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Analyse

Un « grand frère » du Canada à la Maison-Blanche

Joe Biden et Justin Trudeau, en 2016.

Justin Trudeau et Joe Biden se sont déjà rencontrés, comme ici à Ottawa, en 2016, quand M. Biden était vice-président sous Barack Obama.

Photo : La Presse canadienne / Patrick Doyle

Avec l’assermentation de Joe Biden, Justin Trudeau et le Canada auront un « grand frère » à la Maison-Blanche. Mais parfois, les chicanes de famille font plus mal que les chicanes entre simples voisins.

Donald Trump ne voyait pas le Canada comme un ami, un allié ou un partenaire (pour reprendre la célèbre citation de JFK), mais plutôt comme un simple voisin, contre qui il fallait gagner chaque chicane de clôture.

Joe Biden, lui, décrit les États-Unis comme un grand frère du Canada, parfois insupportable et arrogant, mais toujours lié par l’amitié, disait-il lors de sa visite à Ottawa, il y quatre ans.

La dynamique entre les deux pays est sur le point de changer. Mais ça ne veut pas dire que tout ira comme sur des roulettes à partir du 20 janvier à midi.

Se battre ou négocier

Avec le président Trump, Justin Trudeau devait toujours être prêt à se battre sur bon nombre de dossiers. Si le résultat n’était pas idéal pour le Canada, il était facile de blâmer son interlocuteur (indirectement), de hausser les épaules en disant : Que voulez-vous?, sans s’attirer la colère du public ou de l’opposition.

Avec le président Biden, la relation sera plus stable et respectueuse. Justin Trudeau pourra négocier. Cependant, devant une personne considérée comme raisonnable, si la négociation échoue ou ne se termine pas en votre faveur, il est plus difficile de rejeter le blâme sur votre interlocuteur.

Les dispositions du nouveau locataire de la Maison-Blanche donnent au résident de Rideau Cottage plus de possibilités d’accomplir certains de ses objectifs sur la scène internationale, et ainsi de consolider son legs politique.

Mais à l’inverse, Justin Trudeau prêtera davantage flanc à la critique si le Canada souffre de décisions prises aux États-Unis, comme c’est le cas par rapport à l’annulation annoncée du pipeline Keystone XL.

America is back

Après le protectionnisme nationaliste America First de Donald Trump, on s’attend à un America is back sur la scène internationale sous Joe Biden.

M. Biden promet d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050, à l'instar du Canada. Il entend renouer avec l’Accord de Paris sur le climat dès son assermentation. Il prévoit investir davantage dans les énergies renouvelables. Des objectifs qui cadrent avec ceux du Canada.

Justin Trudeau gagne donc un nouvel allié dans la lutte contre les changements climatiques, la COVID-19, le racisme et l’intolérance.

Joe Biden sera également un partenaire économique moins belliqueux, mais pas nécessairement moins protectionniste.

Durant la crise économique de 2008, c’est l’administration Obama-Biden qui a fait adopter une disposition Buy American, qui favorisait les entreprises américaines et les matières premières locales dans l'octroi de contrats d’approvisionnement public.

La relance canadienne post-COVID-19 dépendra beaucoup de celle de nos voisins. Si le plan de 2000 milliards de dollars de Joe Biden mettait des bâtons dans les roues des entreprises canadiennes, cela créerait des irritants économiques et politiques ici.

Pression politique américaine

Joe Biden contrôle tous les leviers politiques (Maison-Blanche, Congrès, Sénat), mais sa population est plus divisée que jamais. La polarisation de l’électorat américain n’est pas sur le point de disparaître. Le nouveau président devra donc faire des efforts pour unir, rassembler et ne pas attiser la colère d’ennemis potentiels. Ce qui parfois pourrait entraîner des décisions contraires aux intérêts du Canada.

À l’inverse, Joe Biden doit conserver l’appui de l’aile démocrate qui l’a aidé à se faire élire, notamment les partisans de Bernie Sanders, progressistes et environnementalistes, qui ne lui pardonneraient pas de plier l’échine à propos de Keystone XL.

C'est un peu pour cette raison que le Canada défend le projet de pipeline avec une position plutôt non orthodoxe. Pour vendre un projet énergétique aux États-Unis, le gouvernement emploie un argumentaire environnemental.

De l’ambassadrice du Canada à Washington au premier ministre, en passant par le ministre des Affaires étrangères, on affirme que le pétrole canadien qui passe par Keystone est une source plus verte que le pétrole qui vient de la Colombie ou du Venezuela.

Pourquoi? Parce que les mesures environnementales sont plus fortes ici que dans ces pays, grâce à l’objectif canadien de carboneutralité d’ici 2050 et à la tarification du carbone.

Rien n'assure que l’argument vert saura convaincre Joe Biden ou ses partisans. Mais c’est l'une des rares fois en quatre ans où l’équipe Trudeau peut se permettre de jouer la carte environnementale avec le président.

Les temps changent, l’occupant de la Maison-Blanche aussi. Mais pas la politique américaine. Pour citer Le Parrain, Joe Biden souhaite probablement beaucoup de succès à son petit frère Justin Trudeau (et vice-versa), tant que leurs intérêts respectifs n’entrent pas en conflit.

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