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Analyse

L’administration Biden ne sera pas une panacée pour l’économie canadienne

Joe Biden apparaît sur des téléviseurs dans une boutique d'équipement électronique à Vancouver.

L'arrivée au pouvoir de Joe Biden à la Maison-Blanche pourrait améliorer les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis, mais ce ne sera pas forcément facile, selon des experts.

Photo : ben nelms/cbc / Ben Nelms

Guerres commerciales, entente de libre-échange déchirée, après quatre ans de relations tumultueuses sous Donald Trump, le Canada pourra-t-il bien s'en tirer et renforcer ses liens avec les États-Unis maintenant qu’un nouveau président est assermenté?

Nous allons réparer nos alliances, a lancé Joe Biden dans son premier discours, un message salué par les leaders de nombreux pays alliés. Mais que ce soit par l'annulation du projet Keystone XL ou ses politiques protectionnistes, la présidence Biden aura de sérieuses conséquences sur l'économie canadienne.

Des centaines tuyaux de pipeline empilés à l'extérieur

Le pipeline Keystone XL transporterait jusqu'à 830 000 barils de pétrole brut par jour jusqu'au golfe du Mexique une fois terminé.

Photo : La Presse canadienne / Alex Panetta

Énergie

Immédiatement après sa cérémonie d’investiture, Joe Biden s’est mis au travail pour signer une douzaine de décrets présidentiels. Il a notamment révoqué l'autorisation de construire l’oléoduc Keystone XL, qui devait transporter du pétrole albertain vers des raffineries au Texas.

Le nouveau président n’a jamais caché son opposition au pipeline, mais la nouvelle a tout de même eu l’effet d’une bombe au sein de la classe politique.

Selon Justin Trudeau, un veto rétroactif au passage de la frontière crée un précédent troublant. Il compte tout faire en son pouvoir pour défendre le projet, bien que la décision du président semble finale.

Dans un premier temps, il y a certainement l'impact sur les emplois et les investissements qui n'iront pas de l'avant avec l'annulation du projet, souligne l’économiste Joseph Doucet, de l’Université de l’Alberta.

En effet, des milliers d’emplois directs et indirects dans les villages albertains le long du tracé du pipeline ne seront pas créés. L’entreprise responsable du projet, TC Energy, a aussi l’habitude d’investir dans les infrastructures municipales où elle construit des oléoducs et de verser des dons à des organismes caritatifs locaux.

Ça ne fait qu'amplifier les problèmes pour l'avenir économique de l'Alberta et je dirais aussi pour le Canada.

Joseph Doucet, doyen de la Faculté d'administration de l'Université de l'Alberta

Joe Biden répète qu’il faut se départir des énergies fossiles et de méthodes d’extraction polluantes, comme la fracturation hydraulique, afin d’accélérer le virage vers des énergies renouvelables. Soutenir la construction d’un oléoduc irait à l’encontre de cet objectif, selon lui.

Des experts soutiennent cependant que la présidence Biden pourrait engendrer de nouvelles occasions d’affaires pour le secteur albertain, y compris des projets de récupération du carbone émis par l'industrie.

Un autobus scolaire conçu par la Compagnie électrique Lion.

Un autobus scolaire alimenté à l'électricité conçu par l'entreprise québécoise Lion Électrique

Photo : Radio-Canada / Jonathan Lavoie

Environnement

Le premier jour de son mandat, Joe Biden a aussi signé un décret présidentiel engageant le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris sur le climat, dont le pays s’était retiré sous Donald Trump.

Dans cette optique, son administration compte entre autres remplacer 500 000 autobus scolaires alimentés au diesel par des modèles électriques d’ici 2030 et pourrait compter sur une entreprise canadienne.

La firme Lion Électrique, installée à Saint-Jérôme, au Québec, estime être en mesure d’aider à combler cette forte demande. La compagnie a déjà livré l’an dernier des camions électriques commandés par le Canadien National et par le géant du commerce en ligne Amazon.

Malgré leurs différends en ce qui concerne la construction de pipelines, Joe Biden et Justin Trudeau sont très alignés sur les questions environnementales.

C’est un secteur pour lequel je suis particulièrement optimiste : une approche nord-américaine à la lutte contre les changements climatiques, affirme Paul Frazer, un ancien diplomate canadien aux États-Unis.

Selon lui, des politiques de l’époque de Barack Obama pourraient connaître un second souffle et les deux leaders pourraient investir massivement dans des technologies et des infrastructures vertes.

Les deux pays ont beaucoup à gagner en collaborant, lance l’ex-diplomate.

Un employé dépose deux planches de deux par quatre sur un chariot élévateur.

Le dossier chaud du bois d'oeuvre risque de demeurer difficile, même avec la nouvelle administration de Joe Biden.

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

Commerce

La relation commerciale entre les deux pays ne sera pas forcément plus facile avec Joe Biden à la tête de la Maison-Blanche.

Certes, le démocrate promet d’enrayer les droits douaniers sur les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium, mais il soutient lui aussi des politiques protectionnistes d’achat local du type Buy American.

Ce ne sera pas un retour complet à la douceur et à l'harmonie, affirme l’ex-diplomate Lawrence Herman, maintenant avocat spécialisé en commerce international. Les intérêts économiques de son parti sont différents de ceux du Canada.

Certains différends commerciaux de longue date persisteront, en ce qui a trait au bois d'œuvre, par exemple. M. Herman ne s’attend pas à ce que les droits douaniers dans ce secteur disparaissent du jour au lendemain, mais le climat de négociation devrait être beaucoup moins combatif qu'avec l'administration Trump, selon lui.

Le département du Commerce des États-Unis a déjà ajusté sa structure tarifaire : les droits imposés sur le bois sont passés de 20,2 % à 8,9 % en novembre dernier.

Joe Biden a aussi évoqué la possibilité de se joindre au Partenariat transpacifique, ce qui stimulerait de nombreux secteurs d’activité canadiens.

C’est difficile d’imaginer quelque chose qui aurait un effet plus important sur la relance économique du Canada à long terme que l’adhésion des États-Unis au Partenariat transpacifique, affirme Alex Kotsopoulos de la firme comptable et de consultation d'affaires RSM, comme les deux économies sont si étroitement imbriquées.

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