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Réseau de la santé : toujours des milliers d’heures supplémentaires obligatoires en Mauricie et au Centre-du-Québec

Deux infirmières dans un corridor d'hôpital

Archives

Photo : iStock / gpointstudio

Sarah Désilets-Rousseau

Si les travailleurs du réseau de la santé se disent à bout de souffle et surchargés, le recours au temps supplémentaire obligatoire (TSO), lui, ne s’essouffle pas pour l'instant, selon ce qu'a pu apprendre Radio-Canada grâce à une demande d'accès à l'information.

Les documents consultés par Radio-Canada démontrent que le recours à cette mesure est en légère baisse, mais reste beaucoup plus utilisé que le souhaiteraient les syndicats des travailleurs de la santé et la direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Les infirmières et préposés aux bénéficiaires de la région auront quand même fait tout près de 15 000 heures supplémentaires obligatoires entre le 1er avril et le 10 octobre dernier, une légère baisse par rapport aux années précédentes.

La direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) indique que le recours aux heures supplémentaires obligatoires n’a lieu que si la sécurité des patients est compromise. D’autres solutions sont d’abord envisagées, comme le recours aux heures supplémentaires régulières, la réorganisation des tâches ou même l’appel à d’autres titres d’emplois lorsque c’est possible.

Les heures supplémentaires obligatoires sont imposées aux employés à la fin de leur quart de travail quand il n’existe aucune autre solution pour assurer la sécurité des patients. Elles demeurent une mesure qui se veut exceptionnelle, mais à laquelle la direction a fréquemment recours en ce moment, déplore le syndicat des professionnelles en soins, qui décrie la situation depuis plusieurs mois.

Le temps supplémentaire obligatoire, c’est quelque chose qui, pour nous, devrait être une mesure exceptionnelle et d’urgence, et malheureusement avec les chiffres que vous nous présentez, il reste que les situations exceptionnelles et urgentes arrivent trop souvent , déplore la présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et Centre-du-Québec, Nathalie Perron.

C’est [utilisé] comme un mode de gestion. C’est ça que ça ne devrait pas être, peu importe l’entreprise. Ce sont des coûts astronomiques qui devraient être mieux dépensés. Ça épuise les gens, qui tombent malades.

Nathalie Perron, Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et Centre-du-Québec

Pas un mode de gestion

En poste depuis septembre, le nouveau directeur des ressources humaines, Jean-François Équilbec, souhaite mettre un coup de barre dans les heures supplémentaires obligatoires, en prenant un  virage humain  .

On n'en veut pas, de temps supplémentaire obligatoire

Jean-Francois Équilbec, directeur des ressources humaines du CIUSSS MCQ

« Il n’y a pas de plaisir aucunement dans ce mode de fonctionnement-là. Il n’est pas gagnant-gagnant, et c’est une évidence. Alors nous ce qu’on veut faire en sorte c’est de travailler à mettre en place une panoplie de mesures pour s’attaquer à ce TSO-là, qui franchement, n’est pas positif », déplore-t-il.

Parmi ces mesures, en plus de l’embauche de personnel, le directeur des ressources humaines travaille activement à développer et à maintenir un sentiment d’appartenance envers le CIUSSS MCQ, ce qui aidera à son avis garder les 5000 employés embauchés cette année et ceux qui sont déjà en poste.

« Il faut travailler notre rétention. Et ça, on va y arriver en travaillant en proximité avec les collègues, en mettant l’emphase sur nos horaires de travail, la plus grande stabilité possible. C’est un travail qu’on veut faire sur plusieurs fronts en même temps », croit Jean-François Équilbec, optimiste quant aux résultats à venir.

Des heures supplémentaires obligatoires déguisées , dit le syndicat

Les travailleurs de la santé de la région ont effectué 214 000 heures supplémentaires de plus depuis le début de la pandémie qu’à pareille date en 2019, a pu apprendre Radio-Canada, toujours via une demande d’accès à l’information.

Le contexte actuel de la pandémie n’aura donc pas permis de diminuer la surcharge de travail, malgré le recours au privé et l’embauche massive de personnel. Le personnel en place doit combler les quarts manquants tant dans les hôpitaux, à l’urgence que dans les CHSLD.

Malheureusement, les gens, quand ils voient les horaires de travail et qu’ils voient 40 absences dans le mois, ils savent que de toute façon, ça va devenir un temps supplémentaire obligatoire. Pour éviter ce que ça implique émotivement et familialement, ils vont décider de s’en répartir chacune à tour de rôle des temps supplémentaires pour éviter le TSO, explique Nathalie Perron.

C’est ce qui fait que souvent, le temps supplémentaire, c’est du temps supplémentaire obligatoire, mais qui est déguisé en temps supplémentaire régulier, pour prévenir ou éviter en fait d’être confronté à rester à la dernière minute, déplore la présidente du syndicat.

Selon le syndicat des professionnelles en soins, le nombre d’heures supplémentaires obligatoires effectuées par les infirmières et les infirmières auxiliaires serait en réalité plus élevé que ce qui est colligé par les autorités de la santé.

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