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Analyse

Julie Payette démissionne ou « se fait démissionner »?

Les allégations de harcèlement, de dénigrement, d’insulte et d’injure ternissaient l'image de sa fonction.

Elle lit le discours du Trône.

La gouverneure générale du Canada Julie Payette

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Devant les nuages qui s'accumulaient à l’horizon, Justin Trudeau semble avoir décidé qu’il n’avait pas le choix d’exercer un peu de pression sur Son Excellence pour qu’elle quitte ses fonctions.

Rencontre avec le greffier et le président du Conseil privé chez la gouverneure générale mardi. Rencontre avec le premier ministre mercredi. Fuite dans les médias jeudi matin. Démission annoncée jeudi après-midi. On pourrait être porté à croire que ce n’est pas une coïncidence.

La série d’allégations de harcèlement, de dénigrement, d’insulte et d’injure ternissait l’image personnelle de Julie Payette, et celle de sa fonction, depuis plusieurs mois.

Les allégations visent aussi sa secrétaire personnelle, celle qui est responsable de gérer les ressources humaines à Rideau Hall.

Justin Trudeau a bien tenté de défendre la gouverneure générale en septembre. Toutefois, le dépôt d’un rapport qu’on dit accablant sur le bureau du premier ministre a fort probablement été le dernier clou dans le cercueil.

L’impact des élections?

Il faut dire que la situation avait le potentiel d’être délicate pour le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau.

La gouverneure générale joue un rôle central dans la dissolution du Parlement et dans la formation des gouvernements. Encore plus en situation de gouvernement minoritaire.

Stephen Harper se souvient sûrement encore d’avoir dû attendre dans une antichambre de Rideau Hall durant plus d’une heure, pendant que la gouverneure générale Michaëlle Jean soupesait sa demande de proroger son gouvernement minoritaire en 2008.

Stephen Harper en conversation avec Michaëlle Jean

La gouverneure générale Michaëlle Jean discute avec le premier ministre Stephen Harper juste avant la lecture du discours du Trône au Parlement, à Ottawa, le 19 novembre 2008.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Pour Justin Trudeau, composer avec une Julie Payette sur la sellette aurait pu donner l’impression à la population que la décision de la gouverneure générale était influencée par un désir de plaire (ou déplaire) au premier ministre.

Ce qui aurait pu avoir le potentiel de déclencher une tempête, sinon constitutionnelle, à tout le moins politique.

Critiquer le choix de Trudeau

Avec la démission de Julie Payette sous un nuage d’allégations, les partis d’opposition s’en donnent à cœur joie pour critiquer Justin Trudeau.

C’est lui qui l’a choisie personnellement, sans passer par un comité de mise en candidature.

Si la gouverneure générale doit partir dans l’embarras, il est de bonne guerre, se dit l’opposition, d'éclabousser le premier ministre.

La gouverneure générale désignée du Canada, Julie Payette, lors de sa nomination, en compagnie du premier ministre Justin Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau a choisi Julie Payette comme gouverneure générale du Canada.

Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

Ce serait cependant oublier que lors de sa nomination en 2017, Julie Payette faisait l’unanimité aux Communes.

Une scientifique bien placée pour jouer un rôle de leadership comme prochaine gouverneure générale du Canada, avait déclaré le chef conservateur Andrew Scheer. Elle incarne certaines des plus grandes qualités du Canada, disait le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair.

Plusieurs scandales ont touché le poste de gouverneur général au fil des ans : dépenses démesurées de Michaëlle Jean, voyages extravagants d’Adrienne Clarkson, climat de travail toxique sous Julie Payette.

Réformer la fonction

Chaque fois, on se demande si le moment est venu de réformer le rôle de cette institution. Même si le scandale en tant que tel n’a rien à voir avec son rôle dans la Constitution.

Il est clair, diront certains, que le poste est mûr pour davantage de surveillance et de reddition de compte.

Quoi qu’il en soit, c’est maintenant le juge en chef de la Cour suprême, qui est d’office gouverneur général adjoint, qui remplira les anciennes responsabilités de Julie Payette de façon temporaire.

Un remplaçant sera annoncé en temps voulu, dit Justin Trudeau.

La possibilité d’élections plane, il ne voudra pas attendre trop longtemps. Mais il ne voudra pas non plus aller trop vite, afin d’éviter de se tromper une autre fois.

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