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Quand le rap trempe sa plume dans l'actualité

« Dans l’ombre des rappeurs pop et divertissants, il y a un rap plus politique et parlant d’actualité qui devient de plus en plus populaire. » – Myriam Fehmiu, animatrice de l’émission de radio Rapophonie

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Ils baignent dans une lumière bleutée. Ils rappent ensemble.

Les rappeurs Koriass et FouKi

Photo :  La production est encore jeune inc. / Karine Dufour

Radio-Canada

L’actualité particulièrement chargée de ces derniers mois inspire les artistes de rap. Le rappeur et slammeur québécois D-Track a même fait du rap d'actualité un rendez-vous mensuel, et c’est à la rappeuse Sarahmée qu’Infoman a fait appel pour chanter les événements marquants de 2020 dans son émission de fin d’année.

Tous les mois, le Gatinois D-Track, dont le véritable nom est David Dufour, écrit une chanson ancrée dans l’actualité. Celui qui livre sa création mensuelle au micro de l’émission Les malins, sur ICI Première, en est à sa 25e composition. 

[L'année] vient de commencer et, en une semaine, ça a éclaté. C’est inspirant pour un artiste qui cherche du matériel avec lequel travailler.

Et, pour ceux et celles qui l’écoutent, son rap d’actualité est peut-être moins banal qu’un téléjournal.

En plus d’être abondante, l’actualité constitue un point commun avec le public. Les gens ont les mêmes références que moi; c'est frais dans [leur] mémoire, ajoute-t-il. 

L’artiste aime glisser dans ses paroles des enjeux auxquels les gens n’ont peut-être même pas réfléchi, comme la lettre publiée par le poète et chanteur Richard Desjardins en faveur d’une meilleure protection des forêts. 

Un style de rap qui se fait davantage entendre

D-Track n’est d’ailleurs pas le seul à se servir des nouvelles pour manier la rime. L'Américain Uncle Murda a obtenu près de 1 million de visionnements sur YouTube avec son morceau Rap Up 2020.

Dans l’ombre des rappeurs pop et divertissants, il y a un rap plus politique et parlant d’actualité qui devient de plus en plus populaire, analyse Myriam Fehmiu, animatrice de l’émission Rapophonie sur ICI Musique. Elle pointe notamment la récente sortie de la chanson Tout recommencer, du collectif Hoodstock, qui porte entre autres sur le racisme et les violences policières.

Jamais elle n’a vu autant d’artistes de rap à des tribunes comme Tout le monde en parle ou La semaine des 4 Julie que l’an dernier.

Tant mieux si cela devient grand public, dit-elle. Plus que jamais on entend des voix qui vont peut-être nous faire réaliser, à heure de grande écoute, des réalités que les rappeurs essaient de dénoncer depuis près de 50 ans maintenant.

Signe de cette évolution, le rap s’est aussi taillé une place dans les émissions Infoman 2020, avec Sarahmée, et dans le Bye bye 2020, avec FouKi.

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La chanson d'introduction avec Sarahmée

Ce qui se passe dans le monde a toujours teinté la musique de Sarahmée, qui aime regarder les nouvelles. Et cela influencera aussi son album à paraître au printemps. 

Ce qui me touche ou ce qui me rejoint dans l’actualité, je vais l’exprimer dans une chanson ou l’illustrer d’une certaine façon, explique la rappeuse québécoise. 

Le défi principal, quand j'écris une chanson, est que le message passe et que les gens comprennent ce que je veux dire. Le rap, c'est une musique qui est très vraie [...] et qui doit un peu refléter la réalité. [...] C'est vraiment du journalisme, en fait.

Un retour aux sources?

Le succès d’un rap plus commercial l’a peut-être éclipsé, mais le rap puise ses racines dans une forte volonté de pointer les inégalités, les violences et les injustices. 

Depuis la naissance du rap, les rappeurs sont à la base des reporters de notre société, met en avant Myriam Fehmiu. En fait je trouve que ce sont les porte-voix de réalités qu'on n'entend pas, de voix qu'on entend peu.

Formés dans les années 1980, des groupes comme IAM et NTM, en France, ou Public Enemy, aux États-Unis, ont évoqué dans leurs textes la vie dans les ghettos, la brutalité policière ou encore le profilage racial. 

À la fin des années 1990, Muzion, avec La vi ti nèg, parlait mieux que n’importe quel reportage d’information des aléas des personnes haïtiennes de Montréal-Nord, souligne-t-elle. 

Myriam Fehmiu invite donc à ne pas détourner les oreilles quand le rap se fait plus politique et marqué d'une actualité pas toujours rose.  

Peut-être que collectivement, on pourrait faire ce travail de porter attention à une prose dérangeante, comme on regarde parfois un documentaire avec des images qui peuvent nous déranger.

Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier 

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