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Des anglophones souhaitent se distancier de la Anglophone Rights Association

Un panneau publicitaire.

Un panneau publicitaire de la Anglophone Rights Association installé à Moncton en 2016.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Marie-Ève Brassard

Des anglophones du Nouveau-Brunswick veulent prendre leurs distances avec les prises de position « anti-francophones » de la Anglophone Rights Association of New Brunswick (ARANB), quelques jours à peine après l’annonce du début du processus de la révision de la Loi sur les langues officielles de la province.

Dans une lettre ouverte publiée dans le NB Media Co-op (Nouvelle fenêtre), les trois signataires de la lettre affirment que l’ARANB ne fait que fomenter la division entre les communautés linguistiques de la province en tapant encore une fois sur le même vieux clou de la rhétorique anti-francophone.

Il s'agit ici de problèmes racistes résiduels, d'une aversion et d'un ressentiment sous-jacent par rapport à toute une communauté. Cette aversion n'est pas partagée par la grande majorité des anglophones.

extrait de la lettre ouverte

Sur son site web, l’ARANB prétend représenter les droits et les intérêts des anglophones au Nouveau-Brunswick.

Or, les signataires de la lettre publiée jeudi, le 19 janvier, ne se reconnaissent pas dans ce regroupement. En tant qu'anglophones, nous déclarons catégoriquement que l'ARANB ne nous représente pas. Elle ne représente pas non plus la grande majorité des anglophones décents qui accueillent et respectent la diversité qu'apporte la communauté francophone, peut-on y lire.

Petite histoire de l’ARANB

La Anglophone Rights Association of New Brunswick a été créée en 2015. Son ancêtre est l’Anglo Society, dont les communiqués de presse figurent toujours sur son site web. L’Anglo Society s’est notamment fait connaître par ses manifestations anti-acadiennes au cours desquels le drapeau acadien pouvait être piétiné ou même jeté aux ordures.

L’élément déclencheur

Susan O’Donnell, une anglophone bilingue et une des trois signataires de la lettre, lit certains quotidiens francophones du Nouveau-Brunswick. Dans les dernières semaines, la sexagénaire et chercheuse à l’Université du Nouveau-Brunswick en sciences environnementales a été étonnée de constater l’attention médiatique accordée à l’association.

Susan O'Donnell.

Susan O'Donnell a suivi des cours de français en Ontario, où elle a grandi, mais ce n'est qu'à l'université qu'elle est vraiment devenue bilingue en fréquentant des amis francophones et en suivant des cours en français.

Photo : Radio-Canada

C’est particulièrement la rencontre entre les responsables de l’ARANB et le premier ministre Blaine Higgs dans le cadre du processus de révision de la Loi sur les langues officielles, qui avait fait grand bruit au début du mois de janvier, qui l’a motivée à agir.

Moi je les voyais comme un groupe marginal, très marginal, de personnes qui préfèrent se plaindre des francophones, plutôt que de faire le travail nécessaire pour apprendre le français, confie Mme O’Donnell, qui réside au Nouveau-Brunswick depuis 17 ans.

Une réflexion partagée par Gerry McAlister, un Néo-Brunswickois d’origine irlandaise et signataire de la lettre. Le francophile de 71 ans qui a appris le français à l’école secondaire en Irlande argue qu’il n’a jamais rencontré d'anglophone qui soutenait cette association. Il admet que son opinion repose sur son expérience personnelle, mais persiste à croire qu’il s’agit d’un groupe minuscule et marginal.

Gerry McAlister,

Gerry McAlister habite au Nouveau-Brunswick depuis 2004. Il a notamment été enseignant au primaire et au secondaire.

Photo : Gracieuseté Gerry McAlister

Les deux signataires comprennent pourquoi des francophones se sont indignés de cette rencontre et de l’idéologie défendue par l’ARANB, mais ils ne veulent surtout pas que la communauté francophone suppose qu’une majorité anglophone appuie l’association.

En plus de ne pas les représenter idéologiquement parlant, les signataires font remarquer qu’ils ne sont pas membres de l’association et que l’ARANB ne divulgue pas non plus sur son site combien d’adhérents elle compte.

Rejointe par courriel, l’ARANB n’a pas répondu à la question de Radio-Canada à ce sujet et s’est refusée à tout autre commentaire par rapport à la lettre ouverte puisqu’il s’agit maintenant d’une affaire judiciarisée, a-t-elle écrit, sans toutefois préciser de quelle façon.

Il faut plus d’échanges entre les communautés

Pour Gregory McAlister et Susan O’Donnell, parler le français est une compétence qu’il est légitime d’exiger pour un poste donné dans la seule province officiellement bilingue au Canada.

Ils nient tous deux l’existence de discrimination contre les anglophones au Nouveau-Brunswick en matière d’employabilité et s’opposent aux demandes de révision à la baisse des exigences linguistiques formulées par l’ARANB et que le premier ministre Blaine Higgs n’a pas exclues.

Ils reconnaissent que les programmes d’immersion francophone de la province peuvent comporter des failles et ne permettent pas toujours aux élèves anglophones de bien apprendre le français, mais il s’agit selon eux d’un enjeu distinct de celui des droits des francophones.

Mme O’Donnell propose d’offrir des cours de français gratuits aux anglophones désireux d’apprendre la langue de Molière. M. McAlister suggère de s’y prendre en favorisant les échanges entre les communautés. Il propose qu’une expérience d’échange linguistique soit incluse dans le curriculum des étudiants du primaire.

Selon des données de Statistique Canada datant de 2016, 15,5 % des Néo-Brunswickois dont la langue maternelle est l’anglais ont appris le français. En comparaison, un peu plus de 72 % des résidents de la province dont la langue maternelle est le français parlent anglais.

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