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Provoquer le destin pour écrire un livre

Le livre de Sophie Létourneau est le récit d’une quête amoureuse qui commence par une visite chez une diseuse de bonne aventure.

La femme vers l'appareil photo avec les mains croisées sous le menton.

L'écrivaine Sophie Létourneau

Photo : Laurence Grandbois Bernard

Cecile Gladel

L’histoire qui se trouve derrière Chasse à l’homme, de Sophie Létourneau, n’est pas banale. L’écrivaine a décidé de provoquer le destin et a tenté une expérience en allant voir une cartomancienne.

Normalement, dans les récits, on vit quelque chose et ensuite on le raconte. Je me suis demandé ce qui allait arriver si j’allais voir une cartomancienne, qu’elle me raconte une histoire et que je m’arrange pour qu’elle arrive pour vrai? Peut-on faire ça?

Une citation de :Sophie Létourneau

La cartomancienne lui a prédit qu’elle rencontrerait l’homme de sa vie grâce à un livre. Sophie Létourneau s’est donc mise en quête de l’amour.

C’est pour cette raison que Chasse à l’homme a été long à écrire, 12 ans. Sophie Létourneau a vu la cartomancienne en 2008 à l’âge de 28 ans et a alors entamé la réalisation de ses prédictions. Il a fallu que ce qu’elle m’a dit arrive, puis que j’aie le recul nécessaire pour être capable d’en faire un récit.

Bousculer sa vie

Lorsque Sophie Létourneau a décidé d’aller consulter cette cartomancienne, elle s’ennuyait et avait l’impression de stagner.

Il y avait quelque chose de la mise en scène. Je me sentais dans une impasse. C’était une manière de m’en sortir, et j’ai bien fait, car tout ce que j’ai aujourd’hui, je le dois à cette période-là.

Une citation de :Sophie Létourneau

C’était la première et seule voyante qu’elle a consultée. D’ailleurs, elle a eu sa bénédiction pour le livre et elle lui en a envoyé un exemplaire.

L’écrivaine est quand même surprise que son expérience ait fonctionné. À un moment donné, je me posais beaucoup de questions par rapport à ma propre autorité sur cette histoire; j’avais l’impression que les événements me dépassaient. Je me demandais si c’était seulement le personnage de la voyante [qui dirigeait tout] et si j’allais être capable de reprendre le contrôle de ma vie, raconte-t-elle.

Une main ouverte qui tient le titre dans sa paume.

« Chasse à l’homme », de Sophie Létourneau

Photo : La peuplade

Sophie Létourneau est heureuse d’avoir pu démontrer qu’on pouvait écrire sa vie et s’arranger pour choisir de vivre des histoires intéressantes. Toutefois, il faut être prête à faire des choix déstabilisants. Quand j’ai décidé de déménager à Paris, il y avait plus de chances que quelque chose d’inoubliable m’arrive que si j’étais restée dans le même appartement et la même ville. Il faut reconsidérer les opportunités que la vie nous offre comme si c’était une histoire ou un roman qu’on lisait. On se demande ce que le personnage ferait et, généralement, c’est plus intéressant quand il choisit l’option la plus dangereuse.

Une sortie en pleine pandémie

Finalement, Chasse à l’homme est sorti au début de la pandémie, en mars dernier. Neuf mois plus tard, Sophie Létourneau a mis au monde son fils. C'est l’aboutissement d’une œuvre commencée 12 ans plus tôt qui a forgé sa destinée d’après les prédictions de la cartomancienne.

Que son livre sorte au début de la pandémie n’a pas tant surpris Sophie Létourneau, qui est professeure au Département de littérature, théâtre et cinéma de l’Université Laval depuis 2012.

Le livre est tellement bizarre que ça me semblait presque cohérent qu’il sorte à ce moment.

Une citation de :Sophie Létourneau

Est-ce que son livre est une bouffée d’air et porteur d’espoir pour les femmes célibataires? Je voulais aussi le faire pour montrer qu’on a raison de rêver. Il ne faut pas inhiber nos rêves en pensant qu’ils ne sont pas réalistes. Tout est possible. On a raison de vouloir être aimée, soutient Sophie Létourneau.

L’écrivaine, qui est membre du jury du Prix du récit Radio-Canada, a aussi remarqué que le monde a beaucoup changé pendant les 12 années nécessaires à la réalisation du livre. On est loin de la réalité de 2008. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point le monde avait beaucoup changé. Que le livre sorte pendant le confinement a ajouté une nouvelle couche d’éloignement dans le temps.

La femme porte des écouteurs et sourit alors qu'elle est assise devant un micro dans un studio.

L'autrice Sophie Létourneau présentait en 2013 son roman d'amour, Chanson française à la radio.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

En 2008, les réseaux sociaux étaient à leurs balbutiements, et le mouvement #MoiAussi n’avait pas encore surgi. Ce livre avait aussi une visée féministe, mais j’avais de la difficulté à me positionner. Des choses devaient être dites, mais je ne voulais pas avoir l’air de surfer sur une vague. J’ai aussi mis du temps à trouver comment parler de la place des femmes dans le milieu littéraire et de leur désir d’être aimée dans un monde misogyne, après #MeToo, sans avoir l’air de répéter ou d’en profiter.

Le récit, un genre d’écriture à part

Être membre d’un jury pour un prix sur le récit rend l’écrivaine heureuse, car elle a créé un cours sur l’écriture de ce genre littéraire à l’Université Laval.

D’ailleurs, la professeure pense que l’on confond souvent le récit avec la nouvelle. Ce prix met la lumière sur un genre d’écriture très intéressant, celle d’une histoire vraie. Dans les médias, on les présente souvent comme des romans, pas comme des récits.

Par ailleurs, Sophie Létourneau pense qu’un récit est puissant, car il porte le désir de situer l’histoire dans le réel. Quand je lis les souvenirs d’un écrivain, je m’en souviens. Ça ne se déroule pas de la même manière dans les romans, car on sait que ça se passe dans un monde imaginaire ou fantasmé. Dans des récits, on va aussi poser des questions sur le vivre ensemble, des questions éthiques qui font que les lecteurs vont avoir un autre regard sur le monde.

Sophie Létourneau classe donc son livre Chasse à l’homme dans la catégorie du récit, puisqu’il se base sur sa propre vie.

Un livre sur la chanson québécoise

Le prochain projet de l’écrivaine prend une tangente très différente, puisqu'elle explorera la scène musicale québécoise des années 1990. J’ai rencontré des gens que je ne connaissais pas. Ce n’est pas mon milieu, c’est très loin de moi et de ma zone de confort. J’aime me mettre en danger, et faire quelque chose de différent pour chaque projet. Ça m'amène à grandir comme être humain.

Véritable tremplin pour les écrivaines et écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours. 

Vous écrivez des récits? Envoyez-nous vos textes inédits d’ici le 28 février 2021!

Prix du récit : Inscrivez-vous du 1er janvier au 28 février.

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