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Confusion autour du maintien des soins esthétiques dans les cliniques privées

Des cliniques ouvertes, d'autres fermées. Le Collège des médecins demande à Québec de clarifier les règles.

Injection de Botox dans les lèvres.

Le Collège des médecins du Québec demande de reporter tous les rendez-vous et interventions pour des soins ou des chirurgies esthétiques non essentiels.

Photo : getty images/istockphoto / Aleksandr Rybalko

Les injections de Botox et les lasers antirides constituent-ils des soins médicaux ou esthétiques? C'est tout l'enjeu qui agite les cliniques privées du Québec, alors que certaines interprètent le décret comme un droit d'ouvrir et d'autres un devoir de fermer.

Pendant que la sous-ministre adjointe à la Santé et aux Services sociaux Lucie Opatrny gère les hôpitaux qui débordent et prépare l'éventualité de ne pas soigner certains patients, l'institut de médecine esthétique dirigé par son conjoint est ouvert à Montréal.

Depuis le décret du 8 janvier, la clinique MédIME a toutefois interrompu certains traitements esthétiques, comme les soins du visage, mais une des responsables nous a confié ne pas vraiment savoir où tracer la ligne entre ce qui est essentiel et ce qui ne l'est pas : Je ne sais pas où se situe la limite. On attend de savoir.

C'est cette clarification que réclame le Collège des médecins du Québec. Dans une déclaration publiée mercredi, le Collège indique avoir demandé au gouvernement que la Direction générale de la santé publique précise rapidement l’application des mesures sanitaires.

Les membres de notre ordre constatent la poursuite d’activités non essentielles au Québec et nous interpellent pour savoir à quoi s’en tenir. Nous voulons une directive claire afin d’éclairer nos membres et informer le grand public.

Déclaration du Collège des médecins du Québec

Le ministère de la Santé et des Services sociaux n'a pas répondu à nos demandes de précisions envoyées mardi et mercredi.

Le Collège estime que tous les rendez-vous et interventions pour des soins ou des chirurgies esthétiques non essentiels devraient être reportés.

Encore des soins esthétiques, malgré le décret

Québec impose la fermeture des entreprises de soins personnels et d'esthétique, mais plusieurs cliniques ne se sentent pas concernées, car les services médicaux sont maintenus, dont ceux offerts en cabinet médical privé.

Une clinique de Montréal qui a accepté de nous répondre si on ne la nommait pas, nous a expliqué poursuivre les injections de Botox, car elle les considère comme des actes médicaux. Tout est tellement gris [dans les règles], confie une responsable.

Vendredi, Québec solidaire déplorait qu'il soit encore possible et facile d'obtenir des rendez-vous pour augmenter la taille de ses seins ou de ses fesses. Le parti réclame la réquisition du personnel médical de ces cliniques pour prêter main-forte dans les hôpitaux.

Même si les médecins et les infirmières qui font des augmentations mammaires n'étaient pas aptes, demain matin, à intervenir aux soins intensifs, ils pourraient toutefois contribuer à délester leurs collègues de certaines tâches, croit le Collège des médecins.

Des cliniques de médecine esthétique choisissent de fermer

Julie Bédard, PDG du groupe MEDICART/Epiderma

Julie Bédard, PDG du groupe MEDICART/Epiderma

Photo : Courtoisie Marjorie Roy, Optique photo

Depuis le 25 décembre, les cliniques du groupe MEDICART/Epiderma ont fermé leurs portes pour soutenir les directives de notre gouvernement, explique la PDG Julie Bédard.

L'entreprise regrette que plusieurs compétiteurs continuent leurs activités, alors qu'elle subit des pertes financières énormes.

On ne peut pas avoir un système à deux vitesses. Il faut qu'on clarifie les choses et qu'on impose que tout le monde mette l'épaule à la roue.

Julie Bédard, PDG du groupe MEDICART/Epiderma

Une cinquantaine de professionnels de MEDICART/Epiderma aident le réseau public, par exemple des médecins généralistes sont dans les urgences et des infirmières en vaccination.

La chirurgienne plastique Stéphanie Olivier a également fermé sa clinique de Bromont le 11 janvier. Je ne me sentais pas bien de rester ouverte, témoigne-t-elle sur sa page Facebook, disant vouloir demeurer intègre.

On peut jouer sur les mots des soins médico-esthétiques [...] C’est encore très flou pour tout le monde, mais je sais au fond de mon cœur qu’on devrait fermer.

Stéphanie Olivier, chirurgienne plastique et propriétaire d'une clinique

La chirurgienne explique par ailleurs que rester ouverte met beaucoup de monde à risque, car si une patiente a une complication, il faudrait qu'elle se rende à l’hôpital.

Des associations de médecins demandent à leurs membres de cesser l'esthétique

Un chirurgien plastique portant des gants effectue des lignes sur le corps d'une autre personne.

La ligne est parfois mince entre le médical et l'esthétique.

Photo : iStock

Quand vous injectez des lèvres, la patiente n'a pas de masque. Ce n'est pas le bon moment d'aller jouer dans le visage d’une patiente qui n'a pas de masque, dit le président de l'Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique au Québec, le Dr Éric Bensimon.

Il a recommandé à ses membres d’arrêter la pratique médico-esthétique : Si on veut appliquer à la lettre la règle, on pourrait penser que le médico-esthétique, dans un cadre médical, pourrait continuer, mais nous on a demandé d’arrêter.

À l'Association des médecins spécialistes dermatologues du Québec, la présidente Dre Dominique Hanna a fait parvenir un courriel à ses membres dès le 7 janvier pour leur rappeler de cesser toute activité esthétique ou non médicalement requise.

On reste chez soi, à moins qu'on soit vraiment malade et qu'on ait besoin de voir un médecin en personne.

Dre Dominique Hanna, présidente de l'Association des médecins spécialistes dermatologues du Québec

La Dre Hanna regrette que les recommandations de la santé publique soient très détaillées pour les centres hospitaliers, mais beaucoup moins précises pour les cabinets médicaux.

La ligne est parfois fine entre ce qui est médicalement requis et ce qui est non médicalement nécessaire, explique-t-elle, par exemple entre le retrait d'un grain de beauté potentiellement cancérigène et le retrait d'un grain de beauté qu'on ne trouve pas beau.

Québec en réflexion

Selon nos informations, l'enjeu des cliniques privées médico-esthétiques a été abordé lors de la rencontre des chefs de l'opposition avec François Legault, mardi, et le premier ministre n'aurait pas fermé la porte à agir plus fermement.

Les avis seraient partagés au ministère de la Santé. Certains craignent de froisser les 22 cliniques privées qui ont signé des ententes avec le réseau public pour effectuer des chirurgies et réduire les listes d'attente. En effet, plusieurs de ces cliniques font aussi des actes médico-esthétiques.

À propos de la proposition de Québec solidaire de réquisitionner le personnel des cliniques privées, le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé avait répondu, mardi : On n’est pas encore rendu là. Ce sont des discussions qui commencent. Si on doit aller là, on va le faire. Il avait toutefois ajouté : C’est quand même une liberté des gens de travailler où ils veulent travailler.

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