t-elle. La salle d'urgence est peu occupée, parce que ces virus-là, qui circulent habituellement, ne circulent pas.

Un enfant malade se fait prendre la température à l'aide d'un thermomètre buccal.

Les mesures sanitaires actuelles sont à ce point efficaces que les gastroentérites, les grippes et même les plus infimes rhumes sont pratiquement neutralisés chez les tout-petits.

Photo : iStock

Si on regarde les sites qui surveillent l'influenza, que ce soit au Québec, en France ou aux États-Unis, l'activité est nulle. Le virus du RSV (l'inflammation des petites bronches) qui affecte plus les enfants n'est pas non plus en circulation. Il n'y a actuellement aucune hospitalisation.

Une citation de :Dre Valérie Lamarre, pédiatre infectiologue au CHU Sainte-Justine

À court terme, il s'agit d'une excellente nouvelle pour les scientifiques, puisque l'absence de ces virus dans la communauté permet de mettre tous les efforts sur le véritable ennemi à combattre en ce moment : la COVID-19.

Ça montre que les gens font bien ça. Ça montre que nos concitoyens se lavent les mains, portent leur masque, ils suivent les mesures, souligne la Dre Lamarre.

... les garderies aussi

Les propriétaires des garderies, qui sont demeurées ouvertes contrairement aux écoles durant le temps des Fêtes, font également les mêmes observations. Les mesures sanitaires strictes combinées à l'excellente collaboration des parents font en sorte que germes et microbes passent outre, particulièrement depuis Noël.

De jeunes enfants dehors et habillés chaudement marchent avec leurs surveillantes.

Les propriétaires de garderies, qui sont restées ouvertes contrairement aux écoles durant le temps des Fêtes, ont également remarqué la diminution des microbes auprès des enfants qu'elles accueillent.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Si un seul parent ne fait pas attention, on voit les conséquences, témoigne Widad Berkchi, propriétaire de la garderie Le Soleil, à Beauport. Les parents dans notre garderie ne prennent pas de chances, ils sont vraiment assidus. On leur fait aussi remplir des questionnaires, et s'il y a un moindre symptôme, l'enfant ne doit pas se présenter. Déjà, en partant, ça diminue beaucoup les chances.


Vivre dans un monde aseptisé?

Si ces mesures devaient perdurer, qu'adviendrait-il du système immunitaire de nos enfants, à long terme, dans un monde aseptisé? Des parents s'inquiètent d'une telle possibilité, comme Véronique Bélanger, résidente de Limoilou et mère de deux enfants asthmatiques en bas âge.

Je crains pour leur santé dans le futur à pouvoir combattre d'autres virus, car la surdésinfection pourrait rendre leur système immunitaire plus paresseux. Et ce, pas juste pour des asthmatiques, mais pour n'importe qui, croit la mère d'une fille de 6 ans et d'un garçon de 2 ans.

Le système immunitaire a besoin d'être stimulé pour mieux combattre, de ce que je comprends, mais je ne m'y connais pas tant que cela. Cela pourrait-il amener à moins bien combattre, même d'autres maladies et même certains cancers?

Une citation de :Véronique Bélanger, mère de deux enfants asthmatiques
Une jeune fille souffle dans le mouchoir que tient son père.

Les mesures sanitaires pourraient entraîner le développement de nouvelles allergies.

Photo : iStock

Un juste équilibre

Questionnée sur le sujet, la Dre Lamarre souhaite un juste équilibre, une fois la pandémie derrière nous.

Il va certainement y avoir des réflexions à ce niveau-là. Il va falloir se poser des questions sur les mesures qu'on veut conserver pour désengorger le système, répond-elle.

Je suspecte qu'on va garder certaines mesures, mais pas toutes, car ce n'est pas non plus particulièrement agréable ni pour les enfants ni pour les éducatrices, mentionne la scientifique.

Dre Valérie Lamarre.

La Dre Valérie Lamarre, pédiatre infectiologue au CHU Sainte-Justine

Photo : Radio-Canada

La théorie de l'hygiène

La Dre Lamarre appuie ses propos sur des études du passé qui ont démontré la théorie de l'hygiène, c'est-à-dire que dans les sociétés où il y a moins d'infections virales chez les enfants, il y a peut-être un peu plus de problèmes d'allergies, un peu plus de maladies de l'auto-immunité.

On suspecte que, quand le système immunitaire n'a pas grand-chose à faire, il se trouve d'autres activités à faire, comme développer des allergies. Il y a donc un certain bénéfice à attraper certaines infections et à s'en défendre.

Une citation de :Dre Valérie Lamarre, pédiatre infectiologue au CHU Sainte-Justine

Quoi qu'il en soit, il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives, affirme la Dre Lamarre. Elle préfère néanmoins que les rhumes refassent surface quand la pandémie ne sera plus qu'un mauvais souvenir.

C'est important que les enfants aient le rhume et aient des infections virales. Pour le moment, on ne peut pas se le permettre. Il ne faut pas qu'ils l'aient, car s'ils sont en train de se passer le rhume, c'est qu'ils sont en train de se passer la COVID aussi. Mais éventuellement, il va falloir les laisser attraper le rhume, ça, c'est certain, conclut-elle.

Avec la collaboration de Sandra Lalancette

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