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Envoyée spéciale

« Don est en ville! »

Ils appellent Donald Trump par son petit nom. C’est leur voisin. Ils l’adorent ou le détestent. À l’image du pays, Palm Beach est une communauté très riche et très divisée.

Une femme tient deux chiens en laisse et passe sous une arche.

Le comté de Palm Beach est l'un des plus riches de Floride.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Pour moi, ce n’est pas le président, c’est simplement Don! », dit, affable, la voisine immédiate de Mar-a-Lago, la villa opulente de Palm Beach que Donald Trump appelait sa « Maison-Blanche d’hiver » et qui devient, à partir d’aujourd’hui, sa maison tout court. Janet Lally, 68 ans, est née dans la maison voisine dont elle a hérité de ses parents. « Il va être bien ici, Donald, c’est chez lui. Quand il arrive, on se dit : Ah! Don est en ville! »

Janet Lally porte un couvre-visage rose de la même teinte que son chemisier. Elle connaît bien la villa de Mar-a-Lago, puisque dans sa jeunesse, la propriétaire de l'époque y enseignait les bonnes manières aux jeunes filles du quartier. Elle parle de Marjorie Merriweather Post.

Janet Lally, portant un masque, derrière des plantes.

Janet Lally est une voisine de Donald Trump.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Si ce nom ne vous dit rien, la dame a laissé sa marque, ses marques plutôt, jusque dans votre garde-manger. La mayonnaise Hellmann's, le café Maxwell House, le chocolat Baker’s, c’est elle. Son entreprise, General Foods, a entre autres développé ces marques de commerce qui font partie de notre quotidien.

À la fin des années 1920, Mme Post – qui était, par ailleurs, une esthète excentrique – a fait construire l’imposante demeure de Mar-a-Lago.

Les bâtiments principaux du club Mar-a-Lago, entourés de palmiers.

Donald Trump a fait l'acquisition de Mar-a-Lago en 1985.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ma sœur a été débutante là, se rappelle Mme Lally avec nostalgie. Elle dit débutante en français, le nom que l’on donne aux jeunes filles de bonne famille qui ont atteint l’âge de faire leurs débuts comme adulte lors d’un bal qui réunit la haute société. Marjorie Merriweather Post aimait les bals, paraît-il.

Quand Mme Post est morte, elle a légué la propriété à l'État qui l’a laissée à l’abandon. Don l’a rachetée et a investi pour l’entretenir. Ma mère, qui est morte l’an dernier à 99 ans, disait toujours : "Heureusement que Donald est arrivé".

Mme Post a été la première milliardaire de Palm Beach, mais pas la dernière. Le voisinage de Mar-a-Lago suinte la richesse d’une des plus grandes concentrations de milliardaires des États-Unis. Les sympathisants de Donald Trump y portent des foulards Hermès et roulent en Jaguar.

L'avant d'une Rolls-Royce, où on voit le logo de la marque, avec un palmier en arrière-plan.

Certains voisins préfèrent toutefois les Rolls-Royce.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des voisins divisés

Chez Bleu Provence, une petite épicerie fine située à quelques minutes de Mar-a-Lago, nous rencontrons Suzan, qui vit à quelques rues de chez celui qu’elle appelle Donald.

Beaucoup de Canadiens ne semblent pas du tout comprendre à quel point cet homme est extraordinaire, dit-elle tout en choisissant des fromages hors de prix et des pâtisseries à la française.

Je suis si triste que sa présidence se termine ainsi. C’est un homme bon, il a une bonne âme. Il a fait beaucoup pour notre pays, il mettait de l’avant nos valeurs américaines, opine-t-elle.

Suzan refuse de dévoiler son nom de famille. Elle retourne à sa voiture, une Mercedes décapotable bleu marine pour déguster son Paris-Brest : pâte à choux, crème pralinée et amandes effilées.

Et Suzan n’est pas la seule à craindre les questions, l’attention. Très peu de gens du quartier acceptent de nous parler.

La cabine d'une tour de sécurité, à côté d'un palmier, avec l'inscription «Sheriff Palm Beach County» dessus.

Le bureau du shérif de Palm Beach exploite cette tour de sécurité située sur le terrain de Mar-a-Lago.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un couple qui fait une promenade de santé et qui demeure aussi à quelques maisons de celle de Donald Trump explique que ce quartier richissime est aussi divisé que le sont les États-Unis. C’est un sujet qui déclenche des inimitiés entre voisins. C’est très délicat. Personne ne veut s’identifier publiquement à ce sujet, soutient l'un d'eux.

Un autre voisin, qui sort son vélo pour aller se balader, lance sur un ton acerbe : Qu’il aille vivre à Moscou, ce monstre, ce dictateur. On ne veut pas de lui ici! Dire que je le déteste, c’est peu. Lui aussi a refusé de révéler son identité.

Sur le bord de la mer, Judith éprouve la même répugnance. Bien qu'elle refuse de fournir son patronyme, elle accepte toutefois de se faire prendre en photo. J’ai peur de lui. C’est un fou furieux. J’espère que la Ville ne le laissera pas habiter ici en permanence, déclare-t-elle.

Une femme à vélo, portant un casque.

Judith déteste Donald Trump.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Ville appelée à intervenir

Au début des années 1990, Donald Trump transforme sa luxueuse demeure de 126 pièces en club privé pour profiter d’avantages fiscaux.

Il passe alors un accord avec la Ville de Palm Beach : une clause garantissant à la Ville que l’homme d’affaires ne pourrait altérer le site historique en y faisant du développement immobilier et qui prévoit que personne ne peut résider plus de 7 jours consécutifs à Mar-a-Lago, pour un maximum de 21 jours par année.

Cet accord a récemment refait surface, déterré par des voisins de Donald Trump, qui ont demandé à la mairie de Palm Beach d’intervenir et de l’empêcher de s’installer à Mar-a-Lago de façon permanente.

Judith souhaite de toute son âme que les démarches judiciaires entamées par ces voisins aboutissent au départ de Donald. Il sème le chaos partout où il va! Voyez par vous-même, c’est un cirque ici ce matin, fait-elle remarquer.

Le bâtiment principal du club Mar-a-Lago, avec une employée transportant un cône orange à l'avant-plan.

Un périmètre est établi pour contrôler les allées et venues autour du club privé Mar-a-Lago.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Autour de la propriété de Donald Trump, on installe ce qui deviendra un checkpoint, un point de contrôle. Tous les résidents devront passer par cet endroit pour rentrer chez eux afin que le service de sécurité du désormais ex-président puisse confirmer leur identité.

Les accès à Mar-a-Lago seront eux aussi fermés à la circulation. C’est un cauchemar!, conclut Judith. Il n’est même plus président, on ne devrait pas le protéger. Palm Beach a assez payé pour ce pauvre type malhonnête.

Elle fait une pause et sourit. Au moins, il n’est plus président!

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