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Cri du coeur de professeurs surchargés à l’Université de Sherbrooke

Le campus de l'Université de Sherbrooke en hiver.

De nombreux professeurs indiquent être surchargés de travail et avoir eu très peu de temps à consacrer à la recherche depuis un an

Photo : Radio-Canada / Guylaine Charette

Radio-Canada

Depuis le début de la pandémie, l’Université de Sherbrooke offre beaucoup plus de cours en présentiel que d’autres établissements québécois. Cet état des choses fait la fierté du rectorat, mais amène une pression supplémentaire sur de nombreux professeurs, qui indiquent avoir eu très peu de temps à consacrer à la recherche depuis un an.

On a été tellement surchargés par l’enseignement, parce que nous, on a fait beaucoup d'allers-retours entre l’enseignement en présentiel et l’enseignement en ligne. Donc, on a dû revoir de façon constante nos planifications et nos approches pédagogiques, explique la présidente du Syndicat des professeures et professeurs de l'Université de Sherbrooke Julie Myre-Bisaillon.

L’accompagnement des étudiants aussi a été très exigeant. Les professeurs se sont retrouvés submergés et se demandent maintenant comment rattraper ce trou-là dans leurs recherches.

Une citation de :Julie Myre-Bisaillon, présidente du Syndicat des professeures et professeurs de l'Université de Sherbrooke
Julie Myre-Bisaillon, présidente du Syndicat des professeures et professeurs de l'Université de Sherbrooke.

Julie Myre-Bisaillon, présidente du Syndicat des professeures et professeurs de l'Université de Sherbrooke

Photo : Radio-Canada

La situation est jugée préoccupante, car la recherche est essentielle non seulement pour la société, selon la professeure Isabelle Nizet, mais aussi pour les jeunes chercheurs, qui sont évalués sur leurs performances pour obtenir une stabilité d'emploi.

Chez plusieurs, ça crée une grande anxiété, c'est extrêmement difficile pour eux, souligne-t-elle.

Jean-Pierre Perreault, vice-recteur à la recherche et aux études supérieures, se dit sensible aux préoccupations des professeurs. Il note cependant que certaines facultés tirent davantage leur épingle du jeu que d'autres en cette période de pandémie.

Il souligne que l'Université a obtenu plus de financement pour des projets de recherche cette année qu'en 2019, un indicateur rassurant, selon lui.

La santé mentale, sujet tabou

La situation met aussi en lumière le fait que demander de l'aide n'est pas toujours facile dans les universités, qui misent beaucoup sur la productivité.

Ils [les professeurs] remarquent que c’est encore très tabou de demander de l’aide. L'université est basée sur la recherche et la performance. On ne prend pas assez la parole, et pas assez de personnes vont demander de l’aide, note Julie Myre-Bisaillon. 

Ça reste un sujet tabou, la santé mentale, dans tous les corps d’emploi. C’est sûr que chez les professeurs, on a l’habitude d’être performants, donc de s’avouer vaincus pour une certaine période, ça peut être difficile de le dire, ajoute-t-elle.

Sylvie Beaudoin, une professeure à l’Université, croit que tous ses collègues gagneraient à parler de santé mentale.

C’est sûr qu’on est privilégiés, on ne se le cachera pas, on a des emplois, on a des conditions qui sont intéressantes, mais il reste qu’on vit quand même de la détresse, et je pense que c’est important de valider cette détresse-là.

Une citation de :Sylvie Beaudoin, professeure à l’Université de Sherbrooke

Je prends la parole pour les collègues qui se sentent peut-être comme moi à certains moments de vouloir trop en faire, et de se sentir dépassés par les événements. C’est normal, et il faut le reconnaître. Il faut prendre soin de soi aussi en tant que professeur universitaire, et ne pas hésiter à aller chercher les ressources qui existent, conclut-elle.

Certains professeurs croient par ailleurs qu'il serait également important de s'attaquer au fonctionnement même des universités, où la compétition et l'ultra-performance sont normalisées.

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