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Analyse

Un retour à la décence américaine, mais pour combien de temps?

Donald Trump fait un salut de la main près d'un hélicoptère.

Donald Trump fait un signe de la main avant d'embarquer à bord de l'hélicoptère présidentiel Marine One, après avoir quitté la Maison-Blanche pour la dernière fois, peu après 8 h.

Photo : Getty Images / AFP/MANDEL NGAN

La cérémonie d’investiture de Joe Biden a tracé un énorme contraste avec les dernières semaines chaotiques qu’ont connues les États-Unis et qui ont culminé avec cette insurrection et cet assaut du Capitole par des partisans déchaînés d’un président sortant qui a tout fait pour attiser leur haine des institutions gouvernementales.

À coups d’allégations de fraude électorale massive qui, les unes après les autres, se sont heurtées contre le mur de l’absence de preuves, Donald Trump a réussi malgré tout à porter un coup dur à la crédibilité du processus électoral. La tâche du 46e président des États-Unis est colossale quant à ce rétablissement des faits dans l’Histoire. Joe Biden porte dès son premier jour à la Maison-Blanche un lourd fardeau dans un pays profondément divisé, en pleine crise économique et en pleine pandémie.

La grâce de ses propos mercredi après-midi annonce un retour à une image plus unificatrice, plus rassembleuse et, par le fait même, à une image de décence et de respect, après quatre années d’invectives et de provocations de la part d’un président qui n’avait pas de filtre.

La disparition de Donald Trump de l’avant-scène ne garantit nullement que ce retour d’une certaine décence américaine pourrait perdurer. Même s’il s’éloigne des projecteurs présidentiels, l’importance de son rôle au sein du Parti républicain, même en perte de vitesse depuis l’insurrection du 6 janvier, l’ex-locataire de la Maison-Blanche risque encore de hanter le parti dont il s’est approprié l’ordre du jour politique, aux risques et périls du parti d’Abraham Lincoln.

Exploiter le trumpisme

Il reste que, parmi les 74 millions d’électeurs qui ont soutenu le président sortant, un bon nombre d’entre eux se réclament du trumpisme, avec ses connotations plus extrêmes sur bien des points. Déjà, des représentants républicains souhaitent exploiter cette veine pour se positionner d’ici 2024, surtout si la marque de commerce Donald Trump continue de se ternir d’ici là.

Il ne faudrait pas oublier que l’ancien homme fort de la Maison-Blanche fera face très prochainement à un deuxième procès en destitution par le Sénat. L’issue du verdict est encore floue, mais il va probablement créer davantage de fractures au sein du Parti républicain. Certains seront tentés de se démarquer de Trump en votant pour le destituer, d’autres y verront une occasion de rafler une partie de l’électorat trumpiste en votant contre l’ultime condamnation d’un président.

Cette bataille risque en tout cas de faire remonter à la surface les chicanes idéologiques entre républicains et démocrates au début d’une présidence Biden, dont on est pas mal certain qu’elle n’apprécie pas cette procédure de destitution.

Joe Bien aura beau faire des pieds et des mains pour revaloriser l’image des États-Unis ailleurs dans le monde, la guerre de tranchées idéologiques qui va opposer les partisans de chaque côté ne sera probablement pas belle à voir.

Radicalisation de l’électorat

Et lorsque ces républicains tentés de persister dans le populisme et dans cette volonté de gagner à tout prix des points politiques vont utiliser la manière forte pour marquer des points rapidement, ils seront probablement aidés par une radicalisation encore plus forte des réseaux sociaux et des réseaux de télévision de droite.

Fox News, par exemple, veut exploiter davantage le filon trumpiste et durcit déjà le ton. Elle n’a pas vraiment le choix face à une concurrence qui s’est sentie pousser des ailes grâce à l’adoubement de Donald Trump pendant la campagne. OAN, Newsmax et autres chaînes de l’ultradroite teintée de complotisme feront donc partie de l’effort de guerre de certains républicains populistes contre Biden et les démocrates.

Attaques personnelles

Lorsque Donald Trump s’est retrouvé la cible des appels à l’utilisation du 25e amendement de la Constitution après ce que certains considèrent comme un appel à l’insurrection, il a lui-même brandi cette menace qui allait venir hanter son adversaire politique, Joe Biden.

Empruntant les pages du guide trumpiste d’attaquer personnellement ses concurrents politiques, il ne serait pas surprenant de voir quelques républicains vocaux utiliser cet argument pour tenter de faire démettre de ses fonctions Joe Biden parce qu’il serait incapable d'exercer ses pouvoirs.

Quelques bégaiements, hésitations et trous de mémoire d’un homme de 78 ans suffiront à certains pour évoquer cette possibilité. Justifiée ou non, elle risque encore une fois de laisser ressortir la partisanerie et le jeu politique à tout prix.

N’oublions jamais que les élections aux États-Unis, c’est un cycle perpétuel. Dès qu’une élection présidentielle se termine, s’enclenche alors la course aux élections de mi-mandat qui permet de renouveler une partie du Congrès. Avec une fragile majorité dans les deux chambres, les paris sont ouverts pour la suite des choses. Joe Biden et ses démocrates le savent et disposent d’une courte fenêtre pour convaincre. Relancer l’économie, juguler la pandémie, rétablir la perception de l’intégrité des élections, il a du pain sur la planche.

Le retour à la décence américaine prônée par Joe Biden et bien accueillie par une bonne partie des Américains est un atout. Mais sera-t-il efficace relativement aux défis politiques qui attendent sa présidence?

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