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Le commencement est beaucoup plus que la moitié de l'objectif

Photo de Xavier Jourson en noir et blanc

Le triathlète Xavier Jourson a un objectif bien précis : réussir le Norseman.

Photo : Sebastian Furtado

Xavier Jourson

Voilà plus de 10 mois que je suis embarqué dans un projet des plus fous : la conquête du Norseman.

Objectif (n. m.) : but, cible à atteindre. Finalement, nous cherchons tous à savoir comment atteindre notre objectif. Le mien est de réussir une course où la difficulté est suprême : un triathlon dans les fjords de Norvège. Un sport que je ne maîtrise pas dans des conditions plus qu’inhospitalières. 

Mon but se veut aussi plus complexe, avec une dimension sociétale et d’inclusion : changer les paradigmes, toucher, mobiliser et fédérer les gens autour d’un sport non conventionnel pour ma communauté. Je souhaite marquer mon époque comme tous ces grands hommes qui l’ont fait avant moi.

Pourquoi me donner tout ce mal? Bienvenue dans mon univers…

Avoir un but élevé et vouloir les moyens d’y parvenir

Mes objectifs sont clairs : 

  • finir un triathlon dans un pays nordique;

  • maîtriser un sport que je ne connais pas; 

  • fédérer autour de moi une communauté de battants;

  • faire découvrir un sport non conventionnel.

De nos jours, il y a deux moyens de se faire entendre : les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Les premiers me fascinent, les seconds m’effraient. Je tente donc le coup auprès des grands médias.

Une fois cette décision prise, ma vie change complètement. Je deviens entrepreneur. Première consigne : bâtir une structure solide. N’est-ce pas la clé du succès? Trouver du financement, des partenaires, du matériel, des organisateurs, un diffuseur… Je dois m’entourer de personnes fiables, désireuses de m’accompagner durant deux à trois ans.

Le 20 septembre 2020, après plus de 800 courriels, un nombre incalculable de rencontres, d’appels et de recommandations, tout est prêt. C’est le jour J, la grande sortie. Nous sommes en piste!

Photo de Xavier Jourson et de son entraîneur lors d'une séance intensive de vélo.

Xavier Jourson et son entraîneur lors d'une séance intensive de vélo.

Photo : Radio-Canada / Xavier Jourson

Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin

Le cheminement constitue le fil conducteur et l’essence du projet. Comment réussir à combiner mes rôles d’entrepreneur et de triathlète au quotidien? La rigueur s’impose. 

Je suis dur et exigeant envers moi-même. Je m'entraîne ardemment le matin avant d’enchaîner les réunions. Je prends un repas léger, travaille sur mon site Internet, m’arrête pour une sieste avant de repartir pour deux heures d’entraînement à la maison. C’est mon quotidien, une routine bien huilée. 

Pour le moment, côté entraînement, j’expérimente. Mon corps se transforme : j’ai perdu 18 kilos depuis le début du projet. Comme la pandémie a forcé la fermeture des piscines, je me concentre sur le vélo et la course. Ces six premiers mois m’ont permis de voir comment mon corps réagit à cette nouvelle intensité.

Apprendre un sport, c’est aussi le comprendre. Il y a une partie théorique. Ouvrir des livres, regarder des vidéos, se documenter... Un retour à la bibliothèque, tel un écolier!

Photo de Xavier Jourson étendu sur la table d'un kinésiologue.

Xavier Jourson reçoit un traitement chez le kinésiologue.

Photo : Radio-Canada / Rachel McGrory

Malgré toute la motivation qui m’habite, je sais qu’il y a des incidents. En ce moment, je me sens vulnérable. J’ai des carences en natation et j’aimerais y travailler. Une blessure m’empêche de m’entraîner à 100 %. Côté affaires, il y a des hauts et des bas, autant de raisons de me décourager. 

Plus que jamais, le mental doit tenir le coup. Durant ce confinement, j’ai optimisé mon appartement pour en faire un havre de pensées positives : livres d’auteurs à succès, images me projetant vers la victoire, documentaires sportifs à foison… 

Mon cerveau doit lui aussi se projeter en 2022, sur la ligne de départ d’une course de plus de 20 heures.

Quoi de plus inhumain qu’un sacrifice humain?

Soyons clairs, un projet comme le mien exige son lot de concessions.

Sur le plan financier, je dois faire des choix difficiles et définir des priorités. Par exemple, j’ai choisi d’investir énormément dans ma nutrition.

Côté social, le ciel s’obscurcit. Mon projet prend toute la place, des relations qui me sont chères souffrent, d’autres ne s’en remettront pas. Pour avancer, je dois devenir égoïste.

La préparation pour le Norseman rime avec solitude.

Photo de Xavier Jourson qui regardevers le large dans le Vieux-Port de Montréal.

Xavier prend un instant de repos dans le Vieux-Port de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Rachel McGrory

Transformer une tâche en un devoir

Alors, pourquoi m’infliger tout ça? Penses-tu vraiment changer le monde avec une course, Xavier?, me direz-vous. 

La mort de George Floyd aux États-Unis m’a causé une douleur profonde. Je n’ai pas de passé militant, mais cet épisode criant d’injustice m’a poussé à descendre manifester dans les rues pour la première fois de ma vie. Inévitablement, cela a eu un impact sur mon projet. 

Je veux ajouter ma pierre à l’édifice des causes égalitaires. Si un enfant de couleur noire peut plonger dans une piscine sans attirer les regards, je serai ravi. Si un jeune issu d’une minorité visible décide de s’inscrire à un club de vélo plutôt que de soccer, j’aurai gagné.

Je souhaite être un moteur de changement, propulser la diversité sur la scène sportive, quelle qu’elle soit. J’en prends la responsabilité, en espérant que d’autres me rejoindront en cours de route.

Que se passe-t-il après le Norseman? Alors ça, demande au ciel, il te répondra….

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