•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La conseillère municipale Marie-Josée Parent maintient être autochtone

L’élue de la Ville de Montréal Marie-Josée Parent, dont les origines autochtones ont été remises en question l’an dernier, raconte à Enquête sa version des faits.

Marie-Josée Parent porte un bonnet orange.

Marie-Josée Parent est la conseillère municipale du district Champlain—L'Île-des-Sœurs de l'arrondissement de Verdun.

Photo : Radio-Canada

Marie-Josée Parent a été présentée comme la première élue autochtone de l’histoire de la Ville de Montréal. Elle se dit d’origine micmaque et acadienne.

Elle portait le dossier de la réconciliation avec les premiers peuples avant de s'en retirer à la suite des révélations de chercheurs en généalogie qui ont remis en doute son ascendance autochtone.

Comment avez-vous réagi lorsque votre généalogie, mentionnant que votre plus proche ancêtre autochtone remontait au XVIIe siècle, a été rendue publique?

D'abord, je l'ai dit à ce moment-là, la généalogie était inexacte, mais je n'avais pas tous les documents officiels pour pouvoir démontrer en quoi ça l'était. Ça ne concordait pas avec l'histoire qui m'avait été racontée par différents membres de ma famille.

Quand j'ai été attaquée, j'ai été surprise, et ça a été un moment extrêmement difficile à vivre. [...] La bonne nouvelle, pour moi en tout cas, c'est que j'ai été accompagnée depuis par différentes personnes, des chercheurs universitaires, ma famille aussi beaucoup, pour reconstruire de façon factuelle, donc avec des preuves, l'histoire familiale qui m'a été racontée et qui est maintenant corroborée par des faits historiques avec des certificats de naissance, des certificats de mariage, une généalogie complète.

Est-ce que vous avez des preuves confirmant votre ascendance autochtone?

Un élément vraiment intéressant qu'on a pu retrouver, c'est le certificat de baptême de mon arrière-grand-mère, à Lennox Island, dans l'Île-du-Prince-Édouard. C'était un élément que je n'avais pas, et donc, c'est super intéressant de voir qu'elle a été baptisée dans la réserve de Lennox Island.

Photo d'un document écrit à la main.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le certificat de naissance de l'arrière-grand-mère de Marie-Josée Parent

Photo : Marie-Josée Parent

On a aussi pu retracer plusieurs ancêtres pour se rendre compte que, du côté de ma mère, on a 10 lignées autochtones qui sont, elles, presque toutes issues du Bas-Caraquet, une région particulière dans son histoire de métissage entre les Acadiens et les Micmacs.

Est-ce que, pour vous, c’est vraiment le certificat de naissance de votre arrière-grand-mère qui démontre que vous êtes autochtone?

Je ne me fierai pas seulement à ce document, à ce certificat de baptême de mon arrière-grand-mère, pour parler de mon autochtonie. L'ensemble des éléments qui émergent des recherches que les chercheurs ont bien voulu faire avec moi définissent qui je suis. C'est mon héritage familial, donc mes lignées ancestrales.

Il s'agit de mon ancrage dans un territoire avec une réalité historique toute particulière, composée de gens métissés qui se sont mariés entre eux au fil des générations. Donc, on parle de mariage endogamique et d'une culture vraiment particulière qui émerge de ces territoires-là. Une culture forte, une culture qui m'a été transmise et que je vis encore aujourd'hui, qui m'a été racontée, qui m'a été inculquée par mes parents. Et ça, je pense que c'est extrêmement fort.

En fait, je vais vous avouer que, ayant appris tout ce que j'ai appris sur le caractère historique qui n'est pas toujours raconté ou qui est moins bien connu sur la réalité du territoire d'où je viens, j'ai envie de le célébrer davantage. Ça me rend encore plus fière de mieux comprendre d'où je viens et qui je suis.

Dominique Ritchot, une spécialiste en généalogie que nous avons consultée, assure que le certificat de naissance de l’arrière-grand-mère de Marie-Josée Parent ne signifie pas nécessairement que l'aïeule était une Autochtone pour autant.

Dans les différents recensements publics, celle-ci ne s’est d'ailleurs jamais identifiée comme une Autochtone.

Marie-Josée Parent assure de son côté que plusieurs Autochtones ont longtemps caché leur identité.

Pourquoi dites-vous qu’il y a des erreurs dans votre généalogie?

Alors, du côté de mon père, c'était vraiment de ne pas reconnaître les origines autochtones de certains membres de la famille, qui pourtant sont reconnues par les experts de ces régions-là et les familles de la Baie-des-Chaleurs.

Du côté de ma mère, je ne me rappelle pas assez l'arbre généalogique, mais il y avait des lignes manquantes, tout simplement.

Qui sont les experts que vous avez consultés?

Michel Bouchard m'a approchée pour m'aider. Il y a aussi Brad Lowen, un professeur d’anthropologie à l'Université de Montréal, qui m'a écrit pour me dire qu'il connaissait bien la réalité des Métis et des sang-mêlé de la Baie-des-Chaleurs, des personnes d'origine micmaque et acadienne. Sébastien Malette, professeur à l’Université Carleton, m'a accompagnée dans le processus, mais aussi des aînés et des experts du territoire. En Acadie, Victorin Mallet, généalogiste et chercheur expert sur les généalogies des métisses acadiennes, m’a aidée.

Vous dites que, dans votre cas, il s’agit de preuves concrètes que vous êtes autochtone. Regrettez-vous de vous être retirée du dossier de la réconciliation avec les premiers peuples?

C'est une bonne question. Non, je ne le regrette pas, parce que ces questions-là sont extrêmement délicates. Et ce qui comptait vraiment à mes yeux et qui compte toujours vraiment à mes yeux, c'est que le projet de réconciliation avec la Ville de Montréal, que j'ai porté des années comme bénévole au départ, à partir de 2014, je le porte encore. Je crois que je l’amène à grandir. Je l'ai amené à l'Hôtel de Ville aussi.

J'ai eu l'ouverture de la mairesse Plante pour le faire entrer au comité exécutif ce dossier-là, car il n'existait pas. C'est donc un projet qui est fondamental à mes yeux. Ce qui comptait le plus, c'est que le projet puisse exister, qu'il puisse continuer de vivre. Et j'avais le sentiment, que j’ai toujours, qu’avec ce qui s'est passé en novembre, étant donné la complexité des questions identitaires et les tensions que ça amène, il fallait que le projet puisse vivre. Je n'avais pas envie de devenir, moi, un poids pour ce projet-là.

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous présenter comme une Autochtone d’origine micmaque et acadienne?

Ça fait partie des traditions orales dans ma famille, ce que j'ai dit à plusieurs reprises. C'est une identité qui a été portée par plusieurs personnes dans une lignée de traditions orales et qui m'a donc été transmise beaucoup par mon père, qui portait fièrement cette identité-là, mais de façon privée, et aussi par la famille de ma mère.

Donc, ce sont les deux personnes qui ont des origines autochtones, micmaques et acadiennes. À un moment donné dans ma vie, j'ai choisi, à la suite de différents engagements, surtout dans la communauté autochtone de Montréal, d'assumer publiquement cette identité-là. Je vais vous avouer que j'ai attendu aussi de me sentir prête, parce que c'est une identité qui nous rend vulnérables aussi.

De reconnaître un parcours historique familial difficile, c'est une étape à franchir. Le passage d'une identité privée à une identité publique s'est fait au début de l'âge adulte, en fait, au moment où j'ai senti le besoin de porter les responsabilités qui venaient avec cette identité-là.

Des membres des Premières Nations dénoncent le phénomène grandissant de gens qui s'auto-identifient comme des Autochtones. Êtes-vous consciente du fait que le dossier métis au Québec est délicat en ce moment?

Absolument, mais c'est exactement pour cette raison que je vous dis que je ne regrette pas d'avoir laissé le dossier de réconciliation à la mairesse, parce que je reconnais la sensibilité de ces questions-là. Je pense par contre qu'il est important de préciser qu'on ne peut pas faire un amalgame entre les comportements des gens et leur identité. Ce sont deux choses différentes, et moi, ce que je souhaiterais, c'est qu'on juge les personnes en fonction de leurs comportements et non pas de leur identité.

Comme il n’existe pas de définition claire de ce qu’est un Métis, croyez-vous que beaucoup de gens peuvent s’identifier ainsi uniquement en ayant un ancêtre lointain dans leur lignée?

Je ne pense pas que ce soit tout à fait le cas, en toute franchise. Je ne pense pas que tout le monde puisse se revendiquer de ce genre d’identité. On en apprend davantage sur les réalités des Métis de l'Est, car il y a énormément de documentation, extrêmement intéressante et extrêmement pertinente, historiquement ancrée sur qui sont les Métis de l'Est.

La Commission royale sur les peuples autochtones de 1996 en parle en profondeur et vient vraiment nommer quels sont les traits distinctifs de ces identités-là. Donc, on ne parle pas d'identités qui sortent de nulle part. On parle vraiment d'identités qui se sont construites sur des centaines d'années dans des communautés, dans des espaces territoriaux précis.

Donc, je ne crois pas que n'importe qui peut s'identifier de cette façon-là, puisqu'il y a des contextes historiques, familiaux, des liens ancestraux aussi, qui définissent ces communautés-là.

Est-ce que vous avez tiré des leçons de toute cette histoire?

Je pense qu'on a tous besoin de davantage d'empathie, de nuance, de distinction, de souplesse et de sentiment d'appartenance à une communauté conjointe qui travaille dans le même sens pour les droits des peuples autochtones. Je sens qu'on perd parfois de vue cette réalité-là en s'opposant les uns aux autres.

Marie-Josée Parent assise à une table dans un parc.

Marie-Josée Parent se présente comme une Autochtone d’origine micmaque et acadienne.

Photo : Radio-Canada

Ma plus grande leçon et mon plus grand souhait, c'est qu'on arrive à créer un espace de solidarité, un espace où on peut travailler ensemble, mais où l'empathie prend vraiment le dessus sur les tensions qui peuvent exister et qui émergent d'un système colonial encore en vigueur aujourd'hui.

Une autre leçon, c'est peut-être de me rendre compte à quel point l'histoire de ma famille est complexe, mais aussi à quel point ces gens-là ont souffert de qui ils étaient. Je porte encore aujourd'hui cette histoire-là, et certaines des souffrances se perpétuent. Et ça, ça fait mal de s'en rendre compte. En même temps, ça donne la force de poursuivre le travail de réconciliation, justement.

Que répondez-vous aux membres des Premières Nations qui se sentent menacés par la montée des gens s’identifiant nouvellement comme des Métis?

J'ai envie de leur dire qu'on souhaite travailler ensemble, que notre objectif à tous, je pense, c'est de faire reconnaître les droits des peuples autochtones. Que oui, il y a des personnes qui ont des intentions problématiques. Il faut les reconnaître, il faut les nommer, mais ce n'est pas une question d'identité : c'est une question de comportement. Ensemble, on sera plus forts.

Je reconnais aussi pleinement toutes les distinctions qui existent entre les Premières Nations. Celles-ci sont différentes. Elles ont des histoires différentes. Même chose avec la nation inuit, qui a une richesse incroyable. C'est en se reconnaissant et en se respectant dans nos différences, mais en les célébrant aussi, qu'on sera plus forts ensemble. Et donc, c'est vraiment cette solidarité-là qui va faire en sorte qu'on va pouvoir célébrer les droits des peuples autochtones et les mettre en pratique efficacement au Canada.

Le reportage de Jean-Marc Belzile et de Denis Roberge est diffusé à Enquête jeudi à 21 h à ICI Télé et en reprise le samedi à 13 h. À ICI RDI, ce sera le dimanche à 18 h 30.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !