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La commission d'enquête de l'Alberta sur les groupes antipétrole menacée de poursuite

Les rapports publiés sur son site sont truffés de « spéculations, conjectures et même de conspirationnisme », dit un professeur de droit environnemental.

Steve Allan.

Steve Allan est le commissaire chargé d’une enquête publique sur les « campagnes de salissage » visant l'industrie énergétique albertaine.

Photo :  CBC / Evelyne Asselin

Radio-Canada

L’enquête publique sur la « désinformation » visant l’industrie pétrolière albertaine, déjà critiquée, a soulevé un nouveau tollé après la publication de trois rapports préparatoires sur son site. Greenpeace, un des groupes qui y sont mentionnés à plusieurs reprises, envisage d’entamer un recours judiciaire.

Les trois rapports commandés et publiés sur Internet par l'équipe du commissaire Steve Allan mentionnent Greenpeace 87 fois.

Dans une note de bas de page, l’organisation est entre autres décrite comme une source d’une nouvelle race de fanatiques qui se préoccupent moins de sauver la planète que de détruire le système capitaliste.

Des puits de pétrole au crépuscule.

Le gouvernement albertain a investi 3,5 millions de dollars dans l'enquête publique sur ce qu'il appelle de la « désinformation » sur l'industrie pétrolière.

Photo : Reuters / Nick Oxford

À 11 jours de la fin de l’enquête, ni Greenpeace ni les autres groupes environnementaux visés n’ont été contactés par le commissaire.

La Loi sur les enquêtes publiques de l’Alberta prévoit pourtant que tout groupe visé par une constatation défavorable d’une telle commission doit avoir l’occasion d’y répondre avant sa publication.

Ils n’ont pas eu le droit à une procédure équitable, dit Keith Stewart, de Greenpeace.

L’organisation envisage de se tourner vers les tribunaux pour faire valoir ce point.

Ecojustice, un organisme spécialisé en droit environnemental, a déjà entamé une procédure judiciaire contre la commission en mars dernier, alléguant que son travail n’est pas assez transparent pour être équitable.

Leur prochaine audience est prévue le 11 février.

Des rapports teintés de conspirationnisme, selon des experts

Le site Internet de l’enquête dit que 47 personnes et organisations ont été invitées à soumettre un commentaire à la commission.

Il y est précisé que les 11 soumissionnaires qui ont par la suite été approuvés ont reçu de la documentation fournie par la commission, dont les trois rapports controversés.

Ces trois documents ont été rédigés par Barry Cooper, un professeur de sciences politiques de l’Université de Calgary, Tammy Nemmeth, une historienne, et Energy In Depth, un groupe associé à une association de producteurs de pétrole américaine.

Tammy Nemmeth, qui a été payée près de 28 000 $ pour son rapport, écrit entre autres qu’un mouvement progressiste transnational essaie de renverser la société occidentale capitaliste moderne en infiltrant des organisations internationales comme la Banque mondiale et les Nations unies.

Barry Cooper évoque un scepticisme scientifique croissant au sujet d'un supposé consensus à propos de la nature anthropogénique des changements climatiques, alors que le consensus scientifique à ce sujet est de plus en plus fort.

Andrew Leach.

L'économiste spécialisé en énergie et environnement Andrew Leach trouve que l'enquête publique de Steve Allan est décevante.

Photo :  CBC

C’est aberrant, dit le professeur en économie de l’énergie et de l'environnement de l’Université de l’Alberta Andrew Leach.

Quand on lit [ces rapports], on voit que cela s'en va vraiment sur le terrain du marxisme, des théories conspirationnistes, de Georges Soros et Bill Gates, ajoute-t-il.

Il dit qu’il s’attendait à mieux de la part d’une commission d’enquête publique de 3,5 millions de dollars, qui a le pouvoir de convoquer des témoins par citation à comparaître.

Le professeur de droit de l’Université de Calgary Martin Olszysnki a également critiqué les rapports.

Dans une publication sur le blogue de la Faculté de droit, il affirme que ce sont des exemples typiques de déni des changements climatiques.

Tous les rapports minimisent ou évacuent complètement la réalité et le sérieux des changements climatiques, alors qu’aucun des auteurs ne semble avoir de qualifications en science climatique, dit-il.

Selon lui, les documents tissent aussi une série de liens bizarres entre des anecdotes et des groupes pour suggérer qu’ils font tous partie d’un genre de grand plan cohésif et cohérent.

Ça ne tient pas la route, estime-t-il.

Les documents ne représentent pas les conclusions de la commission

Dans une déclaration envoyée par courriel à CBC/Radio-Canada mardi, un attaché de presse parlant au nom de Steve Allan a simplement répondu : La commission répondra à la poursuite judiciaire devant la cour.

La semaine dernière, une publication sur le site Internet de la commission précisait que les rapports publiés ne représentent pas les conclusions ou l’opinion de la commission et que les personnes qui souhaitaient les commenter auraient pu déposer une demande pour se faire entendre.

Il y est expliqué que l'enquête ne s’intéresse pas à la science des changements climatiques ni à la véracité de ce qui est présenté comme de la désinformation au sujet de l’industrie pétrolière.

Son mandat concerne plutôt le financement et le fonctionnement des organisations antiénergie albertaine, est-il écrit.

Le professeur de droit de l’Université de Calgary Nigel Bankes croit que, pour satisfaire aux exigences d’équité procédurale, Steve Allan aurait dû solliciter les commentaires de Greenpeace plus tôt.

Cela ne peut pas être fait à la dernière minute, ce ne serait pas une démarche équitable, dit-il.

Si la commission d’enquête mentionne Greenpeace dans son rapport final, il pense que l’organisation aura une bonne raison pour un tenter recours judiciaire.

Avec des informations de Jennie Russell et Charles Rusnell

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