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Enquête

Une poursuite, une lettre mystérieuse et le silence du bureau du premier ministre

Vivian Bercovici en compagnie du ministre des Affaires étrangères John Baird en janvier 2014.

Viviane Bercovici a été nommée ambassadrice du Canada en janvier 2014 par le gouvernement conservateur de Stephen Harper dont John Baird était le ministre des Affaires étrangères.

Photo : Radio-Canada

Un règlement a été conclu dans la poursuite d'une ancienne ambassadrice du Canada en Israël contre le gouvernement Trudeau.

Mais les deux parties refusent de donner le moindre détail. Le gouvernement refuse même de dire à quelle date l'entente a été conclue.

Vivian Bercovici, qui avait été nommée ambassadrice par Stephen Harper avant d'être relevée de ses fonctions par Justin Trudeau, avait intenté une poursuite contre le gouvernement du Canada en 2018. Elle soutenait, entre autres, que le gouvernement Trudeau avait agi de mauvaise foi en la remerciant de ses services et qu'il l'avait privée d'une part de ses indemnités.

L'ex-ambassadrice avait réussi à faire ajouter à sa poursuite le nom de Katie Telford, cheffe de cabinet du premier ministre Trudeau, l'année suivante, l'accusant de lui avoir infligé des souffrances psychologiques.

Une lettre mystérieuse

Vivian Bercovici a offert d'abandonner sa poursuite contre le gouvernement du Canada et Katie Telford dans une lettre qu'elle a écrite à Alan Bender, un homme d'affaires de Toronto et partisan du Parti libéral, le 5 novembre 2019.

Mme Bercovici y propose de faire ce geste en guise de remerciement à l'endroit de M. Bender pour lui avoir sauvé la vie.

Cette lettre a été envoyée d'une source anonyme à plusieurs journalistes et médias.

Nous avons été en mesure d'authentifier la lettre.

Dans sa lettre, l'ex-ambassadrice écrit à M. Bender en anglais : Je serais disposée à mettre un terme à ma poursuite contre le gouvernement du Canada et Katie Telford, sans condition, le plus tôt possible […] Il s’agit de l’expression la plus claire et appuyée de ma reconnaissance pour votre compassion ainsi que pour votre aide inestimable récente, qui m’a sauvé la vie.

Alan Bender et Justin Trudeau.

L’homme d’affaires torontois Alan Bender à qui Viviane Bercovici a écrit une lettre offrant de mettre fin à sa poursuite contre le gouvernement canadien. Son compte Twitter affiche des photos de lui-même en compagnie du premier ministre Justin Trudeau.

Photo : Source : Twitter/Alan Bender

Alan Bender est un homme d'affaires torontois d'origine koweïtienne qui pratique dans le domaine de la médiation. Dans un entretien téléphonique avec Radio-Canada, M. Bender a expliqué qu'il travaillait surtout pour les familles dirigeantes des pays arabes du golfe Persique. Il soutient que ce sont des figures politiques importantes, dont l'une d'Israël, qui lui ont demandé de venir en aide à Mme Bercovici, qui habite à Tel-Aviv. Il soutient avoir sauvé la vie de Mme Bercovici ainsi que sa réputation professionnelle et personnelle.

Il ne veut pas donner davantage de détails sans la permission de Mme Bercovici, qui, elle, ne veut pas commenter.

La cheffe de cabinet de Justin Trudeau, Katie Telford.

La cheffe de cabinet de Justin Trudeau, Katie Telford, avait aussi été poursuivie par Viviane Bercovici.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

M. Bender soutient que l’ex-ambassadrice voulait lui témoigner sa reconnaissance pour l'aide qu'il lui a procurée et que c'est lui qui a suggéré qu'elle laisse tomber sa poursuite contre le gouvernement du Canada et Katie Telford. Il dit être un membre actif du Parti libéral et soutient avoir agi de son propre chef dans le but d’aider le gouvernement.

Il soutient que le gouvernement et Katie Telford n'étaient pas au courant de ses démarches et que Mme Telford en aurait été informée seulement après qu'il lui eut remis la lettre de Mme Bercovici.

Alan Bender a fait les manchettes internationales quand les autorités saoudiennes lui ont demandé de témoigner contre un homme d'affaires saoudien, le prince Al-Walid ben Talal, arrêté lors d’une rafle dite d'anticorruption, en 2017, commandée par le prince héritier et dirigeant de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane.

La poursuite ne s'est pas arrêtée

Toutefois, selon des documents de la cour, la poursuite de Vivian Bercovici contre le gouvernement et Katie Telford a été maintenue après cette lettre.

En fait, en décembre 2019, le mois suivant la lettre, les avocats du gouvernement du Canada étaient de retour devant la Cour supérieure de l'Ontario pour contester l'ajout du nom de Katie Telford à la poursuite.

Dans sa décision, en janvier 2020, le juge a donné raison au gouvernement du Canada. Le nom de Katie Telford a été retiré de la poursuite et Mme Bercovici a été tenue de payer les frais juridiques engagés par le gouvernement.

Après cette décision, plus rien n'apparaît dans le registre de la cour au sujet de la poursuite de Mme Bercovici contre le gouvernement du Canada.

Le silence du bureau du premier ministre

Des sources ont d’abord indiqué à Radio-Canada qu'il y avait eu règlement dans la poursuite de Mme Bercovici contre le gouvernement du Canada.

Durant trois jours, Radio-Canada a tenté d'obtenir de la part du gouvernement des informations au sujet du règlement ainsi que des réactions à la lettre.

Le bureau du premier ministre Trudeau et le ministère de la Justice nous ont dit de nous adresser à Affaires mondiales Canada.

Après avoir relancé ce ministère à quelques reprises et interpellé le bureau du ministre des Affaires étrangères, un porte-parole d’Affaires mondiales nous a fourni cette courte réponse mercredi soir :

Un règlement a été conclu. Nous ne pouvons pas nous prononcer sur les détails.

Nous ne savons toujours pas s’il y a un lien entre le règlement et la lettre ni qui a voulu faire connaître cette histoire en envoyant la lettre aux médias et pour quels motifs.

L’adresse courriel à partir de laquelle le courriel contenant la lettre nous a été envoyé a été supprimée.

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