•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des « actes illégaux » commis à Lester-B.-Pearson, selon le DPCP

Panneau de la CSLBP

Une enquête visant la Commission scolaire Lester-B.-Pearson avait été lancée par le gouvernement du Québec dès 2016.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

« De faux documents auraient été utilisés par des individus qui œuvraient au sein [de la Commission scolaire Lester-B.-Pearson] pour favoriser ou accélérer de façon illégale le traitement et l’obtention de permis pour des étudiants », a indiqué mercredi le procureur de la Couronne Louis-Philippe Meek Baillot aux journalistes présents au palais de justice de Montréal.

Fin novembre, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a déposé plusieurs chefs d’accusation contre Carol Mastantuono, sa fille Christina et l’homme d’affaires ontarien Naveen Kolan. Ils sont accusés de fraudes, d’abus de confiance, d’usage et de production de faux documents.

Les trois accusés devaient comparaître pour la première fois mercredi au palais de justice. Ils n’étaient pas présents et leurs avocats n’ont pas voulu émettre de commentaires. Ils seront de retour en cour le 24 mars.

Les faits allégués se seraient produits en 2014 et 2016. Carol Mastantuono dirigeait alors le département international de la Commission scolaire Lester-B.-Pearson (CSLBP) avant d’être licenciée en 2016. Sa fille, Christina, était elle aussi une employée de l’établissement.

Naveen Kolan avait quant à lui une entente avec la CSLBP. Par le biais de sa firme de recrutement Edu Edge, il était responsable de recruter des étudiants étrangers, qui venaient principalement d’Inde.

Les trois accusés auraient, selon le représentant du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), commis des infractions criminelles et des actes illégaux dans le processus d’immigration de ces étudiants étrangers. Selon l’UPAC, le préjudice est évalué à 1,4 million de dollars.

« Ce n’est pas le procès qu’on entend faire sur la façon dont sont gérées des commissions scolaires au Québec, mais bien des individus ont commis des actes illégaux à travers le processus d’obtention des permis d’étudiants étrangers. »

— Une citation de  Louis-Philippe Meek Baillot, procureur de la Couronne

Une enquête de Radio-Canada avait déjà révélé ces soupçons en novembre 2019. Le gouvernement du Québec remettait alors en question la véracité d’attestations de français, qui permettaient à ces étudiants de postuler à un programme d’immigration.

Naveen Kolan et Carol Mastantuono sont debout.

Carol Mastantuono et Naveen Kolan ont travaillé ensemble à la Commission scolaire Lester-B.-Pearson. On les voit ensemble, en 2013, dans un événement.

Photo : Facebook / Edu Edge

Derrière de nombreux collèges privés

Après son expérience à la CSLBP, Carol Mastantuono a fondé une firme de recrutement, Rising Phoenix International, et a signé de nombreuses ententes avec différents collèges privés et cégeps pour recruter des étudiants étrangers, principalement en Inde.

Sa firme a également mis la main sur des collèges déjà existants, comme le CDE, à Sherbrooke, ou le CCSQ, à Longueuil. Mme Mastantuono a aussi ouvert son propre établissement, le Collège M du Canada, début 2020, dans l’arrondissement de LaSalle, à Montréal.

De son côté, Naveen Kolan a fondé son propre collège, le Collège Matrix à Montréal, avant de mettre la main sur Aviron Québec collège technique. Il a aussi signé une entente avec le cégep Marie-Victorin et celui de la Gaspésie et des Îles, qui a ouvert un campus à Montréal, dont le recrutement est entièrement géré par Matrix.

Dans les jours qui ont suivi leur mise en accusation, Carol et Christina Mastantuono ont cependant retiré leur nom de la liste des actionnaires de Rising Phoenix International. Cette firme est désormais dirigée par le mari de Carol Mastantuono, Giuseppe Mastantuono.

Carol Mastantuono et Christina Mastantuono ne sont plus administratrices des entreprises Rising Phoenix International, 10864285 CANADA (Collège M), Collège de l'Estrie inc. (CDE) et l’École d'Administration et de Secrétariat de la Rive-Sud inc. (CCSQ) depuis le début du mois de décembre 2020.

Naveen Kolan s’est également écarté, officiellement, de la gestion des collèges privés qu’il dirigeait.

Un marché lucratif

Au cours des dernières années, le nombre d’étudiants indiens présents au Québec a connu un bond spectaculaire. Il y a désormais plus de permis d’études délivrés aux Indiens qu’à des Français ou à des Chinois.

Après plusieurs reportages de Radio-Canada révélant l'existence d’un marché très lucratif et d’une vive concurrence, Québec a fait part de ses inquiétudes et a lancé une série d’enquêtes. Celles-ci visent une dizaine d’établissements, dont ceux ayant été en lien avec Carol Mastantuono et Naveen Kolan.

Selon nos informations, les rapports de ces enquêtes devraient arriver sur le bureau de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, d’ici la fin du mois de février.

Une révocation des permis d’enseignement de certains établissements et un renforcement de la Loi sur l’enseignement supérieur sont notamment déjà envisagés par le gouvernement Legault.

Précision

Dans une version précédente de ce reportage, nous écrivions que des accusations de fraude visaient trois individus qui sont derrière plusieurs collèges privés du Québec. Or, Carol Mastantuono et Christina Mastantuono ne sont plus administratrices des entreprises Rising Phoenix International, 10864285 CANADA (Collège M), Collège de l'Estrie inc. (CDE) et l’École d'Administration et de Secrétariat de la Rive-Sud inc. (CCSQ) depuis le début du mois de décembre 2020.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !