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Le processus des nominations de haut rang sera revu, assure Trudeau

Julie Payette.

L'ex-gouverneure générale du Canada, Julie Payette, était officiellement entrée en fonction le 2 octobre 2017.

Photo : Reuters / PATRICK DOYLE

Au lendemain de la démission de la gouverneure générale Julie Payette pour avoir fait régner un climat de travail toxique à Rideau Hall, le premier ministre Justin Trudeau admet que le processus de sélection devra être amélioré et qu'il sera révisé.

Abondamment questionné en point de presse sur ce qu'il savait du passé de Julie Payette lorsqu'il avait décidé de recommander son nom pour le poste de gouverneure générale du pays en octobre 2017, Justin Trudeau a reconnu qu'il y avait place à amélioration dans le processus des nominations de haut rang.

L'analyse a été effectuée, a-t-il assuré, mais nous allons également voir comment renforcer et améliorer le processus de sélection.

« Il y a un processus de sélection rigoureux qui a été suivi, mais, manifestement, nous allons continuer de revoir ce processus pour voir si on peut l'améliorer. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

En ce qui a trait au fait qu'il n'a pas eu recours à un comité de sélection lors de la nomination de Julie Payette, Justin Trudeau a éludé la question en déclarant : Nous allons certainement nous retrousser les manches. C'est un rôle important pour les Canadiens et ils voudront améliorer le système de sélection.

Assurant que son gouvernement prend très au sérieux la sécurité des gens au travail, le premier ministre a réitéré que tous les Canadiens méritent un milieu de travail sécuritaire, incluant les gens qui travaillent dans l'entourage de la gouverneure générale.

À Londres, un porte-parole de la reine Élisabeth II a déclaré vendredi que la souveraine était tenue informée de la situation et qu'elle laissait la gestion de cette affaire entre les mains du gouvernement canadien.

Quelque chose a mal fonctionné, selon Dominic LeBlanc

Dominic LeBlanc assis devant des drapeaux du Canada.

Dominic LeBlanc laisse entendre que des antécédents professionnels de Julie Payette ont échappé au processus de vérification lors de sa nomination.

Photo : Radio-Canada

Plus tôt en matinée, le président du Conseil privé de la reine pour le Canada, Dominic LeBlanc, a lui aussi reconnu des manquements préoccupants dans le processus de vérification des antécédents de Julie Payette.

Selon lui, le passé houleux de la gouverneure générale lors de ses emplois antérieurs, notamment à l'Agence spatiale canadienne et au Centre des sciences de Montréal, n'a été révélé au grand jour qu'à l'été dernier par les journalistes de CBC et de Radio-Canada.

Il ne s'explique d'ailleurs pas cet état de fait alors que les journalistes ont pu, eux, remonter les antécédents au travail de la gouverneure générale.

Quand la nomination a été annoncée à l'été 2017 [...] ç'a été très bien accueilli au début, a rappelé M. LeBlanc sur les ondes de l'émission Tout un matin.

L'enthousiasme qu'avait suscité à l'époque la nomination de la populaire astronaute aurait-il fait oublier les vérifications d'usage? Il y a un processus assez robuste déjà pour toutes les nominations fédérales et surtout la nomination ou la recommandation à la reine de la gouverneure générale, explique Dominic LeBlanc.

« Dans ce cas-là, il y a eu des choses qui n'ont peut-être pas été faites d'une façon aussi profonde qu'elles auraient dû l'être. »

— Une citation de  Dominic LeBlanc, président du Conseil privé de la reine pour le Canada

Depuis l'an passé, quand les allégations sont sorties publiquement, on a demandé une révision des processus de vérification, a assuré le président du Conseil privé.

Dans les médias

Rappelons que, l'été dernier, CBC et Radio-Canada avaient recueilli les témoignages d'une vingtaine de personnes qui travaillaient ou qui avaient travaillé pour Mme Payette et qui ont dénoncé son comportement jugé inacceptable envers ses collègues et ses subordonnés.

Son assistante, Assunta Di Lorenzo, également visée par ces allégations, a aussi remis sa démission hier.

« C'est comme ça qu'on a appris qu'il y avait quelque chose à l'intérieur de l'institution qui ne fonctionnait pas. »

— Une citation de  Dominic LeBlanc, président du Conseil privé de la reine pour le Canada

Devant la gravité et la concordance des témoignages rapportés, le gouvernement Trudeau avait alors mandaté une firme indépendante d'experts-conseils pour enquêter sur le climat de travail qui prévalait à Rideau Hall.

À la suite du dépôt du rapport qualifié d'accablant par des sources qui en ont pris connaissance, la gouverneure générale et son assistante ont remis leur démission jeudi, après des conversations avec le premier ministre Justin Trudeau et le ministre LeBlanc.

Le contenu du rapport de la firme d'experts-conseils doit être rendu public au cours des prochains jours, assure Dominic LeBlanc.

Le document ne sera cependant pas complet, dans la mesure où l'identité et la vie privée des personnes qui ont accepté de parler aux enquêteurs doivent être protégées.

Il faut protéger quand même la vie privée des employés qui ont accepté de donner leur version sur une base confidentielle, affirme M. LeBlanc.

Outre les allégations de climat de travail toxique et de harcèlement en milieu de travail, Mme Payette s’est retrouvée dans la tourmente pour avoir effectué d’importantes dépenses pour réaménager sa résidence officielle.

Pension à vie

En ce qui a trait à la pension à vie de 150 000 $ par année que touchera désormais Julie Payette à la suite des trois années qu'elle a passées à Rideau Hall, Dominic LeBlanc souligne que le gouverneur général peut toucher sa pension même à la suite d'une démission, en vertu de la loi, qui ne précise pas les conditions du départ.

M. LeBlanc ajoute qu'il serait par ailleurs hasardeux de tenter de modifier cette loi pour lui donner un effet rétroactif qui empêcherait Mme Payette de toucher cette pension.

Une décision unilatérale, déplore l'opposition

Le premier ministre Justin Trudeau discute avec la gouverneure générale Julie Payette lors d'une cérémonie à Rideau Hall.

Le premier ministre Justin Trudeau discute avec la gouverneure générale Julie Payette lors d'une cérémonie à Rideau Hall, en novembre 2019.

Photo : The Canadian Press / Justin Tang

La démission de la gouverneure générale du Canada dans pareilles circonstances a bien entendu fait beaucoup de bruit sur les bancs de l'opposition.

Les conservateurs, notamment, ont reproché au premier ministre d'avoir ignoré le processus de nomination mis en place par le gouvernement de Stephen Harper en 2012 pour éviter ce type de situation.

Quand nous étions au gouvernement […] le premier ministre avait créé un comité consultatif pour la nomination vice-royale, a rappelé le député conservateur Gérard Deltell à l'antenne d'ICI RDI. C'est ce qui avait mené à la nomination du très honorable David Johnston, qui a effectué son travail de façon tout à fait correcte.

Malheureusement, M. Trudeau a mis ce processus aux poubelles et a décidé de choisir la personne qui faisait son affaire à lui.

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, se désole pour sa part du fait que les travailleurs de Rideau Hall n'ont pas eu de recours pour faire valoir leurs préoccupations ou présenter leurs plaintes quant au traitement qu'ils subissaient au travail.

Ces allégations d'intimidation et de harcèlement à Rideau Hall sont très troublantes, a-t-il reconnu.

M. Singh blâme par ailleurs Justin Trudeau, qui était plus intéressé, selon lui, par le côté prestigieux de cette nomination que par le travail de vérification d'usage des antécédents de Mme Payette qui aurait dû être fait.

« C'est une tendance qui revient avec son gouvernement de préférer faire les gros titres plutôt que de faire le travail qui doit être fait. »

— Une citation de  Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Outre le coût [45 M$ par an], la nuisance de la fonction et l'injure du symbole de conquête anglaise qui commandent de bannir la monarchie, ne doit-on pas se demander ce que ces nominations révèlent du jugement incertain et présomptueux de Justin Trudeau? s'est quant à lui exclamé le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, sur son compte Twitter.

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