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Radio-Canada : le numérique « n'accote » pas le traditionnel, dit l'UDA

La présidente de l'Union des artistes, Sophie Prégent

Sophie Prégent, présidente de l'Union des artistes

Photo : Radio-Canada

Les artistes et les artisans de la télévision et du cinéma ont demandé au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de maintenir les exigences de production de Radio-Canada pour la télévision traditionnelle afin de préserver leur qualité.

La qualité des émissions sur le web n'accote pas la qualité des émissions d'abord destinées à la télévision traditionnelle, a expliqué la présidente de l'Union des artistes (UDA), Sophie Prégent.

L'Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS), l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC) et l'UDA ont joint leur voix devant le CRTC en cette huitième journée d'audience sur le renouvellement des licences de CBC/Radio-Canada.

Le diffuseur public a demandé au CRTC de pouvoir remplir une partie de ses conditions de licences en matière de diffusion de contenus canadiens sur ses plateformes numériques, plutôt qu'à la télévision et à la radio traditionnelles. La directrice générale de la SARTEC, Stéphanie Hénault, craint qu'en l'absence d'une condition de licence relative aux dépenses sur les émissions d'intérêt national à la télévision généraliste, la porte sera grande ouverte à Radio-Canada [pour] réduire le volume et la qualité d'émissions.

Il est inexact de prétendre qu'une heure de websérie [...] équivaut à une heure d'émission d'intérêt national originale en heure de grande écoute de la télévision, ajoute-t-elle.

Les intervenants demandent une transition juste.

Le président de l'AQTIS, Christian Lemay, a précisé qu'il ne s'agit pas de ralentir la progression des services audiovisuels numériques de Radio-Canada, mais plutôt de s'assurer que la Société respecte l'actuel cadre culturel et financier de la radiodiffusion canadienne.

Le président de l'ARRQ, Gabriel Pelletier, a quant à lui demandé que des chaînes comme ICI RDI et ICI ARTV fassent plus de place aux séries originales et aux documentaires.

Le déclin des émissions originales sur ces deux services [ICI RDI et ICI ARTV], particulièrement le déclin des documentaires, nous préoccupe grandement.

Gabriel Pelletier, président de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec

Renouvellement plus court

Ces groupes recommandent donc au CRTC de renouveler les licences de Radio-Canada en maintenant des obligations de production, mais pour trois ou quatre ans seulement, et non cinq, comme le veut le diffuseur. Ils citent le manque de détails dans les informations fournies par Radio-Canada concernant ses services numériques; les effets de la COVID-19 qui risquent de se poursuivre après la date du début de la nouvelle période de licence; ainsi que la modification sur la Loi sur la radiodiffusion.

Un projet de loi a été déposé à cet effet en novembre dernier et prévoit notamment de donner de nouveaux pouvoirs au CRTC pour lui permettre de réglementer les plateformes en ligne, ce qu'il ne peut pas faire en ce moment.

Extra : oui, mais…

L'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec a aussi été questionnée sur le service payant d'ICI Tou.tv, l'Extra, qui a été grandement critiqué au cours des derniers jours.

Pour M. Pelletier, cette barrière n'est pas idéale, mais il comprend le besoin de financement, expliqué la semaine dernière par la direction du diffuseur public. Idéalement, on voudrait que ce soit entièrement gratuit, a affirmé M. Pelletier. Mais on a aussi un souhait que Radio-Canada soit capable d'offrir et de remplir son mandat, et l'Extra assure une forme de financement dans le modèle économique actuel.

Il note toutefois qu'avec son service de publicité de contenu Tandem, le diffuseur public va trop loin. On trace la ligne avec Tandem, qui, à notre avis, [...] peut créer de la confusion au niveau des auditeurs, a-t-il ajouté.

Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ

Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ

Photo : Radio-Canada

Le trou noir du numérique

Pour sa part, l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) craint que le virage numérique de Radio-Canada laisse des Canadiens « de l'autre côté du pont » que la société d'État veut construire. Elle a aussi déploré le manque de transparence de CBC/Radio-Canada quant aux services numériques.

On ne connaît pas trop ce qui est fait, parce que c'est dans un trou noir : peu d'information, un manque de transparence, a lancé la directrice générale de l'ADISQ, Solange Drouin. Il faut augmenter les fenêtres de diffusion pour en avoir plus.

Elle salue néanmoins certaines initiatives mises en œuvre par le diffuseur public, notamment la diffusion d’albums et de nombreuses listes de lecture ainsi que la diffusion de prestations musicales.

Par contre, Mme Drouin explique qu'il est difficile de savoir si ce qui est fait est suffisant.

Pour en juger avec rigueur, il est toutefois crucial de bénéficier d’une documentation des activités qui s’y déploient. Par exemple, dans les listes de lecture, la Société a-t-elle respecté les quotas en vigueur dans l’univers traditionnel?

L'ADISQ ne veut pas non plus que CBC/Radio-Canada néglige la radio et la télé traditionnelles, citant des chiffres du CRTC publiés dans son rapport de surveillance :  En 2019, en moyenne, 80 % des Canadiens ont regardé la télévision traditionnelle, et 84 % ont écouté la radio traditionnelle n’importe quelle semaine.

Elle recommande donc au Conseil de refuser la demande de la Société visant à réduire son obligation de diffusion d’émissions d’intérêt national, desquelles les émissions musicales font partie, aux heures de grande écoute.

Elle souhaite aussi que la radio ICI Première, à vocation parlée, diffuse davantage de musique.

Nous observons que, depuis plusieurs années, l’espace accordé à notre musique y est en constant déclin. De 33 % dans les années 90, elle occupe maintenant moins de 10 % de la programmation. Nous croyons que la vocation verbale d’une station n’est pas incompatible avec un certain niveau de diffusion musicale, bien au contraire.

Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ

Limiter les ambitions locales

L'Association ontarienne des diffuseurs (AOD) a demandé au CRTC d'assurer que CBC/Radio-Canada soit complémentaire au secteur privé et non en concurrence avec ce dernier, notamment lorsque vient le temps de couvrir les nouvelles locales.

CBC ne devrait pas développer de nouveaux marchés locaux, a demandé Doug Bingley, le président de l'AOD.

Et cette demande inclut les services numériques. L'Association demande que le diffuseur public prenne en compte les effets possibles sur le marché privé.

Le responsable des relations gouvernementales de l'AOD, Ed Torres, explique que CBC doit se poser quatre questions avant de développer ces nouveaux marchés locaux : Est-ce que quelqu'un d'autre offre ces services? Quelqu'un pourrait-il les offrir? Allons-nous perturber leurs modèles d'affaires? Et, considérant nos ressources financières limitées, voulons-nous dépenser davantage?

L'AOD demande aussi que le diffuseur cesse toute activité purement commerciale, comme Tandem, qui augmente la concurrence avec les diffuseurs privés pour aller chercher des revenus publicitaires.

Tandem, selon l'AOD, affecte aussi la perception du public.

Vous avez vu plusieurs interventions du public qui soutenaient que le service de l'information est biaisé, a rappelé M  Bingley. Des projets comme Tandem viennent alimenter cette perception et minent la crédibilité de la Société.

Le diffuseur public pourra répondre aux critiques jeudi prochain.

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