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Il y a un an : le premier cas de COVID-19 au Canada

Retour sur les évènements avec des témoins de la première heure, bien avant qu’une pandémie soit déclarée. 

Un homme fait un prélèvement sur une femme dans le cadre d'un test de dépistage de la COVID-19.

Plus de 700 000 Canadiens avaient contracté la COVID-19, en date du 22 janvier.

Photo : Radio-Canada / Robert Short

Le 23 janvier 2020, un Torontois dans la cinquantaine éprouve des symptômes s’apparentant à la COVID-19, à l’époque encore appelée nouveau coronavirus par le grand public.

Étant donné que l’homme est revenu de Wuhan en Chine le jour précédent et qu’il a commencé à se sentir mal à bord du vol vers l’aéroport Pearson, sa famille contacte le 911. Des ambulanciers viennent chercher le quinquagénaire, qui est transféré dans une chambre à pression négative à l’Hôpital Sunnybrook à Toronto.

Les autorités ontariennes annoncent le 25 janvier qu’un premier cas présumé de COVID-19 a été détecté sur leur territoire. Le patient reste en isolement. Le personnel du Laboratoire national de microbiologie situé à Winnipeg confirme deux jours plus tard que l’homme est atteint du virus. Il s’agit du premier cas déclaré au pays.

À l’époque, personne ne s’imagine la tempête qui s’en vient. On dénombre alors environ 1900 cas à l’échelle planétaire.

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Réagir vite

Le soir du 23 janvier, le directeur de la prévention des infections de l’Hôpital Sunnybrook vient de quitter le travail pour rentrer à la maison lorsqu’il reçoit un appel. Un homme qui a tous les symptômes s’apparentant à la COVID-19 et qui revient de Chine vient d’être admis à son hôpital.

Je suis allé directement à mon bureau pour regarder les clichés rayons X. […] Le cliché était assez classique du moins pour ce qui avait été décrit [comme virus] à l'époque, alors mes soupçons étaient très élevés.

Dr Jérôme Leis, directeur de la prévention des infections, Hôpital Sunnybrook

Un sprint s’amorce pour confirmer le cas. Le personnel qui soigne le patient est muni d’équipement de protection. On déplace d’autres patients de l’unité pour éviter la contagion.

Jérôme Leis en entrevue à l'extérieur de l'Hôpital Sunnybrook.

Le Dr Jérôme Leis, devant l'hôpital Sunnybrook à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

On a parlé de nos soupçons au laboratoire provincial et ils ont décidé de travailler toute la nuit pour être bien sûr du résultat et pour qu’on ait une confirmation le samedi matin, se rappelle le Dr Leis.

La confirmation du laboratoire provincial survient en matinée le samedi. Les différents ordres de la Santé publique avec l’équipe de l’Hôpital commencent à préparer leur communiqué et la façon dont le cas sera annoncé à la population.

Le reste du monde s'est réveillé à cette nouvelle réalité d'avoir la COVID au Canada

Dr Jérôme Leis

Branle-bas de combat

Kathryn Rego se souviendra toute sa vie du jour où elle a appris qu'un premier patient était atteint de la COVID-19. 

La médecin chargée du patient s’est avancée vers moi et m’a dit qu’elle devait me parler. Juste en voyant son regard, j’ai su instantanément de quoi il s’agissait, se souvient l’infirmière qui travaillait à l’unité qui a reçu le patient. 

Tous les employés de l’unité, des concierges au personnel de soutien sont convoqués à une réunion avec leurs gestionnaires.

Kathryn Rego avec un micro devant elle parle avec un journaliste devant l'hôpital Sunnybrook.

L'infirmière Kathryn Rego était aux premières loges lorsque le premier patient atteint de la COVID-19 a été admis au pays.

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

Le message a été passé à toutes les équipes; on pense que c’est un cas de coronavirus jusqu’à ce qu’on prouve le contraire, décrit le Dr Leis.

Bien que les gestionnaires fassent de leur mieux pour répondre à toutes les questions et les inquiétudes du personnel, le niveau d’anxiété augmente à l’unité.

J’ai senti une boule dans mon estomac. L’inconnu. Qu’est-ce qu’on fait? Qu’est-ce qui change? Qu’est-ce qui arrive au personnel? Est-ce qu’on va être OK?

Kathryn Rego, infirmière à l'Hôpital Sunnybrook

Malgré le contexte, aucune infirmière ne refuse d’administrer des soins à l'homme qui obtiendra son congé de l’hôpital environ une semaine plus tard.

Ça n’a empêché personne de continuer à faire son travail. Tu dois continuer à faire ton devoir, raconte Mme Rego.

La crise, elle, s’amorce.

Le 28 janvier, c’est au tour de la Colombie-Britannique d’annoncer un premier cas présumé de COVID-19 sur son territoire. Entre-temps, la conjointe du Torontois hospitalisé devient la deuxième personne officiellement infectée en Ontario. C’est seulement le 28 février qu’un premier cas sera confirmé au Québec.

Le rapatriement des Canadiens coincés à Wuhan

Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer que le gouvernement fédéral doive noliser des avions pour ramener des Canadiens coincés dans des pays où le virus fait rage. La situation était bien différente il y a un an. Le 7 février 2020, un premier vol ramène au pays 176 évacués de Wuhan, en Chine.

Le gouvernement ne prend aucun risque. Les ressortissants sont tous placés en quarantaine. Les familles resteront ainsi 14 jours sur la base militaire de Trenton, en Ontario. Les Forces armées canadiennes, qu’on reverra plus tard dans la crise à venir, ainsi que la Croix-Rouge participent à l’opération.

L’évacuation changera la vie de nombre de Canadiens, comme celle de Lawrence Wayne Duplessis, un Ontarien qui vit et enseigne en Asie depuis plusieurs années.

Des employés portant un uniforme de protection les couvrant complètement font rouler une civière à l'extérieur de l'hôpital.

Des employés transfèrent un patient à l'Hôpital Jinyintan, à Wuhan. Tous les patients qui ont contracté une pneumonie causée par le nouveau coronavirus sont traités à cet endroit.

Photo : Reuters / Darley Shen

Au moment où on découvre le virus en Chine, l’homme originaire d’Espanola vit avec sa famille à Wuhan. M. Duplessis prévoyait initialement rester en Chine, mais plus la situation évolue, plus le confinement s’intensifie à Wuhan.

Un soir, mon fils aîné qui vit à l’autre bout de la ville nous appelle pour nous dire qu’il n'a pas pu sortir pour aller chercher de la nourriture ou de l’eau, raconte M. Duplessis.

L’homme hésite encore à revenir au Canada, se disant que la situation s’améliorera bientôt. Il enregistre quand même tous les membres de sa famille auprès de l’ambassade canadienne, par précaution.

Un avion en plein vol dans le ciel enneigé.

Atterrissage du premier avion arrivant de Chine à la base militaire de Trenton avec des ressortissants canadiens à bord.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Le confinement continue de s’intensifier, les autorités chinoises commencent à marquer les portes des appartements des gens infectés. M. Duplessis recontacte les autorités canadiennes. Il obtient des places sur un des avions qui ramènent des Canadiens à quelques jours d’avis.

En atterrissant au Canada, son fils aîné s’évanouit à plusieurs reprises. Le personnel de premiers soins conclut que le jeune homme est déshydraté et souffre de malnutrition.

Si on était restés plus longtemps à Wuhan, il serait peut-être mort si on n’avait pas été évacués, indique M. Duplessis, qui se dit hautement reconnaissant envers le gouvernement canadien.

Clôtures, drapeaux canadiens et installations de douanes dans un hangar militaire.

Accueil des Canadiens lors de leur quarantaine à la base militaire de Trenton en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Des Canadiens coincés sur des bateaux de croisière

Après les Canadiens pris en Chine, c’est au tour de ceux coincés sur des bateaux de croisière à bord desquels on retrouve des cas positifs d’avoir besoin de l’aide du gouvernement fédéral.

Alice Chow est en croisière avec sa mère en Asie à bord du Diamond Princess lorsque des gens sont déclarés positifs au coronavirus. Le bateau, qui compte des milliers de personnes à bord, y compris plus de 200 Canadiens devient bientôt un important foyer de contamination avec des centaines de cas.

Après 17 jours en mer, la Torontoise et sa mère seront confinées dans leur cabine pendant 16 jours, pour finalement être évacuées et mises en quarantaine pendant deux semaines à Cornwall, en Ontario, à leur retour au pays. 

Les deux femmes ont donc passé une trentaine de jours en quarantaine au total.

Alice regarde la caméra en entrevue.

Alice Chow est restée coincée sur le Diamond Princess avant d'être rapatriée au Canada.

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

Alice Chow décrit le confinement à bord du bateau comme un moment traumatisant et intense. En attendant d’être évacués par leur gouvernement respectif, les passagers du bateau pouvaient à peine sortir de leur cabine pour effectuer une courte marche.

Une expérience qui a changé la vie de Mme Chow.

Maintenant, j’apprécie tellement les petits moments, même de voir le soleil se lever le matin, parce que ne pas le voir pendant plusieurs jours, c’est déstabilisant.

Alice Chow, passagère évacuée d'un bateau de croisière

Bien qu’elle n’aurait jamais imaginé que la pandémie puisse prendre de telles proportions et durer aussi longtemps, Mme Chow estime que l’épisode du Diamond Princess lui a facilité la tâche avec les restrictions qui allaient suivre sur la terre ferme.

Pour moi, c’était tellement intense sur le bateau que c’est comme un privilège d’être confinée à la maison, explique-t-elle.

Le directeur général de l'OMS est entouré de journalistes dans les locaux de l'OMS.

Le directeur général de l'OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, au terme de la conférence de presse où il a annoncé que le coronavirus était désormais une pandémie, le 11 mars 2020.

Photo : Getty Images / AFP/FABRICE COFFRINI

Pendant ce temps, le virus continue de se propager sur la planète. L’Organisation mondiale de la santé déclare une pandémie mondiale le 11 mars 2020.

Dans les jours qui suivent, Ottawa demande aux Canadiens de revenir dès que possible au pays avant qu’il n’y ait plus de vols commerciaux.

Dans les semaines suivantes, le fédéral devra négocier avec plusieurs pays afin d'affecter des vols pour évacuer des Canadiens pris à l’étranger.

Au Canada, le nombre de cas continue d'augmenter. Les provinces déclarent tour à tour l’étatd’urgence sanitaire. Un confinement complet et généralisé suivra.

Vous connaissez la suite de l’histoire... elle s’écrit toujours.

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