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Copuler sans perdre la tête : la tactique vitale de monsieur mante

Une mante religieuse sur une branche.

Une mante religieuse.

Photo : iStock

Agence France-Presse

Certains mâles mantes religieuses blessent leur partenaire pour la forcer à s’accoupler.

Ces insectes sont connus pour leurs pratiques sexuelles conflictuelles, où il arrive à la femelle de décapiter le mâle avant, pendant ou après l’acte de reproduction, pour mieux le dévorer, et récupérer l’énergie nécessaire à sa future ponte. Ce cannibalisme sexuel existe aussi chez certaines araignées où, comme chez la mante, le sexe agresseur est plus grand et plus fort que le sexe agressé.

Le phénomène est particulièrement répandu chez la mante springbok (Miomantis caffra), vivant notamment en Nouvelle-Zélande : dans 60 % des interactions sexuelles, les malheureux mâles se font consommer avant même d’avoir pu copuler.

En termes d’évolution, les femelles de cette espèce n’ont nulle raison de freiner leur féroce appétit, car elles sont capables d’autoféconder leurs œufs, et donc de se passer de monsieur – un mode de reproduction monoparental appelé parthénogenèse.

Une équipe de biologistes, dont les travaux sont publiés dans la revue Biology Letters, s’est logiquement demandé comment les mâles pouvaient continuer à exister dans des conditions aussi hostiles.

Ils ont récolté des spécimens adultes de Miomantis caffra en Nouvelle-Zélande, pour apparier 52 couples dans des boîtes transparentes pendant 24 heures, afin de suivre de près le déroulé des ébats.

Coercition sexuelle

Résultat : c’est toujours le mâle qui allait au contact, en bondissant sur la femelle. Elle l’agressait en retour, et s’ensuivait une bagarre où chaque sexe essayait de dominer l’autre, en l’agrippant avec ses pattes ravisseuses.

Dans 35 % des combats, la femelle l’emportait et consommait sa proie. Mais dans la majorité des cas – près de 58 % – c’est le mâle qui prenait le dessus. Une fois sa partenaire neutralisée, il la contraignait à s’accoupler pour fertiliser ses œufs.

Sa tactique : percer l’abdomen de son adversaire avec ses griffes antérieures, une blessure non mortelle entraînant une perte d’hémolymphe (liquide jouant le rôle de sang pour les invertébrés) et laissant une cicatrice noire sur le corps de la femelle.

J’ai été très surpris qu’ils les blessent pour s’accoupler. Jamais rien de tel n’avait été observé chez la mante, raconte à l’AFP Nathan Burke, spécialiste de l’évolution des sexes chez les animaux à l’Université d’Auckland.

L’étude conclut que les mâles qui perdaient la bataille étaient systématiquement mangés, tandis que les vainqueurs augmentaient fortement leurs chances de copuler et d’échapper à la cannibalisation (certains individus finissaient tout de même engloutis après l’amourette).

Cette stratégie de coercition sexuelle est assez fréquente chez les animaux (insectes, reptiles, poissons, mammifères), mais rare concernant une espèce se livrant au cannibalisme sexuel. Probablement parce que dans ce cas, les femelles sont beaucoup plus grandes, et que se soumettre à leur force est trop dangereux, avance Nathan Burke.

Ce dimorphisme sexuel incite généralement le mâle à la plus grande prudence pour aborder sa partenaire – comme s’il jouait à la roulette russe. Il peut attendre par exemple qu’elle ait le dos tourné ou qu’elle soit occupée à déguster une autre proie avant de tenter sa chance.

L’approche agressive de monsieur mante springbok est donc étonnante. Fait-elle exception parmi les près de 2000 espèces de mantes? Nous l’ignorons à ce stade. Peut-être que d’autres se comportent ainsi, mais personne n’a encore regardé, conclut le chercheur.

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