•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Miléna Babin scénarise son roman L'étrange odeur du safran

Miléna Babin, auteure, entrevue au micro de Radio-Canada.

Miléna Babin travaille à la scénarisation de son roman, L'étrange odeur du safran (archives).

Photo : Radio-Canada / Valerie Marcoux

Radio-Canada

Née à Carleton-sur-Mer, la jeune autrice Miléna Babin travaille actuellement sur l’adaptation cinématographique de son deuxième roman, L’étrange odeur du safran. La journaliste Nadia Ross en a discuté avec elle.

Ton livre L’étrange odeur du safran va être adapté au cinéma et, en plus, ce sera toi qui vas le scénariser. C’est tout un défi, comment vois-tu ça?

C’est un défi qui vient avec un stress et une fébrilité, mais c’est surtout une super belle marque de confiance. On a appris que nous avions le financement pour l’étape de la scénarisation, donc écrire le film. On a d’autres défis qui viendront parce qu’il va falloir trouver de l’argent pour le produire, mais pour l’instant, on est dans l’écriture et c’est ma partie à moi. C’est moi qui porte ce projet.

J’ai l’impression d'avoir quelque chose de très précieux entre les mains que je vais passer à d’autres artistes plus tard. C’est très agréable comme sentiment d’être au début d’un projet qu’on va voir grandir.

Pour ceux qui n’ont pas lu le livre comment pourrais-tu résumer l’histoire entre Nil et Jacob?

L’histoire se déroule en 1988. Nil est une jeune femme début vingtaine qui est sous l’emprise de son frère jumeau, un garçon narcissique, manipulateur et violent. Nil décide de fuir et vole la camionnette de son frère pour partir le plus loin possible. Elle arrive au Bic où elle veut se refaire une nouvelle vie.

Elle rencontre Jacob qui est le propriétaire d’un restaurant. Séropositif, Jacob planifie de voler un chargement de safran pour le revendre afin d’obtenir l’argent nécessaire à un traitement expérimental. Nil se joindra au projet et développera une relation avec Jacob.

L'autrice originaire de Carleton-sur-Mer Miléna Babin

L'autrice Miléna Babin travaille à l'écriture du scénario inspiré de son roman L'étrange odeur du safran.

Photo : Crédit : Julie Artacho

Avec la scénarisation, est-ce que des éléments de l’histoire vont changer?

Il y en a beaucoup. C’est un roman très dense. On pourrait faire trois ou quatre films avec ce même livre. Si on essaie de garder tous les personnages, toutes les trames narratives, je ne pense pas que ça va rendre hommage à l’histoire, que ça va être meilleur.

Là, je suis vraiment en train d’élaguer et de ramener le tout à la trame principale afin de faire ressortir le vol de safran et la relation qui va évoluer entre Nil et Jacob.

C’est aussi un défi, c’est une histoire qui se passe dans les années 80, des années que tu n’as pas vraiment vécues.

Je suis née en 1988. Déjà en scénarisant, il faut que j’y pense. Il y a tellement plus de contraintes pour un film que pour un livre, les contraintes budgétaires, de temps, de décors et tout. Il faut que j’essaie de limiter un peu mes déplacements, mes décors, mais il va y avoir une partie de ce défi que je vais pelleter dans la cour du prochain. Ça va être à la réalisatrice, à la direction artistique de nous faire sentir qu’on est dans ces années-là. C’est sûr qu’il faut que j’écrive quelque chose de crédible qui va bien paraître à l’écran, mais ce n’est pas moi à qui ça va donner le plus de fil à retordre que ça se passe en 1988.

J’imagine que le Bic demeure un personnage important, même dans le scénario.

Moi je suis scénariste. Après, il y a tellement d’autres artistes qui vont contribuer, mais je ne vois pas pourquoi le repérage ne se ferait pas au Bic alors que tout se passe là et que ça fonctionnerait très bien.

Vue sur les îles du Bic à Rimouski

Les îles du Bic à Rimouski

Photo : Radio-Canada / Michaëlle Ouellet

Je tiens à le dire, je m’amuse à faire ça parfois dans mes livres, c’est un Bic réinventé. J’ai inventé des lieux qui n’existent pas vraiment comme une rivière qui n’est pas là, mais j’aimerais beaucoup qu’on garde l’essence, qu’on sente qu’on est au Bic parce que, moi, quand je l’ai écrit, c’est là que je me sentais. J’aimerais que ça reste.

Ce n’est pas trop difficile de replonger dans un roman qui a été publié il y a trois ans et qui a été écrit peut-être même avant?

Il a été publié en 2018, j’avais commencé en 2014. Il y a quand même eu un laps de temps intéressant entre les deux. J’ai eu le temps de le déposer et j’arrive avec un regard plus neuf que si j’avais commencé à l’écrire tout de suite après la sortie.

Heureusement, c’est long faire un film, il y a plusieurs étapes, il faut être patient. Je pense que ça rend les choses plus faciles d’avoir ce recul sur mon livre.

C’est une consécration de voir un de ses romans porté au grand écran?

Ça fait un petit vertige. Un auteur que j’aime beaucoup m’a dit, il y a plusieurs années, les gens pensent que l’apogée d’un livre, c’est quand il sort au cinéma. Ça m’a beaucoup fait réfléchir. Le livre vit sa vie de livre et le but d’un livre, c’est d’être un bon livre. Ce n’est pas parce qu’il se rend au cinéma qu’il devient meilleur.

Bien sûr, ça me rend très fière et ça me flatte beaucoup, ça me touche, mais pour moi, ce sont deux œuvres complètement différentes et je veux continuer de le voir comme ça.

Ce sont deux métiers différents, écrire des livres et écrire des scénarios. Je savais que c’était différent, mais je ne savais pas à quel point. Je suis en train de tout réapprendre. Il faut que je gratte, que je trouve le potentiel cinématographique qui existe déjà dans mon livre et que je le déterre, que je le sorte et que je parte de ça pour avoir une bonne trame narrative.

Quand je parle de faire un ménage, un débroussaillage, c’est vraiment ça. Si je ne fais pas le deuil de ce qu’est mon livre et que je prends tout ce qu’il y a dans mon livre pour le mettre dans mon film, ça va donner un mauvais film. Il faut vraiment que je sépare ça dans ma tête. C’est un exercice de deuil, de lâcher-prise, mais en même temps, c’est super intéressant.

Est-ce que ça t’inspire un autre roman, est-ce que tu as un autre projet en cours?

J’ai toujours plein de projets en cours. Je suis en train d’apprendre à les faire un à la fois, avec le temps, avec l’âge et c’est tellement plus sain pour moi, pour ma santé et pour les œuvres. Il faut tellement s’investir pour mener des projets artistiques à terme. J’ai beaucoup d’amis auteurs, scénaristes qui sont capables de travailler sur plusieurs projets en même temps. Moi, ça m’a épuisée.

Je cherche le plaisir dans la simplicité, dans faire les choses une à la fois.

J’ai d’autres projets de livre que j’ai très hâte d’entamer, mais pour l’instant, je crois que je dois ça au film. Il y a beaucoup de gens impliqués et c’est une pression sur moi. J’ai envie de m’y consacrer entièrement et quand j’aurai fait un bon travail, je serai 100 % disposée à commencer un nouveau projet.

Les réponses de Miléna Babin ont été adaptées afin d’améliorer la lisibilité. Le livre L'étrange odeur du safran a été publié aux Éditions XYZ.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !