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Résoudre la question de la réinfection, une des clés de la lutte contre la COVID-19

Le virus de la COVID-19, en gros plan, qui approche dangereusement de la planète Terre.

Seulement 30 % des personnes réinfectées ont exprimé des symptômes de la maladie.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Comprendre l’ampleur et la durée de la réponse immunitaire contre le virus SRAS-CoV-2 est l'une des clés pour passer à travers la pandémie. Depuis l’automne dernier, la confirmation de cas de réinfection, des personnes qui ont contracté deux fois la maladie en quelques mois, a soulevé des craintes quant à l’évolution de la crise actuelle.

Mais peut-on tirer des conclusions de ces cas anecdotiques? Pour comprendre ce que cela implique pour notre immunité, il est essentiel que des études montrent la fréquence de ces réinfections, ainsi que la durée et le type d’immunité qui apparaît après avoir été en contact avec le virus.

Deux études ont récemment annoncé des résultats qui montrent que les personnes qui ont déjà attrapé la maladie pourraient être protégées au moins cinq mois. Le risque de réinfection est toutefois présent, tout comme celui de continuer de transmettre la maladie de manière asymptomatique.

Le premier ensemble de données vient d’une étude de la santé publique de l’Angleterre nommée SIREN (Nouvelle fenêtre) (SARS-CoV-2 Immunity and Reinfection Evaluation). Bien que les résultats soient préliminaires, ceux-ci ont l’avantage d’avoir été faits sur une cohorte nombreuse : plus de 20 000 travailleurs de la santé qui ont été suivis pendant plusieurs mois pour évaluer les risques d’une réinfection par le virus.

De ce nombre, 6614 travailleurs avaient déjà développé la COVID-19, tandis que 14 173 n’avaient jamais attrapé le virus qui cause la maladie. Après cinq mois de suivi, 44 réinfections potentielles ont été observées chez les personnes ayant déjà eu la maladie, contre 409 nouveaux cas chez les personnes saines. Après des ajustements statistiques, les chercheurs ont conclu que le fait d’attraper la maladie et d'en réchapper offre une efficacité de protection d’au moins 83 %.

Même si ces réinfections restent rares, elles montrent que le fait de développer une immunité à l’échelle d’une population est difficilement envisageable par la seule exposition au virus.

On se doutait que l’immunité après une infection au virus SRAS-CoV-2 ne serait pas protectrice à vie, mais une protection de 83 % après cinq à six mois est perturbante, commente la médecin et épidémiologiste Caroline Quach.

Un autre élément soulevé par les données de l’étude SIREN concerne le nombre de cas asymptomatiques. Seulement 30 % des personnes réinfectées ont exprimé des symptômes de la maladie, contre 78 % chez celles qui contractaient la maladie pour la première fois.

Ces personnes asymptomatiques peuvent exprimer une grande quantité de virus et demeurent un risque pour leur entourage, même si elles ne ressentent rien.

Caroline Quach

Ces personnes seraient en effet susceptibles de développer des complications graves nécessitant des hospitalisations, ou pourraient en ressentir les séquelles pendant longtemps.

Avec ces données, l’idée qu’avaient certains de développer une immunité de groupe simplement par contact avec le virus en prend pour son rhume, conclut la Dre Quach.

Une immunité qui va au-delà des anticorps

En plus de la durée de l'immunité, une autre question qui intrigue les chercheurs est son fonctionnement contre le virus SRAS-CoV-2. Bien que, au cours des derniers mois, la production d’anticorps ait suscité beaucoup d’intérêt, ces derniers vont diminuer avec le temps.

Mais cette diminution n’ouvre pas nécessairement la porte au virus; il existe plusieurs autres éléments du système immunitaire qui jouent un rôle important dans nos défenses.

Parmi eux, on trouve de nombreuses cellules, dont certaines sont cruciales à la mémoire immunitaire, la capacité qu’a notre corps à se remémorer des virus qu’il a vaincus par le passé. Les cellules B mémoires, par exemple, sont celles à qui revient la tâche de produire une nouvelle vague d’anticorps lorsque le système immunitaire détecte la présence du virus.

C’est ici qu’intervient une autre étude, publiée dans Nature (Nouvelle fenêtre), dans laquelle des chercheurs ont montré que cette immunité cellulaire persiste au-delà de six mois. En suivant une cohorte de 87 personnes qui ont été infectées par le virus, les chercheurs ont constaté que même si l’activité des anticorps contre le virus SRAS-CoV-2 diminue avec le temps, le nombre de cellules B mémoires reste stable.

Ce qui est encore plus encourageant est que, selon les tests de laboratoire, les anticorps produits par ces cellules B six mois après l’infection semblent plus efficaces contre le virus SRAS-CoV-2 que ceux produits un mois après l’infection. Ces résultats ne confirment toutefois pas combien de temps cette mémoire immunitaire dure au-delà des six mois de suivi de l’étude.

Ces résultats ne suggèrent pas non plus qu’une personne qui a déjà eu la maladie devrait passer son tour sur le vaccin.

On voit quand même une perte de l’immunité naturelle avec le temps, explique la Dre Quach.

Il nous faudrait plus d’études pour bien comprendre comment une infection stimule l’immunité cellulaire à long terme, mais ça nécessite de faire des mesures complexes sur un grand nombre de patients. Pour ce qui est des deux vaccins actuellement disponibles, les études nous ont montré qu’ils sollicitent bien ce type d’immunité cellulaire, ce qui est rassurant.

Caroline Quach

Bien que d'autres études doivent être faites pour bien comprendre la différence entre l’immunité obtenue à la suite de la maladie et celle obtenue après le vaccin, il est donc préférable de se faire vacciner même si on a déjà eu la maladie.

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