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Îles Discovery : l’industrie du saumon d’élevage n’a pas dit son dernier mot

Un travailleur tient un saumon près d'un bassin en mer d'une ferme d'élevage.

La ferme Okisollo, située près de Campbell River.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Deux compagnies d’élevage de saumons de la Colombie-Britannique demandent à la Cour fédérale d'effectuer une révision judiciaire d'une décision de la ministre fédérale des Pêches et des Océans.

En décembre, cette dernière, Bernadette Jordan, a annoncé que les compagnies exploitants des salmonicultures en filets ouverts dans les îles Discovery devront cesser leurs activités d'ici le 30 juin 2022 et que leurs permis ne seront pas renouvelés.

Cette décision d’Ottawa fait suite à une des recommandations du rapport de la commission Cohen, publié en 2012 et portant sur les raisons du déclin des populations de saumons dans le fleuve Fraser. Le commissaire recommandait au ministère des Pêches et des Océans d'interdire la salmoniculture en filets dans les eaux des îles Discovery le 30 septembre 2020.

Deux gérants de fermes d’élevage, Mowi Canada West, l’entreprise la plus importante dans les îles Discovery, et Cermaq Canada, demandent à la Cour fédérale de Vancouver d'examiner la décision du gouvernement canadien.

Mowi Canada West affirme que l'interdiction d'exploiter des fermes d’élevage de saumons en enclos ouvert dans les îles Discovery est déraisonnable et devrait être abandonnée. L’entreprise norvégienne soutient que cette décision va réduire de 30 % de son chiffre d'affaires, et causer la perte de nombreux emplois.

Des travailleurs laissés pour compte

Cela fait 10 ans que Nadine Gibbs est dans l’industrie. Elle travaille à Mowi Canada West, anciennement connue sous le nom de Marine Harvest. Son mari travaille lui aussi pour Mowi. Il baigne dans l’aquaculture depuis environ 30 ans.

L’impact de la décision du gouvernement est très réel pour nos familles. La situation est très inquiétante pour plusieurs de mes collègues. Je ne travaillerais pas pour cette industrie si je n’avais pas confiance dans la qualité du saumon que l’on produit.

Nadine Gibbs, représentante au service à la clientèle, Mowi Canada West

La décision du gouvernement canadien de cesser les activités piscicoles dans la région d’ici 18 mois est arrivée comme un ultime coup de poignard aux yeux de Nadine Gibbs. Quand j’ai entendu la nouvelle juste avant les fêtes, j’étais en choc. Avec la pandémie, cela rajoute beaucoup de stress dans nos vies, souligne-t-elle. Quand on lui demande dans quel secteur d’activité elle compte se reconvertir, elle dit ne pas savoir.

La région compte 19 fermes de salmoniculture, dont 14 appartiennent à Mowi.

Dans une lettre ouverte adressée à la ministre fédérale des Pêches, Bernadette Jordan, des maires du nord de l’île de Vancouver et le conseil de l’Association des éleveurs de saumon de la Colombie-Britannique déplorent aussi la décision d’Ottawa. Ils indiquent que plus de 1500 emplois sont menacés à court terme.

Et c'est sans compter tous les efforts que les acteurs de l’industrie ont dû faire pour rester à flot et nourrir les Canadiens durant la pandémie.

Le directeur général de l’Association, John Paul Fraser, aurait aimé que l’industrie fasse partie du processus de consultation mené avec les communautés autochtones de la région au cours des derniers mois.

De nombreux Autochtones travaillent aussi dans l’industrie et la soutiennent. Nous aurions aimé plus de considération et nous aimerions du soutien de la part du gouvernement fédéral pour nous permettre d’effectuer la transition.

John Paul Fraser, directeur général, Association des éleveurs de saumon de la Colombie-Britannique

John Paul Fraser ignore comment l’industrie du saumon d’élevage va se transformer une fois les fermes actuelles fermées.

Affiche en forme de saumon demandant la fermeture des piscicultures de la côte ouest

En 2017, une manifestation à Vancouver dénonçait l'élevage de saumon de l'Atlantique sur la côte de la Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Dillon Hodgin

Les exploitations des îles Discovery font partie des plus anciennes fermes d'élevage de saumon en enclos ouverts de la côte ouest et sont situées sur le territoire traditionnel des Premières Nations Homalco, Klahoose, K'ómoks, Kwaikah, Tla'amin, We Wai Kai et Wei Wai Kum. Ces dernières ont été consultées par le gouvernement fédéral en aval de sa décision de décembre dernier.

La protection du saumon sauvage

Du côté de l’Association des éleveurs de saumon, John Paul Fraser dit regretter que la décision d’Ottawa en décembre ne se soit pas basée sur la science. Selon lui, il a déjà été démontré que le risque que représentent les fermes d’élevage pour le saumon sauvage dans les îles Discovery est minime, comme l’a déjà affirmé le gouvernement canadien.

Selon le professeur en biodiversité à l'Université Simon Fraser Arne Mooers, la décision d’Ottawa est une bonne nouvelle. Il estime qu'il faut tout faire pour arrêter le déclin croissant du saumon sauvage dans la région et la fermeture prochaine des fermes d’élevage, dont le risque a aussi été documenté, fait partie des mesures destinées à protéger le saumon sauvage.

La situation est très grave, notamment pour les saumons rouges. La fermeture des fermes d’élevage est un petit pas dans la bonne direction.

Arne Mooers, professeur en biodiversité, Université Simon Fraser

Une fin annoncée depuis 2012

En 2012, la Commission d'enquête Cohen dressait une liste de 75 recommandations pour protéger le saumon sockeye du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique. L’une d’entre elles consistait à interdire la salmoniculture en filet dans les îles Discovery d'ici le 30 septembre 2020.

En septembre, Pêches et Océans Canada a finalement affirmé que le transfert des agents pathogènes des élevages de saumon de l’Atlantique présentait un risque minimal pour l’abondance et la diversité des saumons rouges du fleuve Fraser en migration dans la région. Le Ministère a toutefois repoussé sa décision finale à décembre, car il voulait consulter les Premières Nations du secteur, ce qui a été fait.

Jeudi après-midi, Pêches et Océans Canada a déclaré qu'il ne ferait aucun commentaire étant donné que l'affaire est maintenant devant la Cour fédérale.

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